mardi, juin 28, 2016

Despotisme éclairé à tous les étages

Brexit : le splendide isolement des élites

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Dans ce livre très visionnaire, publié en 1995, Lasch notait que ce sont aujourd'hui les élites, et non plus les masses, qui vivent dans un splendide isolement, satisfaites d'elles-mêmes, rejetant tout ce qui échappe à leur bien-être personnel, coupées des réalités du monde commun qui les entoure. C'est la solidarité des surclasses globales qui, de Londres à Singapour ou Paris, sont indifférentes au sort de leurs voisins locaux. Elles ont développé une sorte d'irresponsabilité et d'immaturité qui les prive de toute forme de «sensibilité pour les grands devoirs historiques», disait déjà Lasch. Lorsqu'elles sont confrontées à un retour brutal du réel, comme le résultat d'une consultation démocratique, elles n'hésitent pas à se déclarer contre la démocratie. Lasch soulignait d'ailleurs ce déclin du discours démocratique chez des « élites qui ne font que se parler à elles-mêmes ».
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La sécession de la classe dirigeante (que je répugne à baptiser  « élites », vu que ces gens sont la lie de nos sociétés. Qu'est-ce qu'un politicien moderne ? Une grande gueule sans scrupules, qui n'éprouve aucune réticence à vivre au crochet des autres tout en les méprisant, et qui n'a même pas le courage d'exercer un vrai métier à hauteur de ses compétences, comme vendeur d'aspirateurs) et le goût de plus en plus prononcé pour le despotisme éclairé qui va avec ne laissent pas de m'inquiéter.

Le despotisme éclairé à trois inconvénients rédhibitoires :

1) Il dessaisit les gens ordinaires de dire leur mot dans le destin collectif. Ce n'est pas seulement une question d'amour-propre « Quoi ! On ne me demande pas mon avis ! ». C'est un problème de légitimité : un gouvernement qu'on a choisi est bien plus respecté et il n'y a pas (ou moins) besoin de recourir à la force.

2) Le despotisme éclairé supprime l'avantage majeur de la démocratie : pouvoir changer de gouvernement, s'améliorer par un processus d'essais et d'erreurs.

3) Le despotisme éclairé n'a d'éclairé que le nom. Les surhommes n'existent pas, c'est un mythe, quoi que puissent croire les outres gonflées de vent sorties de l'ENA. Le despotisme est donc la garantie d'être très mal dirigés et pour longtemps.

Ce que je vous raconte n'est pas théorique.

Nous vivons en régime de despotisme éclairé en France depuis le  « tournant de la rigueur » de 1983.

Le « there is no alternative » de Margaret Thatcher était une plaisanterie, il y avait une alternative : le Labour. En France, c'est une vérité : il n'y a pas d'alternative. On vote à droite, on vote à gauche, on s'abstient, on vote non, peu importe c'est toujours la même politique des « experts » : social-clientéliste, étatiste, bureaucratique, capitaliste de connivence, immigrationniste, européiste.

Et le beau résultat de trente ans de ce despotisme éclairé ? La France n'a jamais été autant menacée dans son existence depuis Jeanne d'Arc. La belle réussite !

Oh, bien sûr, les despotes et leurs sous-fifres s'en sortent remarquablement bien. Ils vivent la situation dans le plus grand confort, c'est « l'identité heureuse » comme écrit l'un d'eux.

Et c'est encore l'un de ces clowns qu'on nous pousse sur le devant de la scène pour 2017.

Après, étonnez vous que les gens ordinaires en aient ras la casquette. Mais à part ruminer leur colère, que peuvent-ils faire ?


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