lundi, janvier 28, 2019

Gilets jaunes : le double non

Comme moi, Michel Drac trouve que Macron et les Gilets jaunes sont une double impasse :



Il évalue à 2 millions le nombre de Gilets jaunes actifs à un moment ou un autre du mouvement. C'est considérable, mais cela ne fait pas une majorité.

Le gouvernement est doublement responsable des violences :

1) Parce qu'un mouvement d'une telle ampleur ne peut avoir de solution démocratique répressive. Il est démocratique de réprimer quand on affronte des groupuscules. Au delà, c'est le devoir du gouvernement de chercher une solution politique. De Gaulle l'avait trouvée en 1968 en dissolvant l'assemblée nationale. Cette solution politique, Emmanuel Macron ne la cherche même pas (le « grand débat national », où tous les sujets intéressants sont interdits, est à l'évidence une manoeuvre dilatoire).

2) Le gouvernement choisit délibérément l'escalade de la violence. C'est cela que signifie les méthodes violentes de la police (dont il ne faut pas croire qu'elles sont normales et habituelles et qu'il n'y en ait pas d'autres possibles), plus vis-à-vis des Gilets jaunes que des casseurs, et les déclarations provocatrices à répétition des petits marquis du macronisme.

Dernière minute : nouvelle provocation macronienne . Et hop, un bidon d'huile sur le feu (une fois de plus, de l'étranger, c'est une manie) :

« Gilets jaunes » : Macron « déplore » les 11 morts en marge du mouvement (1)

Bien sûr, si les policiers avaient des couilles, ils laisseraient tomber Macron. Ils n'ignorent pas qu'en protégeant les institutions, ils protègent ceux qui les occupent sans guère de légitimité. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Donc il ne faut pas y compter.

Michel Drac fait aussi l'analyse suivante, que j'adopte (puisque j'en ai déjà parlé).

Le fond des choses est : l'UE et l'Euro sont incompatibles avec la démocratie. Philippe Seguin l'avait expliqué brillamment en 1992. Si 26 ans plus tard, vous ne l'avez toujours pas compris, c'est que vous êtes con comme vos pieds, ou que vous ne voulez pas comprendre. Dans les deux cas, je ne peux rien pour vous.

Ensuite, il faut revenir sur l'immigration de masse.

La seule sortie politique positive à la crise actuelle serait des élections législatives à la proportionnelle. Cela n'arrivera puisque Macron ne le fera pas : il ne veut pas prendre le risque de perdre le pouvoir et qu'on remettre en cause l'européisme et l'immigrationnisme. Pas d'issue positive.

La seule chose qui peut faire lâcher Macron : ses commanditaires. Mais ceux-ci se foutent de la France, ils raisonnent global, ils ont peur de la contagion (vente de gilets jaunes interdite en Egypte !) et, pour l'instant, ça va de ce coté.

L'issue positive étant bouchée, il reste deux issues négatives :

La dictature bourgeoise façon Louis-Philippe. Je connais beaucoup de gens (je dirais au pif que c'est une large majorité de mon entourage) qui s'en accommoderaient fort bien, pourvu qu'on fasse l'effort de ménager leurs petites âmes en faisant toutes les saloperies avec un minimum de discrétion. C'est ce que recherche Macron en jouant l'escalade de la violence.

L'anarchie. Le désordre s'accroit sous le poids des frustrations et l'Etat perd le contrôle de certains territoires (scénario qui n'a rien d'invraisemblable puisque c'est déjà le cas dans les banlieues musulmanes).

Comme le dit Michel Drac (qui doit avoir lu Pareto (2) ), en temps ordinaires, il y a les problèmes, les solutions et le contexte. Si le contexte ne permet pas d'appliquer les solutions aux problèmes, on passe aux temps extraordinaires.

En temps extraordinaires, on donne des noms aux problèmes et un calibre aux solutions.

Quand on a mis dans la nuque des problèmes des balles du calibre des solutions, il n'y a plus de problèmes.

Michel Drac , qui est aussi effaré que moi de la médiocrité de notre classe dirigeante (et dire que des imbéciles me décrivaient Macron comme « brillant »), estime que la génération 1963-1978, celle de Macron et Philippe (arrivée sur le marché du travail après Mitterrand et avant internet) est dépourvue au plus haut point de culture et d'imagination (je le constate tous les jours : c'est aussi ma génération !) et que cette carence la mène, sans qu'elle s'en rende compte, à répéter les attitudes et les erreurs du passé (je suis cerné par les louis-philippards, c'est souvent répugnant, quelquefois comique, mais, en tout cas, bien peu ont conscience de cette répétition).

Depuis début décembre 2018, je pense à 1848, en craignant que 2019 soit pire : 1848 était seulement parisien et n'a pas fait trop de morts. Nous sommes au bord du gouffre et les somnambules qui nous gouvernent nous y poussent.

Une révolte qui manifeste tous les samedis à heure fixe n'est pas une révolution. Pour combien de temps ?

Ceux qui font tout un pataquès sur la violence des Gilets jaunes n'ont aucune idée de ce qu'est la vraie violence. J'ai écrit il y a quelques semaines que mon angoisse était de voir un jour des gens brûlés vifs ou coupés en rondelles, choses qui sont déjà arrivées dans les révolutions françaises.

Certains redoutent que la crise des Gilets jaunes finisse par une augmentation de leurs impôts. Comme si c'était le problème ! Les impôts confiscatoires ne sont qu'un symptôme.

A toute ces considérations, vient s'ajouter la crise économique à l'horizon dont Charles Gave, par exemple, estime qu'elle sera pire que 2008. Il se peut que, dans quelques mois, on se remémore avec nostalgie l'ambiance festive autour des ronds-points.

Michel Drac voit deux évolutions pour le moral du peuple français : la colère ou la dépression. Aucune des deux n'est souhaitable.

Pour ma part, je pense que les Gilets jeunes ne doivent s'écarter sous aucun prétexte des deux attitudes suivantes :

Non-proposition : les Gilets jaunes doivent rester dans la négativité, continuer à dire ce qu’ils refusent.

Proposer, c’est le boulot des politiciens, ils sont payés assez cher pour ça.

Nous sommes entrés dans un temps d’épreuve de vérité.

La première épreuve de vérité, c’était l’élection de Macron. L’élection de Macron par le bloc bourgeois a prouvé que l’UMPS n’était pas un fantasme, qu’il existe, et que la fausse alternance droite-gauche qu’on nous sert depuis trente ans est bien un mensonge. Wauquiez et l’UMP sont morts. Leurs zombies continueront à s’agiter et à empêcher la recomposition du paysage politique, pour notre plus grand malheur, mais ils ne seront plus jamais une force.

La deuxième épreuve de vérité, ce sont les Gilets jaunes. Ils ont dévoilé que Macron n’est pas au service du peuple français mais de l’oligarchie mondialisée et que sa base politique ne dépasse pas un quart de la population.

Le Système vacille mais il n’est pas encore vaincu. Les Gilets jaunes ne doivent pas céder à la tentation de la proposition, sinon ils sont foutus. Ils doivent continuer leur travail de sape.

On voit que les ennemis (déclarés ou hypocrites) des Gilets jaunes aimeraient tant qu’ils intègrent le Système, qu’ils fassent des propositions, qu’ils présentent des candidats, qu’ils se prennent évidemment une tôle et qu’ils se fassent bouffer. Mais il faut rester cohérent : si on pense que le problème est non pas tel ou tel parti, mais le Système lui-même, il faut refuser d’y participer tant qu’il résiste. Ensuite, il sera bien temps de passer à autre chose.



Non-violence : les Gilets doivent absolument devenir non-violents. Non parce que la violence serait mal en soi (elle leur a permis de se faire entendre, à défaut de se faire écouter) mais parce que, depuis ses vœux du nouvel an, Macron retourne cette violence à son profit. Si les choses continuent ainsi, Macron sera ré-élu en 2022 par le bloc bourgeois apeuré (j'en connais nombre de futurs électeurs autour de moi).

C’est gentil de se montrer couillon, c’est sympa, mais faire le jeu de l’ennemi n’a jamais permis de gagner les guerres. Autrement dit, je milite pour que les Gilets jeunes se montrent intelligents et s’installent dans la durée, jouent l’usure.
Macron mène une politique dangereuse et irresponsable. Les Gilets jaunes doivent se montrer responsables pour deux.
Le plus dur, c’est évidemment de trouver des modes d’action non-violents qui filent à Macron le mauvais rôle.


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(1) : commentaire que j'ai laissé au Figaro :

C'est sciemment qu'Emmanuel Macron jette de l'huile sur le feu.

Il est clair qu'il est dans une stratégie de l'escalade parce qu'il espère en sortir vainqueur et profiter des troubles ainsi suscités pour installer une dictature de fait (c'est bien comme cela que s'appelle le fait de gouverner avec, au maximum, un quart du pays).

Il me semble donc peu intelligent de partir au quart de tour sur chacune de ses provocations. C'est jouer son jeu, jouer dans sa main.

(2) : le trilemme de Pareto.

Lorsqu'un pays affronte un problème grave, il resurgit de loin en loin, chaque fois plus grave que la précédente jusqu'à ce que :

1) La classe dirigeante règle le problème.

2) On change de classe dirigeante jusqu'à ce qu'une classe dirigeante règle le problème.

3) Le problème n'est pas réglé, la classe dirigeante n'est pas changée : le pays disparaît.

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