dimanche, septembre 19, 2021

Les schèmes qu'on abat, à propos du gaullisme (F. Bouthillon)

Ce petit fascicule est le premier livre de Fabrice Bouthillon (1995) mais on y retrouve le thème qui lui est cher : notre révolution a créé une coupure irréparable.

Analyse proche de Burke.

Le contrat social n'est pas abstrait, il est le dépôt des siècles. A partir du moment où l'assemblée des Etats généraux s'institue en assemblée nationale, elle brise l'ancien contrat social et la France se retrouve dans un entre-deux irréconciliable : impossible de revenir à ancien contrat brisé, impossible d'en fabriquer un nouveau abstraitement.

Depuis deux siècles et demi, la France est sans contrat social, sauf en des moments d'effusion passagers (Union Sacrée en 1914).

Ceci explique la réussite et l'échec de de Gaulle.

Comme la monarchie française, le gaullisme est d'une logique profondément chrétienne : le roi (1) et de Gaulle sont l'incarnation de la France comme Jésus est l'incarnation de Dieu.

Bouthillon s'est amusé à recenser les allusions aux épitres de Saint Paul dans les discours gaulliens.

Au fond, je pense que la séparation entre anti-gaullistes et gaullistes est simple : les  uns reprochent à de Gaulle de se prendre moitié pour Jeanne d'Arc moitié pour le roi, les autres l'en félicitent.

Comme de Gaulle, grâce à son comportement en 1940, était plus légitime qu'aucun dirigeant depuis Napoléon (Louis-Philippe, par exemple, doutait de sa légitimité), il a pu faire illusion pendant vingt ans, mais il a juste subi le fait fondamental de l'histoire de France depuis 250 ans : il n'y a plus de contrat social.


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(1) : Louis XV, 3 mars 1766, Parlement de Paris, séance dite de la flagellation :

«  C'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison (...) c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage (...) l'ordre public tout entier émane de moi et les droits et les intérêts de la nation dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains. »

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