samedi, mars 31, 2018

L'effondrement du christianisme en France, pourquoi ?

« Le destin religieux de la France n'est pas indifférent à celui de l'Église universelle »

Je vous transcris cet article presque intégralement tant il me semble fondamental :

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Le titre de votre livre est Comment notre monde a cessé d'être chrétien. De quel « monde » parlez-vous ? Après tout, on pourrait facilement vous objecter que le christianisme progresse à l'échelle mondiale…

Guillaume CUCHET. - En effet. Mon objet est le catholicisme français, ce qui ne préjuge pas de ce qui se passe ailleurs, même s'il ne faut pas oublier qu'au XIXe siècle la France était la première puissance catholique en termes démographiques et que les trois quarts des missionnaires catholiques dans le monde étaient français. Le destin religieux de la France n'est donc pas indifférent à celui de l'Église universelle. Je ne crois pas à la thèse d'Emmanuel Todd de la «crise terminale du catholicisme français» lequel, pour un malade à l'agonie, me paraît au contraire assez en forme. Simplement (mais c'est décisif) le catholicisme a changé de format de façon spectaculaire et, pour partie, de sociologie. Le titre du livre attire l'attention sur le fait qu'en devenant minoritaire et en passant sous une certaine barre statistique, ses effets sociaux et culturels ne sont plus du tout les mêmes.

De quand date ce grand effondrement? Pouvez-vous en décrire l'ampleur ?

La déchristianisation est une vieille histoire en France qui remonte au moins à la Révolution. À l'intérieur de ce processus de longue durée, qui n'a été ni linéaire ni univoque (il y a eu des phases de reprise religieuse limitées, la dernière en date dans les années 1930-1960), une rupture de pente s'est produite au milieu des années 1960, d'une importance comparable à celle de la Révolution. Dans les vingt ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l'Église de France s'est lancée dans des opérations de comptage des pratiquants massives destinées à éclairer sa pastorale et à favoriser la reconquête chrétienne du pays. Au seuil des années 1960, elle avait conclu à la stabilité globale des taux dans la longue durée, moyennant une pente légèrement déclive, un peu déprimante certes parce qu'on n'arrivait pas à redresser les courbes, mais qui préservait a priori de toute mauvaise surprise. Or, au moment même où s'imposaient ces conclusions, vers 1965-1966, les courbes se sont mises à plonger. Pour illustrer le phénomène, je citerais simplement deux séries de chiffres. En 1965, 94 % de la génération était baptisée dans les trois mois après la naissance contre 30 à 35 % aujourd'hui dans les sept ans ; 25 % des adultes allaient à la messe tous les dimanches (moyennant des contrastes locaux très importants) contre moins de 2 % aujourd'hui.

Vous dites que Vatican II a été le « déclencheur » de l'effondrement de la pratique. Pourquoi ?


Je suis reparti des constats faits à l'époque par le chanoine Boulard qui était le grand spécialiste de ces questions dans l'Église. Les courbes plongent brutalement autour de 1965, l'Église perdant du quart au tiers des pratiquants du début des années 1960 (des jeunes surtout) en deux ans. Il faut bien qu'il y ait eu un événement derrière une telle rupture et on ne voit pas bien quel autre que le concile pourrait avoir joué ce rôle-là. Mai 1968 a amplifié une vague qu'il n'a pas créée. On a eu longtemps du mal à en convenir dans l'Église parce qu'on avait peur, ce faisant, d'apporter de l'eau au moulin des adversaires du concile qui ont depuis longtemps planté leur drapeau noir sur cette fâcheuse «coïncidence». Ma thèse est que le concile a non pas provoqué la rupture au sens où elle aurait pu ne pas avoir lieu sans lui, puisqu'elle a eu lieu dans les pays protestants et qu'elle procède de causes socioculturelles plus larges, mais qu'il l'a déclenchée tout en lui donnant une intensité particulière.

Toute la question - mais combien complexe - est de savoir ce qui dans le concile (dans ses textes, leur interprétation, la manière dont ils ont été appliqués, ses effets indirects) a pu jouer un tel rôle. La réforme liturgique, adoptée dès décembre 1963, a un peu obsédé la discussion. Elle a masqué à mon avis un changement plus décisif intervenu dans le sens même de la pratique : la sortie brutale de la culture de la pratique obligatoire sous peine de péché grave longtemps très insistante en catholicisme.

Dans la « carte Boulard » présentant une photographie de la France chrétienne, avant l'effondrement, on voit des disparités géographiques très importantes. À quoi sont-elles dues ?

La première édition de la Carte religieuse de la France rurale date de 1947. C'est un des documents les plus fascinants de l'histoire de France. Elle montre à la fois l'ampleur des contrastes religieux régionaux (sans équivalent ailleurs en Europe) et une géographie d'ensemble de la France chrétienne très singulière. Un même dimanche des années 1950, la pratique pouvait varier de 100 % dans un bourg du nord de la Vendée à 0 % dans le Limousin. En quelques kilomètres on pouvait changer de monde religieux.

[…]


Cette carte est-elle toujours d'actualité ?

Elle n'a pas totalement disparu mais elle n'existe plus vraiment comme carte de la pratique et des croyances, plutôt comme carte culturelle et anthropologique. Par exemple dans la carte des dons du sang en France, ce qui n'est pas tout à fait anodin symboliquement.

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L'Église est-elle devenue en France trop élitiste ?

Dans les années 1970, il y a eu dans l'Église toute une controverse sur la «religion populaire» perçue par les uns comme une chose positive à préserver et par les autres comme une sorte de poids mort dont il fallait se débarrasser. Quelles qu'en soient les raisons, le fait est que le catholicisme populaire «autochtone» a beaucoup diminué parmi nous.
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Evidemment, ce texte me conforte dans une conviction que je vous ai souvent souvent répétée.

Pour comprendre le destin de l'Eglise, la sociologie c'est intéressant, la politique pourquoi pas, l'histoire évidemment, mais la théologie est toujours première.

Or, ce que dit Guillaume Cuchet (il le dit plus fermement dans d'autres entretiens), c'est que les clercs ont cessé de croire au péché originel, et donc à l'enfer, et donc au rôle rédempteur du Christ, et donc à la mission de l'Eglise, car tout se tient.

Et une fois que les clercs ont renoncé au dogme qui fonde la mission de l'Eglise, pourquoi les laïcs continueraient-ils à aller à l'église ? Au fond, les laïcs déserteurs ne font qu'être cohérents avec les croyances des clercs, qui sont inconséquents.

La cerise sur le gâteau du désastre théologique (si vous me permettez cette image audacieuse), c'est ce saligaud de pape François Zéro qui met en doute l'existence de l'enfer.

Certes, le catholicisme progresse dans le monde, mais, justement, dans des zones où le Mal est une évidence : guerre, famine, pauvreté, criminalité. Les couilloneries de nos clercs repus mal avisés ne prennent pas dans ces endroits là.






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