dimanche, juillet 08, 2018

Crise de 2008 : nouveau monde ou dernière crise du XXème siècle ?

Adam Tooze (dont j'explore en ce moment le blog) prépare un livre sur le changement de monde économico-financier. Je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de son précédent (The wages of destruction) pourtant passionnant (1), mais trop abscons.

Tooze remarque que la crise de 2008 est la faillite de la macro-économie classique et des comptes nationaux. En effet, la crise n'est absolument pas venue des déséquilibres entre nations (déficit budgétaire américain, excédents allemands et chinois, ...) comme s'y attendaient à tort les macro-économistes.

La crise est venue du système financier mondialisé qu'il est impossible d'analyser correctement à travers les comptes nationaux. Une banque peut avoir des actifs à New-York et des dettes à Hong-Kong, les deux interagissent d'une manière que ne peuvent pas prendre en compte les agrégats nationaux (PIB, balance commerciale et compagnie).

Il émet donc deux hypothèses de travail :

1) Le schéma classique « L'économie "réelle" provoque une crise financière qui en devient le symptôme aggravé » est devenue faux. La crise de 2008 est une crise de financiers entre eux qui s'est transmise à l'économie "réelle", et non l'inverse.

2) Ce qui compte, ce n'est pas la macro-économie entre nations mais les relations entre ensembles économiques indépendamment des frontières (relations des assureurs avec les banques par exemple). Il propose donc d'inventer une nouveau terme : « macro-finance ».

C'est nouveau. Mais c'est aussi l'ancien monde, celui de Bretton Woods : cette internationalisation de la finance qui se rit des frontières pourrait bien être à la fin de son histoire et non à son début.

Si, comme on leur en prête l'intention, la Chine et la Russie détrônent le roi-dollar, les comptes nationaux retrouveront leur importance classique.


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(1) : sa thèse est que le calendrier hitlérien a eu comme fil directeur les contraintes économiques. En 1939, la politique allemande de réarmement atteignait ses limites, il fallait entrer en guerre avant que les Alliés ne rattrapent leur retard. Une fois la France soumise et exploitée, il était nécessaire de conquérir les ressources russes pour faire face aux empires britannique et américain.

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