lundi, décembre 04, 2017

Stéphane Ratti : « Plaidoyer pour une histoire incarnée »

Stéphane Ratti : « Plaidoyer pour une histoire incarnée »

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Je pense à la biographie de Ponce Pilate par Aldo Schiavone, tout juste traduite en 2016. L'éminent historien italien rapporte l'entretien (plutôt qu'un interrogatoire) que le préfet de Judée et Jésus eurent au matin de ce vendredi de l'année 30 précédant la fête de Pâques, dans le secret de la forteresse Antonia, à Jérusalem: «Pilate représentait l'empereur, le maître du monde, et cela était établi et connu de tous. Jésus était là au nom de son Père, et de cela il était tout aussi sûr, mais d'une certitude solitaire, en proie au doute et à l'anxiété. Selon l'image qui s'était formée dans son esprit, et selon la vision qu'il devait en transmettre à la mémoire chrétienne, dans le prétoire de Jérusalem se trouvaient non pas un accusé et son juge, mais Dieu et César» (Ponce Pilate. Une énigme entre histoire et mémoire, Fayard, 2016). Peut-on mieux illustrer ce que Mona Ozouf appelle « l'histoire incarnée » et qui dépasse les frontières entre les genres académiques ?

L'historien ne déchoit nullement ni ne trompe personne s'il élargit les moyens de son enquête à ceux que l'on pense être plutôt réservés au romancier. Beaucoup de grands écrivains se sont voulus historiens et on ne saurait interdire à ces derniers d'imiter l'écriture propre à la fiction. L'art n'a jamais desservi la vérité.
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Pour moi, qui ai pris tant de plaisir à lire Michelet et Bainville, le style indigeste des universitaires me fait penser que le rétablissement de quelques pelotons d'exécution pour assassinat de la langue française et bêtise caractérisée ne serait pas mauvais.





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