jeudi, janvier 26, 2017

Les gauchistes sont post-vérité mais pas post-connerie



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On croit rêver lorsqu'on voit la gauche américaine s'inquiéter soudain des effets du relativisme. On se pince lorsqu'on observe ses représentants parler tout à coup comme les conservateurs et expliquer d'un ton inquiet que tout ne se vaut pas, que la vérité existe et qu'il faut faire confiance aux professions d'autorité (universitaires, journalistes) chargées de l'établir ou de la diffuser. Que n'y ont-ils songé plus tôt ?

Car, pendant plus de quarante ans, les «libéraux» américains, hégémoniques dans l'université et les médias, ont soutenu l'inverse avec persévérance et succès. Les Radical Sixties, comme on les appelle aux États-Unis, ont entraîné une disqualification de l'idée de vérité, présentée comme une fiction au service de la préservation de l'ordre social.

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Lasch, mort en 1996, prévoyait la suite avec une admirable prescience. «Au point où nous en sommes arrivés dans notre histoire, il est bien possible que la meilleure qualification pour exercer une charge élevée soit de refuser de coopérer avec le plan d'autopromotion des médias. (…) Refuser de jouer le jeu selon les règles fixées par les médias ferait prendre conscience aux gens de l'immense influence illégitime que les médias en sont venus à exercer sur la politique américaine. Ce serait aussi l'indice crucial de la présence chez le candidat d'un caractère identifiable par les électeurs et auquel ils pourraient se rallier.»

Donald Trump a reçu le message cinq sur cinq et a endossé le costume du tribun de la plèbe, brutal et grossier. Dans ce qui fut un livre culte, Vers une contre-culture (1970), un gourou de l'époque, Theodore Roszak, avait dessiné le programme d'une génération: inverser les codes culturels et le système de valeurs en vigueur dans la société, n'être bridé par aucune convention sociale, se débarrasser de tout surmoi. Trump applique le programme de Theodore Roszak à la lettre. Entre-temps, les contestataires américains d'hier ont vieilli et se sont installés aux commandes des médias, de l'université et de la politique à la place de ceux qu'ils attaquaient jadis. Et ils découvrent, tout surpris, que les coups sont plus agréables à donner qu'à recevoir.
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Bien sûr, ces histoires de « post-vérité » sont de la grosse connerie en barre pour les bobos pédants. Comme si les gauchistes n'avaient jamais menti pour gagner une élection. Vous voulez que je vous fasse la liste des mensonges de gauche ? Jean-François Revel a écrit sur la question des livres de quoi remplir une bibliothèque.

Ils mentent autant les uns que les autres, sauf que les mensonges de Trump, de bas niveau, sont moins nocifs. Même si je doute que leur accumulation soit une bonne chose.

Non, le gros, l'énorme, reproche que les gauchistes font à Trump, ce n'est pas de mentir, c'est de le faire mieux qu'eux et de gagner.





Le parallèle avec la déligitimation de Nixon est intéressant, c'est un vrai danger pour Trump. Il est possible qu'il n'arrive pas à éviter la procédure d'impeachment dont rêvent ses ennemis. Mais les jeux ne sont pas faits. Bill Clinton a réussi à s'en tirer (à quel prix !).

La grande chance de Trump (et nul n'en est plus conscient que lui) est que les médias qui jouent du tam-tam contre lui sont discrédités à un niveau stupéfiant. Mais il ne faudrait pas qu'il abuse de cette chance.

Nota : c'est un poncif aujourd'hui de dire qu'Hitler a été élu démocratiquement. Ce n'est pas tout à fait faux mais pas tout à fait vrai non plus. Il a été nommé plus qu'élu, après avoir fait 37 % des voix.

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