lundi, août 28, 2017

Mépris de classe : qu’est-ce qui a changé ?

Les classes dominantes ont toujours eu le sentiment de leur supériorité sur les classes inférieures.

Mais la conscience de leurs devoirs compensait. On peut appeler cela péjorativement paternalisme, il n’en reste pas moins qu’un châtelain se serait senti déshonoré de ne pas avoir ses œuvres de charité.

Aujourd’hui, le mépris de classe des supérieurs pour les inférieurs ne semble plus avoir aucun frein, aucun amortisseur. La phrase d’Hillary Clinton sur les « déplorables » est hallucinante mais n’est qu’un symptôme. Les réactions post-Brexit et post-Trump ont été effarantes de mépris : les plus douces laissaient entendre qu’il fallait retirer le droit de vote au peuple qui pue, d’autres plus saignantes disaient que les générations qui votent mal allaient mourir et que c’était une bonne chose.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ?

Avant, les membres de la classe supérieure savaient devoir leur réussite à l’héritage, à la patrie, à la chance, c’est-à-dire à Dieu. Maintenant, ils sont persuadés de ne rien devoir qu’à eux-mêmes, qu’à leurs qualités intellectuelles et morales et rien d’autre. Ils ne se croient donc aucune dette, ni vis-à-vis de Dieu, ni vis-à-vis de leurs ancêtres, ni vis-à-vis de leur patrie. Et les abrutis qui n’ont pas leur réussite manquent tout simplement de qualités intellectuelles et morales, ils ne méritent donc aucun respect.

Bien sûr, une vision plus juste des choses est qu’ils doivent aussi leur réussite à leurs qualités immorales : absence de scrupules, arrivisme, cupidité. Et, comme naguère, à la chance et à l’héritage. Mais, narcissiques, adolescents attardés, ils veulent l’oublier pour ne pas avoir à assumer des devoirs pesants.

Pourquoi Macron n'aime pas le peuple

Un des phrases préférées du général Lee était : « ‘Devoir’ (duty) est le plus beau mot de la langue anglaise ». On déboulonne ses statues. On est à l’inverse de Madame de Lafayette : « Nos grands privilèges sont payés de bien lourds devoirs ». Le slogan de nos dirigeants est : « Je mérite mes privilèges, alors pourquoi je me gênerais ? Et je t’emmerde ».

Certes, le sens du devoir s’estompe dans toute la société (probablement une conséquence de la déchristianisation) mais servir était l’honneur particulier des classes dirigeantes. En préférant se servir, elles se déshonorent. Il est vrai que l’honneur leur est devenu une notion étrange et inconnue.

Ensuite ?

Les gens d’en haut ne montrent aucune pitié, ceux d’en bas n’en auront pas plus si on leur laisse l’occasion d'agir.






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