samedi, janvier 16, 2016

Valls, confessions d’un politicien du siècle

Valls, confessions d’un politicien du siècle

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Il n’est pas sûr que Manuel Valls ait une vision, et c’est bien le problème de la politique française aujourd’hui. Valls, comme tant d’autres, fait une carrière politique, au sens le plus effrayant du terme. Dans son parcours, il n’a jamais eu besoin de déployer un projet en prise avec le réel. Que voulez-vous faire de la France dans vingt ou trente ans ? est une question subalterne. Il suffit de connaître quelques gimmicks pour y répondre, de truffer ses discours de mots passe-partout comme « une France plus solidaire », le « redressement dans la justice », « relancer la croissance », pour contenter les notables qui participent à votre investiture aux élections. Ces mots-là sont comme des antiennes: ils manifestent une appartenance clanique à la gauche ou à la droite, une affinité en quelque sorte, mais personne, dans les allées du pouvoir, ne vous demandent jamais de confronter cette « doxa » à l’épreuve de la cohérence ou de la performance.

Ensuite, il n’est pas plus sûr que Manuel Valls considère que l’enjeu de sa carrière soit « d’ennuyer » les Français en donnant du sens à son action à la tête du pays. Il est même vraisemblable que son point de gravité se situe ailleurs. Comme tous ceux dont la vie professionnelle se traîne d’élection en élection, Valls a besoin d’être réélu pour vivre. Il n’est donc pas libre d’accomplir son devoir comme l’entendrait un homme indépendant. Il est en permanence obligé de délivrer une parole (et accessoirement des actes) qui donne envie aux électeurs de le garder aux affaires.

Voilà pourquoi il va chez Ruquier : parce que sa façon de faire de la politique n’est pas celle d’un homme d’Etat qui place l’intérêt général au-dessus du sien, mais celle d’un camelot qui a besoin de vendre sa marchandise pour protéger son patrimoine. Il a besoin de popularité, et, faute d’une politique qui porte ses fruits, il joue une partition de saltimbanque en espérant que son petit spectacle en place de grève lui vaudra l’amitié et la sympathie des électeurs.

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Eric Verhaeghe a écrit quelques excellents billets ces derniers temps. Il ajoute :

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De ce point de vue, Manuel Valls exprime bien le réflexe courant dans la technostructure française : ne nous jugez pas sur nos résultats, mais sur notre politesse, notre bonne éducation, sur la sympathie que nous vous inspirons. Penser qu’il vaut mieux être sympathique mais inefficace, plutôt qu’efficace mais antipathique, tel est le mal de l’élite française, et singulièrement de l’élite politique.

Cette inversion des valeurs explique largement la désaffection des Français pour la démocratie aujourd’hui. Ils ont à juste titre l’impression de devoir financer une caste de clowns qui ne se préoccupe guère de ses résultats, mais qui donne le sentiment de croire qu’elle est là de toute éternité pour des raisons extérieures à la cause publique.
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Ce dernier extrait s'applique excellemment à Alain Juppé et à son fan club. Je suis estomaqué par les gens qui me disent que Juppé est un homme d'Etat (sous-entendu, au contraire de Sarkozy et de Hollande) alors que je ne vois absolument rien qui le distingue. On ne dira jamais à quel point une calvitie exploitée judicieusement permet un destin politique hors norme à un médiocre, Giscard a déjà précédé Juppé dans cette voie.





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