mercredi, janvier 31, 2018

Tex Avery censuré

J'apprends par le hasard des commentaires Amazon que la Warner a expurgé le coffret Tex Avery de toutes les scènes où il ya des noirs :



Combien de temps tiendra le loup qui, comme chacun sait, est un abominable harceleur ?


Remarquez bien que Tex Avery donne la recette contre le harcèlement :


Heureusement, j'ai le vieux (quinze ans) coffret, non censuré (qui vaut 3 fois plus cher d'occasion que le coffret censuré neuf). Que de « progrès » en quinze ans ! Un bar (bobo) nommé The Winston a été envahi par des militants sous prétexte que Churchill était  raciste et colonialiste.

Dans Fahrenheit 451, Ray Bradbury imagine des hommes-bibliothèques, qui apprennent par coeur les livres que les autorités brûlent. Nous en sommes là, réellement. Au lieu de censure extérieure, nous sommes endoctrinés à l'auto-censure, comme la Warner, mais le résultat est le même.

Alors, les enfants ne verront plus les nègres ni le loup dans Tex Avery, mais à 13 ans, il y a une chance sur deux qu'ils aient vu des images pornographiques et, de toute façon, ils ont vu en moyenne à la télévision 100 000 actes de violence dont 8 000 meurtres.

Quand je dis que je n'aime pas notre époque, on ne me prend pas au sérieux, on croit que je veux faire mon intéressant. Pas du tout, croire qu'on est obligé d'aimer son époque est un pur conformisme. La béatitude obligatoire, je laisse ça aux cons.

On me dit : le confort matériel, la médecine ... C'est vrai. Mais comme on finit quand même par mourir, est-ce si important ? Il a existé des gens qui sont tout aussi morts que nous le serons dans cent ans. Ils nous ont légué des choses. Que lèguerons nous ? Des pistes cyclables ? Des « espaces ludiques » ? Des romans « inclusifs » ?

Je suis donc très sérieux, je me souviens que Michel Ange a existé :



Et je compare avec des gens qu'on nous présente comme des artistes majeurs de notre temps, Jeff Koons par exemple :


Ou Paul MacCarthy :



Mon grand tort, c'est la mémoire : si j'oubliais que Michel-Ange a existé, si j'oubliais qu'il y a eu un jour des noirs et des loups dans Tex Avery, si j'oubliais un tas d'autres choses, la France d'avant par exemple, je n'aurais plus aucun problème.

Et pour cela, il y a un excellent remède : la télévision, qui diminue les capacités de mémorisation d'un bon tiers. On rajoute par là-dessus les radios d'information continue et les réseaux dits sociaux, et ça devrait le faire : amnésie totale, lobotomie massive.

Malheureusement, ça fait vingt ans que je vis sans télévision. Je n'écoute que de la musique à la radio et quand on m'a expliqué récemment ce qu'était Snapchat, j'ai aspergé mon ordinateur d'eau bénite pour éviter que cela n'arrive jusqu'à moi.

Bien sûr, si l'on n'est pas obligé de vivre avec son temps, on est bien obligé de vivre dans son temps. Mais on n'est tout de même pas (pas encore) obligé de dire qu'on aime ça.

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