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mercredi, novembre 19, 2008

L'hyper-démocratie

J'emprunte ce concept à Renaud Camus, je le trouve très éclairant.

La démocratie est un concept politique : nous déclarons les hommes égaux en droit.

Le miracle de cette idée, ce qui fait qu'elle doit être célébrée, c'est qu'elle est hautement contraire à l'intuition, les hommes sont en réalité inégaux en tout. L'idée démocratique est le fruit de siècles de maturation.

L'hyperdémocratie consiste à sortir du champ de la politique cette égalité entre les hommes et à l'appliquer à toute chose : à l'éducation, à l'art, à la pensée, à nier toutes les hiérarchies qui font que la société n'est pas un chaos amorphe mais un ordre humain.

L'hyperdémocratie, c'est avant tout une bêtise stupéfiante, une incompréhension totale, radicale, de ce qu'est la démocratie et, même, l'homme.

C'est ainsi qu'on en vient à refuser des distinctions qui structurent l'homme et la société : l'enfant est l'égal des parents, tous les goûts se valent, les cultures sont interchangeables, les pensées méritent toutes d'être exprimées, toutes les pulsions sont légitimes etc ...

C'est plus qu'une erreur, c'est un cruel mensonge : en réalité, les parents sont supérieurs aux enfants, il y a des pensées lumineuses et d'autres indigentes, il y a des croûtes et des chefs d'oeuvres etc ...

La limitation, la plus grande étant la mort, est au coeur même de la condition humaine, et les hommes sont tous singuliers. De là, ils découlent que tous les hommes sont limités, et que les limites de chacun sont différentes, d'où une inégalité consubstantielle à la condition humaine.

C'est pourquoi il ne peut exister qu'une seule d'égalité de fait entre les hommes, celle du néant, de l'inexistence.

Il ne faut pas chercher plus loin l'explication du fait que lorsque l'on a cherché à égaliser les hommes que ça soit dans l'éducation, dans les arts ou dans le reste, on n'a trouvé qu'un seul moyen, c'est le nivellement par le bas.

Il n'y a qu'un seul moyen que tout le monde court le cent mètres à la même vitesse, c'est de ne pas courir. Il n'y a qu'un seul moyen que tous aient le même niveau d'éducation, c'est de ne pas éduquer. Il n'y a qu'un seul moyen que l'art soit accessible à tous, c'est qu'il n'y ait plus d'art.

vendredi, septembre 14, 2007

Devinette : le roi des cons

Mon précédent message sur la loi de Godwin ayant suscité quelques réflexions sur les cons, je vous soumets ce texte que je dois à la revue Commentaire.

Il émane d'un vrai con, de gros calibre, médaille d'or sur plusieurs décennies si la connerie était sport olympique, un professionnel, peut-être même dopé, gloire internationale, pas un rigolo, pas un amateur comme nos trotskystes actuels.

Dès qu'il y avait une connerie à dire sur un ton définitif, une erreur d'analyse à publier avec assurance, une ânerie à promouvoir, il était là, égal à lui-même.

Maintenant qu'il est mort, ça ne serait pas grave si il n'avait de dignes successeurs.

Saurez vous deviner son nom ? (pas très difficile. Encore un indice : c'était un bon romancier, les problèmes commençaient lorsqu'il donnait son avis sur la politique et, vu la très haute opinion qu'il avait de lui-même, il passait son temps à ça.)

IMPRESSIONS D'URSS (1954)

Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique, mais il s'agit d'une critique qui ne porte pas sur des hommes, mais sur des mesures.

L'erreur serait de croire que le citoyen soviétique ne parle pas et garde en lui ses critiques. Cela n'est pas vrai. Il critique davantage et d'une manière beaucoup plus efficace que la nôtre. L'ouvrier français dira : « Mon patron est un salaud ! »

L'ouvrier soviétique ne dira pas : « Le directeur de mon usine est un salaud ! » mais : « Telle mesure est absurde. » La différence, c 'est que le Français le dira dans un café ; le Soviétique, lui, s'engagera publiquement, engagera sa responsabilité dans la critique au cours d'une réunion officielle - par exemple la réunion du Soviet, la réunion de tel groupe technique dont il fait partie, ou la réunion du Parti. Il critiquera âprement, souvent, mais toujours dans une direction positive. Et ce qui est vrai des ouvriers est vrai de tout le monde.

[...]

Vers 1960, avant 1965, si la France continue à stagner, le niveau de vie moyen en URSS sera de 30 à 40 % supérieur au nôtre. Il est bien évident qu 'avec une société de ce type, qui édifie pour elle et pour tous les hommes, le seul rapport raisonnable est un rapport d'amitié.

Libération, 15 et 20 juillet 1954. [Vous remarquerez que le niveau de Libé ne s'est guère élevé depuis 1954 : le vocabulaire a changé, les idées sont restées à peu près les mêmes].