vendredi, septembre 19, 2014

Sur le «retour» de Sarkozy

l’inéluctable retour de Sarkozy

Eric Zemmour
Il n’avait pas le choix. Son retour était inéluctable. Un retour à épisodes. Le retour dans le bureau du juge d’instruction. Dans les pages Justice des médias. Un retour encouragé, programmé par le pouvoir socialiste en dépit de ses dénégations hypocrites et vertueuses. Sarkozy avait le choix entre le retour chez le juge et le retour à la tête de l’UMP. On aura donc le juge et l’UMP, mais celui-ci servant de bouclier contre celui-là. Il y a du Berlusconi dans Sarkozy. La menace des juges italiens poussa « Sua Emittenza » à se lancer en politique. A créer Forza Italia sur les ruines de la Démocratie chrétienne. A être à deux reprises président du Conseil.
Sarkozy pourrait être tenté d’imiter son ancien ami transalpin. Fonder un nouveau parti après avoir achevé une UMP minée par les divisions et les scandales. Faire monter une nouvelle génération. Des jeunes et des femmes, de la diversité. Il trouvera sans peine un clone de Najat, une nouvelle Rachida ou Rama. Tout changer pour que rien ne change.
C’est l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête de l’ancien Président. Se contenter de dire : je reviens. Je fus et je serai. L’anti-hollandisme sera à Sarkozy ce que l’anti-sarkozysme fut à Hollande. Un marchepied d’une redoutable efficacité ; mais un piège mortel. Un écran de fumée qui fait croire à Sarkozy que son seul retour suffira à tout changer. Mais c’est oublier que Sarkozy à l’Elysée n’a nullement réglé les contradictions fondamentales qui minent notre pays : entre la Ve République et l’Europe ; entre la liberté de mouvement des marchandises et des capitaux et notre modèle social ; entre la maîtrise de l’immigration, de la délinquance, et les rigueurs incapacitantes de l’Etat de droit.
Sarkozy cède au fantasme si français de l’homme providentiel. Mais les deux plus grands hommes providentiels de l’Histoire de France, de Gaulle et Bonaparte, avaient pris la précaution de renverser la table. De Gaulle établit de nouvelles règles du jeu institutionnel. Bonaparte forgea un code civil et une organisation administrative de l’Etat. Ils ne crurent pas, eux, que leur intelligence, leur énergie, leur autorité - pourtant infiniment supérieures à celles de Sarkozy - suffiraient à imposer leurs volontés.
En faisant de son retour le seul changement, en ne croyant qu’aux personnes, les conseillers de Sarkozy le poussent à suivre la doxa dominante, européiste et multiculturaliste. Le refus apparent des idéologies est une idéologie. Faire de l’ancien Président le rempart anti-FN conduira à la chiraquisation de Sarkozy, à sa transformation en un candidat du centre. Pour la plus grande fureur de l’électorat populaire et la plus grande joie de Marine Le Pen.

mercredi, septembre 17, 2014

Macron a raison : le goût de la vérité et du mot juste


Ca m'arrache un bras de dire cela d'un ministre de Hollande, mais Emmanuel Macron a raison. Il y a bien parmi les salariés de Gad 20 % d'illettrés et c'est un problème majeur pour leur reclassement.

La déclaration initiale d'Emmanuel Macron était juste et ne nécessitait aucune rectification et bien sûr pas d'excuses.

Je suis terrifié de constater à quel point on ne peut plus appeler un chat un chat dans le débat public.

Car sans mots justes, pas de diagnostic correct et sans diagnostic correct, l'impasse.

Dernière minute :

Macron, «les illettrées», le réel et la novlangue

Les Français trahis par leur classe politique (énième épisode)



Mariage pour tous : la droite et Sarkozy à l'heure des choix


Jacques Sapir : Manuel Valls, la confiance des députés, la défiance des Français

mardi, septembre 16, 2014

Heretics / Orthodoxy / The Blachford controversies (Gilbert Keith Chesterton)

L'ensemble constitue une extraordinaire, et très chestertonienne, apologie du catholicisme.

Chesterton foisonne

C'est à lire de bout en bout. Chesterton manie le paradoxe et le contrepied avec maestria. Avec génie.

Par exemple, il explique que l'humilité fait la force du christianisme : une armée où chaque soldat est prêt à mourir pour la cause parce qu'il ne se considère pas plus grand qu'un autre est bien plus forte qu'une armée où chacun se prend pour César.

Pour Chesterton, les maux de notre époque, même ceux qu'on croit les plus matériels, sont spirituels.

Ses textes fourmillent de mille notations méritant développement. Une au hasard : la fausse science (il faut sans doute comprendre, d'après le contexte, les sciences sociales) a pour objet de justifier l'immoralité des riches et des puissants vis-à-vis des pauvres, la substitution des devoirs les plus immédiats envers son prochain par des théories fumeuses et lointaines.

Chesterton se livre à une défense originale de la nation et de  la famille. J'ai écrit un billet sur ce sujet.

Il loue Thomas Beckett qui, sous les somptueux habits d'évêques, cache un cilice. C'est une pierre dans le jardin du pape François, à la pauvreté ostentatoire (ce pape, qui plaît beaucoup trop aux medias que je déteste pour que je ne doute pas, me met mal à l'aise).

Ses considérations sur la fausse notion «l'union fait la force» sont frappantes de fraicheur. Tout comme ses réflexions sur les prétendues jeunes et vieilles nations. Ou sur le flegme pas du tout britannique.

A propos du scepticisme moderne, Chersterton va droit au but : l'homme est une machine à fabriquer des dogmes. Dire «je ne crois en rien», c'est avouer être un animal, ce qu'aucun homme n'est. Et, comme moi, Chesterton préfère des dogmes conscients et patinés par la tradition à des dogmes récents, inconscients et brutaux.

De nombreuses idées jetées sur le papier sont étonnantes de prescience. Plus d'une fois, je me suis arrêté de lire, stupéfait de l'actualité du propos. On retrouve beaucoup d'échos dans Les pierres d'angle.

Par exemple, sa défense de l'autorité religieuse est étonnante, elle paraît écrite en 2014 :

«De la même façon qu'une génération peut empêcher l'existence de la suivante, simplement en entrant tous au monastère ou en sautant à la mer, de même un groupe de penseurs peut empêcher la génération suivante de penser en lui enseignant qu'aucune pensée humaine n'est valide. Il est oiseux d'évoquer l'alternative entre la foi et la raison. La raison est elle-même matière de foi. C'est un acte de foi de supposer que nos raisonnements ont un rapport quelconque avec la réalité. [Suit un passage sur le scepticisme].

Il y a une pensée qui arrête la pensée. C'est la seule pensée qui doit être arrêtée.  C'est ce fléau ultime que combat toute autorité religieuse. Il apparaît à la fin d'un âge décadent comme le nôtre.»

Sa mise à mort du touriste et du tourisme est réjouissante.

Chesterton est un poète de génie. Il est très sensible aux mots. Il pense que les grands mots complexes permettent aux hommes du XXème siècle de se passer de penser comme les automobiles, engins complexes, permettent aux hommes de se passer de marcher. C'est formidablement vu : réfléchissez à tous ces cas où un mot complexe a remplacé un mot simple pour dissimuler l'exigence que portait ce dernier. Chesterton donne des exemples anglais, mais il est facile de trouver des équivalents français, solidarité remplaçant charité et tant d'autres.

Il fait aussi quelques allusions à Nietzsche assez décapantes (il traite son culte du surhomme d'«hystérique et féminin»). Il considère d'ailleurs que Jeanne d'Arc fusionne et surpasse Nietzsche et Tolstoï !

Au final, je n'ai détecté qu'une erreur : sa prédiction, très curieuse, de la chute prochaine des Etats-Unis. Notons qu'elle n'est absolument pas teintée de l'antiaméricanisme qui accompagne souvent ce genre d'annonces.

Les convictions de Chesterton

L'innovation chrétienne des vertus théologales, Foi, Espérance et Charité (auxquelles Chesterton ajoute l'Humilité) est aussi importante dans le domaine de l'esprit que la théorie newtonienne en astronomie. Après ce genre de découvertes, tout retour à l'ignorance antérieure est impossible (sur ce point, je ne suis pas si serein que Chesterton).

C'est pourquoi le paganisme est mort et ne revivra pas (on pense aux conneries à la de Benoist/Venner. N'insistons pas trop : ils ne boxent pas dans la même catégorie que Chesterton (1)).

Chesterton manie en permanence le paradoxe. Cela agace quelquefois, comme un truc de prestidigitateur. Mais il en tire des effets si profonds qu'on est bien obligé d'en admettre la pertinence.

Son analyse des vertus païennes raisonnables, donc faibles, et des vertus chrétiennes déraisonnables, donc fortes, est un morceau de bravoure.

Les convictions religieuses de Chesterton, dont il affirme qu'il les avait et qu'ensuite il a découvert que le catholicisme collait à celles-ci, sont les suivantes.

Notre monde est ce qui reste après un grand naufrage et c'est pour cela, comme survivant, qu'il est poétique et précieux, de la même manière que la liste des ustensiles sauvés du naufrage par Robinson Crusoe est pour lui un sommet de poésie (ce passage plaisait particulièrement à Simon Leys). Le naufrage qu'envisage Chesterton, c'est la Chute du paradis originel.

Le monde est le travail d'un créateur artiste : le monde semble logique, puis soudain il y a une petite touche artistique, la surprise du chef. L'exemple que donne Chesterton : l'anatomie. Un martien qui verrait un homme, avec ses deux jambes, ses deux bras  ses deux yeux, imaginerait qu'il a deux coeurs symétriques. Hé bien, non, il a un seul coeur, légèrement décalé à gauche. C'est ce que Chesterton appelle la touche artistique du créateur. Nul doute que s'il avait connu la physique quantique, il y aurait puisé quantité d'exemples.

Chesterton considère que le catholicisme, très rationnel mais pas complètement, colle point par point à cette vision artistique du monde.

Ensuite, Chesterton voit le créateur libérant sa créature. Ici, inutile de m'étendre. Des bibliothèques entière ont été écrites sur le sujet, le libre arbitre, la grâce, la rédemption, le créateur lié d'amour à sa créature ... (2)

Chesterton voit le christianisme comme la religion de la contradiction féconde, par opposition au juste milieu stérile que cherche le sage antique (et contemporain). Le chrétien ne fait pas du rose avec le rouge et le blanc du bouclier de Saint Georges. Il garde les couleurs juxtaposées et il combat le dragon.

On peut trouver de multiples exemples chrétiens de contradictions fécondes. L'homme est à la fois un être supérieur car fait à l'image de Dieu et un être vil déchu du paradis. Il n'est pas un peu de l'un et un peu de l'autre, il est les deux à la fois.

De même, et cela intéresse beaucoup plus les débats actuels (Chesterton a un talent visionnaire indéniable), le christianisme est la religion où le lion couche à coté de l'agneau sans cesser d'être un lion, sans se transformer en agneau. On a les moines et les martyrs qui se font tuer en tendant l'autre joue, mais on a aussi Saint Louis qui part en croisade. Le christianisme ne consiste pas seulement à tendre l'autre joue mais aussi à partir en croisade (contrairement à ce que beaucoup disent aujourd'hui, je ne vois aucune raison de nous repentir des croisades). Chesterton place très haut Jeanne d'Arc.

Il poursuit en réfutant avec brio trois arguments contre le christianisme : il est la cause de la chute de l'empire romain, il est obscurantiste, il est triste.

Il conclut sur les miracles d'une manière intéressante. Chercher à prouver ou à démentir les miracles selon une méthode scientifique est une erreur philosophique : les miracles sont de l'ordre de la poésie, non de la science. Si un ami vous confie un secret et qu'il refuse de le répéter devant un comité de quinze psychologues destinés à la prouver scientifiquement, en conclurez vous qu'il a menti ?

Chesterton fournit une grille d'interprétation du monde moderne et de ses maux qu'il est loisible à chacun d'adapter. Je ne pense pas qu'il aurait été en désaccord avec Brague écrivant que la modernité s'est contentée de phagocyter et d'épuiser l'énergie intellectuelle et spirituelle du Moyen-Âge. Pour Chesterton, la déchristianisation a commencé avec la Réforme, point de vue intéressant quand on sait que Chesterton n'est pas né catholique mais a rejoint le catholicisme assez tardivement. Il y a donc bien eu de sa part une démarche consciente pour remettre en cause la Réforme.

Il conclut par où il avait commencé : le scandale du christianisme, c'est qu'il est joyeux. Le scandale du Christ, c'est Sa joie.

Le matérialisme qui trouve que le monde n'a ni rime ni raison ni sens est fondamentalement, irrémédiablement, triste.

Chesterton lie remarquablement matérialisme, scientisme et déclin de la démocratie.

Chesterton, décédé en 1936, a peu connu les horreurs totalitaires et génocidaires, mais il n'en aurait pas été surpris.

Pour résumer, il a une vision poétique du christianisme. N'est-ce pas ainsi qu'on atteint la vérité des choses ?




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(1) : Chesterton ne parle jamais de «religions du désert», ce poncif des imbéciles anti-chrétiens.

(2) : Denis Tillinac déplore que tant d'enfants ne reçoivent plus d'éducation religieuse, car indépendamment des convictions qu'ils en gardent à l'âge adulte, la pensée religieuse (et Tillinac devait songer en priorité au christianisme) est d'une richesse intellectuelle et poétique fantastique, la pensée chrétienne est luxuriante. A l'enfant qui n'a pas reçu d'éducation religieuse, c'est à tout jamais un manque. Il ne pourra pas lire en en pénétrant l'intimité les sermons de Saint Bernard sur le Cantique des Cantiques. On peut vivre sans, mais on vit mieux avec.

Alceste et Célimène, Philinte et Eliante

Le Misanthrope ou l'atrabilaire amoureux. Cette pièce subtile me plaît.

Alceste, le misanthrope, pourrait aimer la sage Eliante et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Hélas, c'est de la coquette Célimène dont il est amoureux, lui, l'ennemi du genre humain et de ses artifices.

On fait souvent de cette pièce un duel entre Philinte, l'ami du genre humain, et Alceste, le misanthrope. C'est faux : Philinte est plus misanthrope qu'Alceste, il a moins d'illusions sur les hommes.

Tout le monde connaît (ou devrait connaître, avec notre système éducatif pourri, on n'est plus sûr de rien), le dialogue de la première scène :

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Philinte.

Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

Alceste.

Oui, j' ai conçu pour elle une effroyable haine.

Philinte.

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,
seront enveloppés dans cette aversion ?
Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes...

Alceste.

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes :
les uns, parce qu' ils sont méchants et malfaisants,
et les autres, pour être aux méchants complaisants,
et n' avoir pas pour eux ces haines vigoureuses
que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
De cette complaisance on voit l' injuste excès
pour le franc scélérat avec qui j' ai procès :
au travers de son masque on voit à plein le traître ;
partout il est connu pour tout ce qu' il peut être ;
et ses roulements d' yeux et son ton radouci
n' imposent qu' à des gens qui ne sont point d' ici.
On sait que ce pied plat, digne qu' on le confonde,
par de sales emplois s' est poussé dans le monde,
et que par eux son sort de splendeur revêtu
fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu' en tous lieux on lui donne,
son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
tout le monde en convient, et nul n' y contredit.
Cependant sa grimace est partout bienvenue :
on l' accueille, on lui rit, partout il s' insinue ;
et s' il est, par la brigue, un rang à disputer,
sur le plus honnête homme on le voit l' emporter.
Têtebleu ! Ce me sont de mortelles blessures,
de voir qu' avec le vice on garde des mesures ;
et parfois il me prend des mouvements soudains
de fuir dans un désert l' approche des humains.

Philinte.

Mon Dieu, des moeurs du temps mettons-nous moins en peine,
et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
ne l' examinons point dans la grande rigueur,
et voyons ses défauts avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable ;
à force de sagesse, on peut être blâmable ;
la parfaite raison fuit toute extrémité,
et veut que l' on soit sage avec sobriété.
Cette grande roideur des vertus des vieux âges
heurte trop notre siècle et les communs usages ;
elle veut aux mortels trop de perfection :
il faut fléchir au temps sans obstination ;
et c' est une folie à nulle autre seconde
de vouloir se mêler de corriger le monde.
J' observe, comme vous, cent choses tous les jours,
qui pourroient mieux aller, prenant un autre cours ;
mais quoi qu' à chaque pas je puisse voir paroître,
en courroux, comme vous, on ne me voit point être ;
je prends tout doucement les hommes comme ils sont,
j' accoutume mon âme à souffrir ce qu' ils font ;
et je crois qu' à la cour, de même qu' à la ville,
mon flegme est philosophe autant que votre bile.

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Le mystère du misanthrope est son intrigue amoureuse. Pourquoi Alceste s'éprend-il de son contraire,  la coquette Célimène, en toute conscience ? Et pourquoi Célimène, abandonnée de tous ces amants, repousse-t-elle l'offre d'Alceste ?

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Célimène.

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,
et dans votre désert aller m' ensevelir !

Alceste.

Et s' il faut qu' à mes feux votre flamme réponde,
que vous doit importer tout le reste du monde ?
Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents ?

Célimène.

La solitude effraye une âme de vingt ans :
je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,
pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.
Si le don de ma main peut contenter vos voeux,
je pourrai me résoudre à serrer de tels noeuds ;
et l' hymen...

Alceste.

Non : mon coeur à présent vous déteste,
et ce refus lui seul fait plus que tout le reste.
Puisque vous n' êtes point, en des liens si doux,
pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous,
allez, je vous refuse, et ce sensible outrage
de vos indignes fers pour jamais me dégage.

(Célimène se retire)

[...]

[Philinte demande Eliante en mariage]

Éliante.

Vous pouvez suivre cette pensée :
ma main de se donner n' est pas embarrassée ;
et voilà votre ami, sans trop m' inquiéter,
qui, si je l' en priois, la pourroit accepter.

Philinte.

Ah ! Cet honneur, madame, est toute mon envie,
et j' y sacrifierois et mon sang et ma vie.

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Il me semble que la clé, c'est l'âge de Célimène.

Molière, qui ne laisse guère de place au hasard dans ses dialogues, ne lui fait pas préciser sans intention qu'elle n'a que vingt ans. A cet âge, on comprend le désir et la passion, mais l'amour ? Question intéressante qui mériterait une longue étude in vivo.

La fraicheur de Célimène attire Alceste, je suppose, mais c'est aussi ce qui l'empêche d'accepter la proposition d'Alceste.

Plus âgée, elle eut sans doute été plus habile. Le définitif n'est qu'un provisoire qui dure et l'exil campagnard définitif d'Alceste serait peut-être mort avec la paternité.

Sarkozy Hollande : même combat

lundi, septembre 15, 2014

Encore un qui ne croit pas ce que dit Hollande

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«Le président français, François Hollande, dit que son pays ne paye pas de rançons aux terroristes, alors qu'en réalité, il le fait», s'irrite le président américain dans les colonnes du New York Times.
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Soyons justes avec François Hollande : Barack Obama est une pourriture dans son genre, il ne bénéficie d'aucune sorte de supériorité morale lui permettant de chapitrer notre président, simplement il est grand et mince, il lit mieux le prompteur, et il est noir clair.

vendredi, septembre 05, 2014

Le 5 septembre 1914, Péguy

Le 5 septembre 1914, Charles Péguy est tué à l'ennemi, dans un champ de betteraves de Villeroy. La grande tombe et le monument existent toujours. Il est facile de s'y rendre en venant de Paris.

Cette mort a été tellement célébrée et récupérée, pas toujours dans des conditions d'honnêteté et de respect parfaites, qu'il est inutile d'insister.

Il est juste et conforme à nos temps de grande  misère intellectuelle et morale que la commémoration officielle du 7 septembre ne comporte que des personnalités politiques mineures (mais un évêque viendra). Quand on voit qui et comment elle commémore, on peut juger notre époque, au moins du coté de la classe dirigeante. Car les humbles ont rendu à Péguy l'hommage qu'il mérite :



Une messe était célébrée ce soir à Ste Clotilde.

Il est de bon ton d'écrire que Péguy reste très actuel. Certes. Ce sont des mots qui ne coutent rien : nos contemporains seraient horrifiés s'ils lisaient vraiment Péguy, non parce qu'il écrit le mot «race», qui n'effraie que les imbéciles nominalistes, mais parce que ses écrits sont subversifs. Ils condamnent notre époque avec des bruits de tonnerre et des éclairs d'épouvante.

Comme Chesterton, il insiste sur la maladie spirituelle de nos temps de malheurs, malheurs non pas physiques, malheurs de l'âme.

Péguy n'est pas une grenouille de bénitier, un écrivain de bondieuseries. Comme non-marié à l'église, il est exclu des sacrements. Mais il a écrit l'extraordinaire Mystère de la charité de Jeanne d'Arc.

Quelques citations de Péguy (empruntées à Maxime Tandonnet) :

- Dans le monde moderne, c’est l’ingratitude qui est rituelle; c’est elle qui est devenue comme un devoir, une obligation, presque une fidélité.

- Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle on se met à expliquer au lieu d’agir. Et les lâches sont des gens qui regorgent d’explication.

- Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte.

- On n’a pas le droit de trahir les traîtres mêmes. On n’a jamais le droit de trahir. Les traîtres, il faut les combattre, pas les trahir.

- On ne remplace personne. On ne remplace rien. Tout est irréversible.

-Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique.

«L'engagement de toute ma vie ...»

Quel baratineur ce Hollande ! Et quel maladroit !

Soupçonné de se foutre de la gueule des pauvres, François Hollande argue que son souci des pauvres est «l'engagement de toute ma vie». Qui peut le croire ? Qui peut ne pas rire (ou pleurer) d'une telle déclaration ?

Oui, pour soeur Thérésa, pour soeur Emmanuelle, les pauvres sont l'engagement de toute leur vie.

Mais pour François Hollande, l'homme qui ne s'engage jamais, même pas avec la mère de ses enfants ? Pour François Hollande, le bourgeois qui vit au milieu de la gauche caviar et fréquente des restaurants autrement plus chics que le Fouquet's ? Pour François Hollande dont le seul souci semble être ses finasseries de petit arrangeur ?

Il y a des cas où il vaut mieux ne rien dire. La déclaration de François Hollande est tellement pathétique qu'il me ferait presque pitié.

jeudi, septembre 04, 2014

Valérie a des dents et elle mord

Valérie Trierweiler pousse jusqu'au bout la logique de la démocratie représentative.

Les cris d'orfraie des politiciens - qui montrent là une solidarité corporatiste de la plus belle eau - vis-à-vis du bouquin de Valérie Trierweiler me semblent rater un point essentiel.

Nous sommes en démocratie représentative, on élit un homme, et non un programme. Il n'est donc pas illégitime de s'attacher à la personnalité, au caractère et à l'intimité des politiciens. Il faut juste faire preuve de mesure.

Or, il se trouve que les politiciens eux-mêmes ont personnalisé la campagne présidentielle de manière démesurée. Il n'est donc pas illogique qu'ils se reçoivent en retour un voyeurisme démesuré. Pour désamorcer cette tendance destructrice, il faut aller à rebrousse-poil du mouvement de fond et dépersonnaliser le pouvoir. On en revient à mon idéal suisse. Je ne pense pas que les politiciens français soient capables de le faire.

Ceci étant dit, le comportement de Valérie Trierweiler est indigne. Hélas, il est à l'image de son milieu : sans foi, ni loi, sans pudeur, sans droiture. François Hollande et elle faisaient bien la paire.

Le mépris de François Hollande pour les pauvres ne m'étonne pas, je n'ai d'ailleurs pas besoin de Valérie Trierweiler pour le connaître. Il apparaît de manière tout à fait publique et officielle dans les discours et dans les décisions. Ce n'est pas un hasard si "populiste" est devenu l'insulte suprême. La morgue et le mépris de la classe dirigeante, et spécialement de sa composante de gauche, sont déjà bien documentés.

François Hollande paye une erreur profonde : ne pas s'engager, ne pas se marier et, cependant, tricher, faire comme s'il s'était engagé quand même. Je l'avais dit à l'époque : soit il se marie et Valérie Trierweiler a sa place à l'Elysée, soit il ne se marie pas et elle n'a pas sa place à l'Elysée. Il a choisi de ne pas choisir quand le choix était nécessaire.

Bref, il a fait du Hollande.

Le mépris que la classe dirigeante a pour le peuple n'a d'égal que le mépris en retour dont le peuple asperge ses dirigeants. C'est situation délétère peut-elle durer ? Hélas, l'histoire montre que oui, il peut s'installer sur une longue durée un mépris réciproque entre le peuple et ses dirigeants. Cela n'est jamais bon. Toute maison divisée contre elle-même périra.

mercredi, septembre 03, 2014

Hypocrisie gauchiste : deux articles dévastateurs

François Hollande, les «sans‐dents» et le cynisme de la gauche morale

Je ne comprends pas cette expression de «sans dents». En revanche, que la gauche des grands bourgeois, Touraine, Fabius, DSK, Hollande et cie éclabousse le peuple de son mépris ne peut surprendre que les crétins.

Les people lâchent Hollande : mieux vaut tard que jamais !

Je partage la colère de Crombaz. Les people se foutent de notre gueule.

Voici l'article prémonitoire auquel Crombaz fait allusion : M. le président, méfiez vous du train.

Sur ce blog aussi : Pourquoi j'ai peur de François Hollande.

Les people font mine de découvrir que Hollande est menteur, minable, mesquin, inculte, goujat, creux, sans tripes, sans coeur et sans âme. Mais laquelle de ces informations sur le caractère de Hollande n'était pas disponible avant les élections de 2012 ?

Est-ce que les people qui soutiennent Hollande sont cons comme des balais ou est-ce qu'ils sont comme lui, menteurs, minables, mesquins, incultes, goujats, creux, sans tripes, sans coeur et sans âme ?

Remarquez que ces deux hypothèses peuvent se cumuler. Dans le cas d'un Noah, par exemple, le cumul ne fait guère de doutes.

dimanche, août 31, 2014

L'appel des médecins de demain contre le suicide assisté

L'appel des médecins de demain contre le suicide assisté

Bien sûr, toutes ces histoires de «mourir dans la dignité» se ramènent toujours à la même chose : considérer comme indignes de vivre les individus qui ne correspondent pas à certains critères, et, au final, que cela soit l'individu lui-même qui se juge indigne de vivre ne change pas grand'chose à la saloperie du raisonnement.

J'ai déjà abordé le sujet : euthanasie.

Voici ce qu'en pense Philippe Pozzo di Borgo :

J'ai côtoyé l'extrême fragilité, la différence insoutenable du polyhandicapé, du traumatisé crânien, la laideur de celui qui ne sait plus se contenir [...], gémit et hurle sans contrôle. Auraient­-ils tous perdu leur dignité ? En présence de ces extrêmes, j'ai appris à devenir [...] simple récepteur de l'autre dans son infinie altérité. Désarmé face à cet autre tellement désarmant, je suis prêt à reconsidérer le monde avec tendresse et engagement.

Pour ceux qui confondent "catholique et "masochiste suicidaire"

Beaucoup de catholiques, notamment  ceux de gauche, confondent "catholique" et "masochiste suicidaire" : la France est submergée par des vagues migratoires conquérantes, des islamistes égorgent des chrétiens, mais il ne faudrait pas le déplorer, il faudrait "tendre l'autre joue" jusqu'à l'extinction.

J'ai tendance à penser que cette doctrine suicidaire est passagère, adaptée à nos sociétés femelles, mais que, sous la pression de l'adversité, les catholiques retrouveront petit à petit leur mission de défenseurs de la Vérité.

Je recopie un commentateur du Figaro :

«Depuis le concile Vatican II, l'Eglise traditionnelle a disparu, remplacée par des discours révolutionnaires plus ou moins sérieux. Le pape François n'y échappe pas. L'article de J S Phillippart est très bien: documenté, vif, intelligent. Le problème est ailleurs. Parler de saint Augustin, de saint Thomas d'Aquin, ou des autres docteurs de l'Eglise n'a pas de sens pour les dirigeants du Vatican.

Cette référence n'existe plus. Et l'amour du prochain -qui relève de la charité personnelle- n'a rien à voir avec la gestion d'un Etat. Un Etat -fût-il chrétien!- n'a pas à tendre la joue, même s'il encourage tous les moyens favorisant une paix juste.»

Répliquer à la violence ou tendre l'autre joue : le dilemme du Pape et des Chrétiens

samedi, août 30, 2014

Les pouvoirs du peuple entravés ?

Entretien de Maxime Tandonnet dans le Figaro :

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A la lecture de votre livre, on a le sentiment que l'Etat est finalement impuissant face à ces questions [la sécurité et l'immigration]. Malgré le volontarisme de Nicolas Sarkozy et la multiplication des projets de loi, la plupart des initiatives n'aboutissent pas. Quels sont les principaux obstacles auxquels vous vous êtes heurtés ? Sont-ils de nature institutionnelle, politique ? S'agit-il tout simplement de la chape de plomb du politiquement correct ?

En effet, j'ai été impressionné par la puissance des obstacles à l'action publique, pas seulement sur la sécurité d'ailleurs. Le sentiment de l'impuissance publique pèse en permanence sur les épaules d'un acteur du pouvoir politique. Les causes en sont multiples: la situation budgétaire calamiteuse, la prolifération des jurisprudences, constitutionnelles, européennes, qui limitent énormément le champ des décisions possibles, formant un étroit carcan, le climat de conservatisme et d'inertie générale. Un exemple sur lequel je reviens longuement dans le livre. Le président demandait avec insistance la nomination de 50 inspecteurs des services fiscaux, auprès des policiers dans les quartiers touchés par le trafic de stupéfiants afin de traquer les signes extérieurs de richesse. Il lui a fallu plus d'un an pour y parvenir et cette mesure s'est avérée décisive. Pour faire bouger la réalité, il faut une extraordinaire patience et détermination.

Les juridictions ont-elle une part de responsabilité dans cette situation? Laquelle?

Il me semble que nous vivons dans des sociétés où les contre-pouvoirs, en particulier celui des grandes juridictions, les cours suprêmes, l'emportent globalement sur le pouvoir politique. Il faut bien entendu des contreparties et des contrôles face au pouvoir politique mais lorsqu'un certain point d'équilibre est franchi, on tombe dans la paralysie et tous ceux qui ont expérimenté le coeur du volcan le savent. Il y a les choix politiques qui sont censurés par le conseil constitutionnel, comme la taxe carbone en 2010. On peut s'en réjouir au cas par cas sur certains dossiers, mais sur le long terme, c'est l'autonomie et la marge d'action du pouvoir politique qui ne cesse de se restreindre. En outre joue la force de l'autocensure car le travail de préparation de la décision politique consiste à anticiper en permanence sur la réaction des juridictions. Cela pose le problème dramatique de l'avenir de la démocratie, du pouvoir réel du Parlement élu au suffrage universel qui en est le coeur.
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 Maxime Tandonnet décrit ce que Mathieu Bock-Coté appelle le chartisme : à coups de chartes et de traités, on limite de plus en plus les pouvoirs du peuple souverain. Bien sûr, on argue toujours d'excellentes raisons et de bonnes intentions, mais l'essentiel demeure : ceux qui négocient et signent ces chartes n'ont absolument aucune légitimité, même si c'est légal.

En effet, il n'y a aucune justification démocratique à la limitation du pouvoir populaire avec des traités signés à l'étranger.

C'est la méthode Monnet, basée explicitement sur le mépris de classe de l'oligarchie pour les peuples.

Le renforcement des pouvoirs du conseil constitutionnel, lui aussi dépourvu de la moindre légitimité, participe du même mouvement de défiance.

Hollande est-il le problème ?

Le Figaro Magazine titre Hollande : le problème, c'est lui.

Je déteste François Hollande, mais ce titre et cet article me paraissent stupides.

Le problème, c'est qu'en trente ans, le PS a été noyauté par les militants associatifs subventionnés et les politiciens professionnels (c'est souvent les mêmes). Cela transforme le PS en parti d'extrême-gauche détaché des réalités et du plus simple bons sens, totalement étranger au monde de 2014. Voilà le vrai problème. Le PS est devenu le partis des dogmatiques défendant les abrités de toutes sortes.

N'importe quel président issu du PS aurait les mêmes difficultés que François Hollande à essayer de concilier l'inconciliable : la réalité et le PS.

Si François Hollande n'avait pas été un menteur pathologique, il n'aurait pas été élu. Mais n'importe quel candidat socialiste devait être menteur comme un arracheur de dents.

Simplement, il a peut-être encore moins de compétences comportementales que les autres, alors son inadéquation au poste se voit plus. Il ne faut pas oublier que, comme président du conseil général de Corrèze, il avait atteint son seuil d'incompétence.

D'ailleurs, il faudrait rayer la Corrèze de la carte à coups de bombe atomique : un département qui a donné à la France Queuille, Chirac et Hollande mérite d'être détruit.



vendredi, août 29, 2014

Les banquiers sont-ils des salauds ?

Longue discussion en-dessous de ce billet : les banquiers sont-ils des salauds ?

Cela me semble beaucoup de mots pour un problème simple.

La banque, collecter les dépôts à court terme pour prêter à long terme, est plus qu'un métier honorable : c'est celui qui a permis le développement de l'Occident.

Mais les banquiers de 2014, ceux dont on parle dans les medias, ne sont plus des banquiers, ils n'en portent plus que le nom. Une usurpation. Ce sont des capitalistes de connivence qui profitent de leurs accointances étatiques pour traire la vache, c'est-à-dire le moutontribuable. Donc nulle surprise à ce que les banques soient peuplées d'énarques.

On a maintes fois démontré que les banques sont beaucoup trop grosses pour atteindre une efficacité optimale. Leur taille s'explique par le chantage au «too big to fail».

Je ne sais pas si le banquier de l'agence de Trifouillis-les Calbutes est un salaud. En revanche, je sais que son PDG à Paris en est un beau. Mais il n'est pas le seul, tous ses copains hauts fonctionnaires sont dans le même panier de crabes.