lundi, février 08, 2016

Pourquoi arrêter le général Piquemal ?

L'arrestation, à l'évidence partisane, de police politique sous couvert d'état d'urgence, du général Piquemal fait les gorges chaudes d'internet.

Pourquoi arrêter le général Piquemal ?

♘ Beaucoup croient au coup de semonce à destination des militaires d'active, prétextant que le gouvernement aurait peur d'un coup d'Etat. C'est possible mais j'y crois peu.

Je sais bien que nos politiciens sont des incultes crasses, mais tout de même : depuis Bonaparte, tous les coups d'Etat militaires ont échoué. Boulanger est un bon exemple (Napoléon le neveu n'était pas militaire).

Comme disait Maurras, la république gouverne mal mais se défend bien. Les foufous et les orignaux, ceux qui sont susceptibles de péter un plomb (car organiser un coup d'Etat n'est pas raisonnable) sont soigneusement écartés. La république a appris à sélectionner des officiers généraux bien escouillés et carriéristes. Joffre était un troisième choix, on doit à cet incompétent des centaines de milliers de morts mais ceux qu'ils l'ont nommé avaient raison sur un point : il n'a jamais représenté un danger pour le régime. Dépourvu de qualités, ce médiocre était trop dépendant de ses maîtres.

Je ne pense pas que le tour de main soit perdu. Alors, rien à craindre ou à espérer des officiers supérieurs d'active.

Eventuellement, cela pourrait bouger au niveau capitaine (révolution des oeillets au Portugal) ou commandant. Mais ce sont des niveaux moins puissants donc moins dangereux. Et puis, l'appareil de surveillance est tentaculaire.

De plus, pour qu'un pouvoir issu d'un coup d'Etat ait quelques chances de durer, il faut que la fiction d'un appel muet mais réel venu du peuple opprimé soit vraisemblable (les deux Napoléon, De Gaulle, Pinochet). Or, il n'y a pas de militaires assez célèbres pour que cette fiction ait la moindre chance.

Donc pas de putsch ni même de « poupoutche ».

♘ En revanche, en titrant « graine de putschiste », Libération vend la mèche. L'Aberration et l'imMonde en font des tonnes et des tonnes. Il ne s'agit pas de la réalité du putsch mais de ré-activer son fantasme. Ces derniers temps, le débat public s'orientait dangereusement sur l'islamisme et sur les migrants. Le « peuple de gauche » (sauf quelques bobos) avait une fâcheuse tendance à ne pas être en total désaccord avec le « peuple de droite » sur ces questions.

Il était donc temps de le reprendre en main, de le ramener à son bercail sinistre, à sa bergerie, en lui faisant jouer pour la cent millième fois le sketch de la résistance avec 50 (ce coup-ci, ce n'est pas 70) ans de retard. Il adore ça. Agiter le spectre du fascisme, ça marche à tous les coups. « Arrêtez de déconner et revenez aux "vrais" clivages. Nous les bons résistants contre eux les méchants fascistes ». Et si on fait monter le FN en même temps qu'on re-mobilise un électorat de gauche bien découragé, c'est tout bénéf.

Bref, l'arrestation du général Piquemal n'est pas tant un message en direction de la droite, même extrême, mais en direction de la gauche.

Bien entendu, qu'ils se soient trouvé dans la France de 2016 un préfet, des policiers et des gendarmes, des juges pour se prêter à cette honteuse mascarade de manipulation politicarde de l'opinion n'étonne plus personne.

Les politiciens et les hauts fonctionnaires sont vraiment la lie de notre société.


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