lundi, décembre 25, 2017

L'étrange persistance du pétainisme.

Suite à ce billet Le gaulliste, race disparue je m'interroge sur l'étrange persistance du pétainisme.

Une définition rigoureuse du pétainisme ne peut être qu'historique : c'est l'analyse historique qui consiste à dire que Pétain avait raison et De Gaulle tort. En 2013 déjà, je m'étonnais de sa vitalité.

Car ce débat a été tranché par l'histoire sans aucun doute possible (du moins, je le crois) : Pétain et De Gaulle avaient en juin 1940 deux visions politiques opposées, qu'ils ont énoncées, qui étaient parfaitement claires et la suite des événements a rendu un verdict sans ambiguïté : De Gaulle avait raison.

Avec lui, la France fut à la table des vainqueurs. Avec Pétain, elle aurait été un pays vaincu sous occupation américaine gérée par l'AMGOT (je sais bien que l'occupation américaine fait bander un certain nombre de bourgeois et mouiller un certain nombre de bourgeoises mais il ne faut pas quand même pas exagérer, on ne peut soutenir qu'il est souhaitable pour un pays d'être occupé, sauf à être des lavettes sans fierté. Ce que sont, certes, beaucoup de bourgeois).

Mais on peut définir le pétainisme de manière plus extensive et moins rigoureuse.

C'est l'idée que la France ne peut être souveraine, libre et indépendante, et que, d'ailleurs, elle ne le mérite pas. La sagesse veut qu'elle se cherche un tuteur, à Berlin et à Washington dans les années 40, à Washington ou à Moscou pendant la guerre froide, à Bruxelles, Francfort, Washington et Berlin de nos jours. Toute autre attitude relève de la folie mégalomaniaque.

Ce qu'Alexandre Sanguinetti avait synthétisé à l'Assemblée Nationale par « L'atlantisme, c'est le vychisme du temps de paix ».

Ce pétainisme est extrêmement populaire dans la classe dirigeante, pour ne pas dire qu'il y ait hégémonique.

Mesure-t-on combien il est étrange ?

Que la Suisse, le Brésil, Singapour, le Sénégal (pour prendre des exemples sur chaque continent) veuillent être souverains, libres et indépendants ne choque personne, ça paraît même assez naturel.

Mais que la France, membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU, puissance nucléaire, deuxième zone économique maritime du monde, veuille la même chose et ce serait le comble du manque de vision, du passéisme, de l'inconscience, de l'irresponsabilité et de la fantaisie ?

Vous comprenez pourquoi je trouve le pétainisme étrange.

Il y a plus étrange encore. J'entends cette idée chez des gens qui ne sont pas particulièrement politiquement corrects, qui savent penser en dehors du troupeau. Mais la notion que la France pourrait tracer son chemin sans en référer à personne semble les effrayer.

Et on ne peut même pas attribuer cette déficience de la psychè nationale au traumatisme de 1940 (même si il l'a renforcée) puisqu'elle existait déjà avant (voir les courants politiques des années 30).

S'il faut absolument trouver une date, le traité de Paris de 1763, qui acte la domination anglo-saxonne et le recul de la France, me paraît fondamental. La France ne s'est jamais remise d'avoir perdu sa place de première puissance européenne qu'elle détenait depuis des siècles.


Mais la Chine, dans une situation bien pire, a fini par retrouver sa puissance, son assurance et son orgueil. Pourquoi la France n'en est-elle pas capable ?

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