samedi, avril 01, 2017

Je n'arrive pas à détester Stendhal

Je n'arrive pas à détester Stendhal.

C'est assez étrange car Henri Beyle a tout pour me déplaire : nombriliste, vain, précieux, pour ne pas dire maniéré, snob, sentencieux, poseur, souvent ridicule, aux idées politiques et religieuses stupides (je vais être voué à l'enfer par les beylistes), petit bureaucrate, il n'a guère de qualités qui le rachètent à mes yeux.

Son oeuvre ? Ses romans sont inachevés, fourmillent d'invraisemblances et ne sont pas toujours très bien construits.

Alors ?

D'abord, il y a le style, le goût du mot juste, de la phrase parfaite.

Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur.

Remplacer successeur par héritier jure . Ou inversez César et Alexandre, ce qui correspond à la chronologie, et la phrase dissone.

Julien Gracq est aussi un styliste (lui qui se courrouçait qu'on pût contester l'existence de Jésus alors qu'il y a dans les Evangiles un style Jésus que, selon Gracq, seuls les grossiers sont incapables de reconnaître) et c'est, ma foi, bien agréable.

Mais, il y a chez Stendhal, des traits sociaux inégalés :

Il fut bien étonné quand Coffe lui dit :

« Vous les avez mécontentés, ils vous trouveront de la hauteur.

— De la hauteur ? dit Leuwen étonné.

— Sans doute. Vous avez eu des idées, ils ne vous ont pas compris. Vous avez eu cent fois trop d’esprit pour ces animaux-là. Vous tendez vos filets trop haut. Attendez-vous à des figures étranges à déjeuner. Vous allez voir mesdemoiselles de Riquebourg. »


Stendhal n'est pas mon auteur préféré, mais il y a une connivence entre les amis de Montaigne, de Stendhal et de Saint-Exupéry, qui sont des auteurs manquant de profondeur mais ni d'agrément, ni d'intelligence. On retrouve dans cette confrérie Jean Prévost et Simon Leys (quoique j'ignore son opinion de Saint Exupéry).






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