mercredi, septembre 24, 2025

Claude Tresmontant, un ouvrier dans la vigne (Emmanuel Tresmontant).

La personnalité de Claude Tresmontant (1925-1997), même décrite par son fils (qu'il a abandonné à 2 ans pour le retrouver 20 ans après), est peu agréable.

Mais, intellectuellement, chapeau !

Né dans une famille communiste athée dysfonctionnelle (il pense un temps être le fils d'André Malraux), il trouve à 16 ans un Nouveau Testament abandonné sur un banc dans un stade où il joue au football, il lit « Qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera ». Deux ans plus tard, il se fait baptiser.

« Le rabbin Ieschoua n'est pas un professeur de morale mais un professeur de vie ».

Le bon gros Pierre a déjà tout dit :

Dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. Jésus donc dit aux douze: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit: Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.… [Jean 6]

La philosophie de Tresmontant est le « réalisme intégral » : Dieu existe, il a créé le monde, qui est en création permanente par la constante injection d’informations divines.

Les lourds systèmes philosophiques allemands sont mauvais parce qu’ils sont faux, parce qu’ils nient la Création. Jusque dans les années 80, ses cours étaient suivis par les esprits libres.

Et beaucoup d’ingénieurs. C’est un point qui m’a étonné : dans un récent pèlerinage catholique, nous étions un groupe de 19 hommes … dont 18 ingénieurs (dont 7 Polytechniciens .. dont le curé). Les imbéciles croient que la position intelligente, scientifique, est l’athéisme. Visiblement, ce n’est pas l’avis de tout le monde. Toujours le réalisme.

Le monde actuel est incompréhensible si on ne voit pas qu'il est le combat permanent et inexpiable du nominalisme (« Robert est une femme parce qu'il se sent femme », « Un Afghan est un Français comme vouzémoi », « Le climat va nous tomber sur la tête ») contre le réalisme.

Puis, sur la fin de sa vie, ses cours ont été désertés : l’affaissement de l’Université et les « années Mitterrand ».

En 1983, à la sortie du novateur Le Christ hébreu, Tresmontant est accusé par l’extrême-droite d’« enjuiver le christianisme ». A ce niveau de stupidité, la seule réponse possible est le visionnage du sketch des Inconnus, La Secte du grand gourou Skippy, le passage où l’intégriste explique qu’il a commencé par les messes en latin, puis en grec, puis …

La judéophobie autochtone des demi-habiles, des midwits, qui ne cesse de monter en France (essentiellement par dhimmitude, consciente ou non), ne laisse pas de m'inquiéter : je ne suis pas inquiet du sort des juifs en soi, ils peuvent prendre l'avion en dernier ressort, mais la judéophobie est le symptôme d'une société malsaine, qui entre dans le délire collectif, de fantasme paranoïaque, conduisant au suicide sectaire ou au génocide.

Emmanuel Tresmontant raconte aussi un « débat » haineux sur Radio Courtoisie où l’obsession du minable Henry de Lesquen (pas besoin de l’écouter des heures pour comprendre que c’est un homme pétri de ressentiment) était de reprocher à Claude Tresmontant de ne pas être judéophobe. Celui-ci avait pris les choses avec philosophie. Il n’est écrit nulle part que les gens de strême drouâte sont forcément plus intelligents que les gauchistes (Lesquen n'est pas le pingouin qui glisse le plus loin que la banquise. Il manie l'invective et l'insulte avec beaucoup d'énergie, à part ça ...).

La thèse de Tresmontant est triple :

> La rédaction des Evangiles n’est pas du tout tardive, ce sont au contraire des « notes de cours » prises sur le vif ou presque.

> Le grec des Evangiles n’est pas vraiment du grec mais de l’hébreu transcrit mot à mot, à partir du lexique grec-hébreu de la Septante, ce qui permet d’éclaircir les passages obscurs.

> les juifs et les chrétiens ont en commun l'idée tout à fait originale du Dieu créateur (pas le dieu horloger qui lance la machine puis s'absente). Le monde est en création continuelle par injection d'informations divines (Tresmontant se passionnait pour la génétique et pour la cosmologie).

Se détachant de son père, Emmanuel nous fait part d’un épisode traumatique : sa soutenance face à une gauchiste. Il a eu le malheur de citer un excellent extrait de Notre Jeunesse (Péguy), prémonitoire comme souvent, sur les gens qui ne sont dupes de rien, qui ne croient plus à rien, qui se croient supérieurement intelligents, alors qu’ils sont juste vides (c’est toujours la position des faux intelligents : Dieu est un « ami imaginaire » pour les naïfs, ce qui est très réducteur, pour dire le moins. La vanité de ces gens dont Saint Thomas d'Aquin ou Saint Augustin auraient fait du petit bois est infinie). La madame l’a prise pour elle.

Wikipedia nous raconte que les thèses de Tresmontant sont aujourd’hui invalidées. Bien entendu, c’est un des mensonges gauchistes habituels de Wikipedia (on le retrouve dans tous les medias paresseux, c’est-à-dire dans tous les medias. Encore un cas où le ’consensus’ est absolument idiot. C’est de plus en plus fréquent, toujours le refus obstiné du réalisme).

Evidemment, l’enjeu est la fiabilité des Évangiles et donc l’autorité de l’Eglise. Si cette question vous intéresse :

Tresmontant s'est engueulé au restaurant avec un jésuite hégelien (les jésuites sont proches de l'hérésie et pas toujours du bon côté de la frontière, alors que Tresmontant est très orthodoxe sous une expression parfois provocatrice) sur l'humanité du Christ, proches d'en venir aux mains, devant des invités médusés et dépassés par l'altitude  et la violence de la dispute à coups de citations en grec et en hébreu. J'aurais bien aimé voir ça.

L’autorité du Seigneur

Son fils fait remarquer à Tresmontant qu’à mesure qu’il avance dans la traduction des Evangiles, il emploie dans son quotidien de plus en plus souvent l’expression « le Seigneur » à la place de « Jésus » ou de « le Christ ».

Tresmontant l’admet : l’autorité du Christ s’impose à lui (l'hypothèse mythiste, c'est bon pour les gogols et les escrocs à la Onfray. Les gens sensibles, comme Julien Gracq athée - c'est toujours une énigme pour moi les athées et les agnostiques intelligents qui ne vont pas jusqu'au bout du raisonnement, savent que Jésus a une personnalité, et très forte). L’autorité institue (contrairement à l’autoritarisme). Et Jésus a institué l’organisation humaine la plus ancienne : l’Eglise.

« Vous avez entendu qu’il a été dit …, mais moi je vous dis … »

« Vous m’appelez Maitre et Seigneur et vous faites bien, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Maitre et le Seigneur, je vous ai lavé les pieds … »

« Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Il se mit à leur dire ‘Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre’. »

« Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

« Avant qu’Abraham fût, je suis. » (déclaration stupéfiante si on écarte l'hypothèse que l'auteur est fou à lier.)

« Pilate lui dit ‘Alors, tu es roi ?’ Jésus répondit ‘C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Quiconque appartient à la Vérité écoute ma voix.’ »

Et on sait avec quelle autorité il parle aux démons et fend les foules hostiles.

C'est cette autorité que refuse le monde moderne avec obstination, comme les démons et pour les mêmes raisons.

Nota : dans la Bible, le vin et la vigne sont toujours liés à l'Alliance, à l'Esprit et à l'abondance de celui-ci.

dimanche, septembre 21, 2025

Qui était Jean ? [Enquête sur l'auteur du 4ème Evangile] (Claude Tresmontant)

Tresmontant était « catho de gauche ». Ca fait de la peine chez un homme si intelligent. Mais la gauche est une maladie de l'âme liée à une pathologie de la filiation et de l'éducation : quand on connait le parcours chaotique de Tresmontant, on est moins étonné.

Tout adulte est de droite. Et plus on est adulte, plus on est de droite. (Ce n'est pas de moi, mais j'aime bien.)

En théologie, la gauche est une gnose et, donc, l'ennemie intime du Christ.

Heureusement, le sujet d'étude de Tresmontant est assez éloigné pour n'être pas trop affecté par son navrant positionnement politique (Tresmontant sous-estime la valeur de la Tradition, mais, à part ça, guère de traces).

Ce texte posthume est très court. Le sujet est simple, dans le titre : qui est Saint Jean, le quatrième évangéliste ?

Jean l'évangéliste n'est pas Jean, apôtre, le frère de Jacques, fils de Zébédé

L'identification traditionnelle de Jean l'évangéliste comme l'apôtre Jean frère de Jacques est très probablement fautive (comme quoi la tradition peut se tromper). Elle vient d'Irénée de Lyon, qui semble s'être planté sur ce coup là. On a une lettre d'un certain Polycrate, qui identifie Jean l'évangéliste comme un cohen, un prêtre juif.

En effet, le quatrième évangile (qui est probablement en réalité le premier rédigé) est le plus théologique, la différence frappe tout lecteur, même moyennement attentif. Le rédacteur est un lettré, pas un paysan galiléen.

La question qui est posée est : comment la créature (l'homme) peut avoir part à la vie de son créateur (Dieu) ? C'est le sujet du Cantique des Cantiques (qui n'est pas un recueil de chansons de corps de garde, contrairement à ce qu'a prétendu le stupide XIXème siècle à la suite de Renan).

Par contre, l'identification de Jean l'évangéliste comme « le disciple que le Seigneur aimait » ne pose pas de problème.

Jean est un cohen

Jean est très probablement un cohen, un prêtre-sacrificateur du Temple (Tresmontant se permet une remarque rigolote : les femmes ne peuvent pas exercer cette fonction parce qu'elles ne peuvent pas trimballer des quartiers de bœuf) :

> Il a ses entrées libres au Temple (contrairement à Pierre).

> La servante du Temple lui obéit, quand il lui dit de laisser passer Pierre.

Une preuve presque matérielle : dans l’Evangile selon Saint Jean, le triduum pascal est décalé d’un jour par rapport aux Evangiles synoptiques. Cette différence a toujours perturbé les exégètes.

Or, en 1892, un érudit juif (d’une secte qui ne reconnaît pas le Talmud, ça existe) a prouvé que, jusqu’à la destruction du Temple en l’an 70, les cohen utilisaient un calendrier décalé les années où Pâques tombait pendant le Sabbat.

Dans la liste dressée par Flavius Josèphe des cohen de ces années, il est assez facile d’identifier un neveu du grand prêtre Anne, celui-là même qui a condamné Jésus à mort et dont l’un des fils fera condamner à mort l’apôtre Jacques. On comprend alors pourquoi cet évangéliste préfère garder l’anonymat.

Et qu'il se soit exilé à Patmos pour échapper aux persécutions juives (soit dit en passant : tout cela ne peut se passer qu'avant la catastrophe de l'an 70, la destruction du Temple, donc autant pour la thèse allemande  absurde de la rédaction tardive des Evangiles, thèse protestante anti-catholique, destinée à salir l'Eglise primitive. Décidément, les Allemands sont gens qui pensent compulsivement de travers. Qu'ils se contentent de faire de la physique et de la chimie. Et encore, pas pour fabriquer des armes)

 Voilà, mystère résolu.

dimanche, septembre 14, 2025

L'affaire Galilée : une supercherie du sot XIXe siècle ? (Bernard Plouvier)

Tout est dans le sous-titre : il y a unanimité chez les gens intelligents,  de Léon Daudet à Philippe Muray, à considérer le XIXème siècle comme particulièrement stupide.

En 200 ans, l’intelligence française est passée du génial Pascal au grotesque Comte. Merci Voltaire et son orchestre de détraqués (nos fumeuses « Lumières » ne sont rien d’autre qu’un résidu d’asile psychiatrique).

Il y a trois questions que notre époque qui se croit très intelligente confond allègrement :

1) est-ce que la Terre est ronde ?

2) est-ce que la Terre tourne sur elle-même ?

3) est-ce que la Terre tourne autour du soleil ?

C’est un mythe moderne que nos ancêtres (donc blancs, les croyances des peuplades colorées ne sont pas mon problème) croyaient que la Terre était plate. En réalité, ils ont toujours (à vue humaine) su, à quelques zozos près, que la Terre était ronde.

Galilée n’était pas un génie incompris. Le génie des années 1630 était Kepler, persécuté par les protestants (mais comme on ne peut pas faire d’anti catholicisme sur son dos, ça intéresse moins. Ce qu tendrait à prouver que tout le monde sait que le catholicisme est la vraie foi).

Galilée était avide de publicité et l’Eglise a bien fait de le réduire au silence, en des temps très violents (Guerre de Trente Ans) où il n’était pas avisé de jeter de l’huile sur le feu.

Le vrai apport de Galilée est son utilisation systématique de la lunette astronomique. Ses écrits théoriques sont faibles et, surtout, ne prouvent rien.

Galilée n’a pas été condamné (à une peine symbolique) parce qu’il avait raison mais parce qu’il n’a pas respecté l’injonction qui lui avait été faite de se taire tant qu’il n’avait pas de preuve solide (preuve qui n'est pas si évidente puisqu'elle n'arrivera qu'un siècle plus tard).

S’il était resté dans des communications entre savants (dont beaucoup de religieux), il ne lui serait rien arrivé. Et d'ailleurs, il ne lui est pas arrivé grand'chose.

Son sort n'a ému personne au XVIIème siècle parce qu’il n’avait rien pour émouvoir. C’était tout de même un protégé du pape ! Le mythe de « Galilée martyr de la science » n'a pas pris au XVIIIème non plus, malgré quelques tentatives de Voltaire. Il a fallu attendre le stupide XIXème siècle.

Copernic n’a rien démontré du tout (contrairement à ce qu’écrit Montaigne) mais il a remis à la mode (avec de nombreuses erreurs) le système héliocentrique d’Aristarque. Système qui restait connu de quelques érudits mais ne sortait pas des monastères.

Il est bien dommage qu’Aristote ait préféré le système géocentrique,

Pourquoi l’auteur se croit il obligé de préciser qu’il est athée ? Bon, c’est un boumeur, il ne faut pas trop leur en demander.

Situer le fascisme. L'addition italienne des extrêmes 1914-1945 (Fabrice Bouthillon)

Fabrice Bouthillon poursuit sa réflexion sur le totalitarisme comme extrême-centrisme, fusion de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite.

Le totalitarisme comme extrême-centrisme

La révolution française a créé une coupure irréparable entre la gauche, l’universel, et la droite, le local.

Une fois le contrat social ancien détruit, il n’y a plus de légitimité pour en fonder un nouveau puisque la partie de la population tenant au monde ancien en est exclue.

Un nouveau contrat social ne peut arriver que par une transcendance qui met tout le monde d’accord, comme l’Union Sacrée en 1914, qui ne fut pas baptisée Sacrée par hasard.

La tentative de reconstruction de l’unité perdue peut venir d’un centrisme excluant les extrêmes, c’est la IIIème république.

Mais aussi par une fusion des extrêmes, ce sont les totalitarismes : fascisme, stalinisme, nazisme.

L’empire napoléonien est le prototype de ces tentatives de fusion de la gauche et de la droite. C’est en cela que Napoléon est totalitaire, plus que dans le détail de ses politiques.

Pour le fascisme et le nazisme, c’est évident.

Nota : si, de gauche, vous croyez que le fascisme et le nazisme sont d’extrême-droite ou, de droite, que les gauchistes sont les vrais fascistes, les vrais nazis, passez votre chemin, vous ne n’êtes pas assez intelligent pour comprendre ce billet.

Concernant le stalinisme, « la révolution dans un seul pays » unit l’universel (gauche) et le local (droite). Et l’ennemi absolu en est le juif Trotsky, qui veut la révolution dans le monde entier (universel, gauche) .

Bouthillon ouvre une piste en remarquant que les 4 grands totalitaires sont méridionaux : Napoléon corse,  Mussolini Italien, Staline Géorgien sud de la Russie, Hitler Autrichien sud de l’Allemagne. Bouthillon s’interroge s’il y a là plus qu’une coïncidence mais ne poursuit pas. Il fait remarquer aussi que surnommer le dirigeant « Tonton » (comme Mitterrand, au passage) est une habitude maffieuse.

Le juif

Au premier abord, la judéophobie (tardive) du fascisme italien est étrange. Il n’y a pas d’éléments judéophobes à l’origine, d’ailleurs la maîtresse de Mussolini était juive et, comme d’autres juifs, a joué un rôle dans le mouvement.

Alors pourquoi le fascisme est-il tombé malgré tout dans la judéophobie ?

Parce que le juif est le rival mimétique du totalitaire : à la fois très universel (le juif errant est de partout) et très local (l’attachement du juif à sa nation est l’un des plus forts qui soient).

Bouthillon cite un passage central de Mein Kampf où, si on remplace « le juif Karl Marx » par « Adolf Hitler », on obtient un auto-portrait d’Hitler !

Et, suivant l’analyse de René Girard, le double mimétique est le bouc-émissaire par excellence.

La persécution chrétienne des juifs est forcément limitée par le fait que le juif Jésus est le bouc-émissaire ultime et que sa mort sur la croix met en théorie fin au cycle de la violence mimétique.

Mais la violence totalitaire contre le bouc-émissaire, celui qui empêche la réconciliation du corps social d’avant la déchirure révolutionnaire, est sans auto-limitation.

Il peut être le Vendéen ou le koulak, mais c’est bien plus efficace quand c’est le juif.

Les judéophobes traditionnels les plus intelligents, comme Daudet et Maurras, ont senti ce changement de nature.

Aujourd’hui, sous la pression du Grand Remplacement (quelle idée merveilleuse d’encourager notre colonisation par des millions de judéophobes rabiques), la judéophobie redevient à la mode chez les’midwits’. Je ne compte plus sur Touiteur les gloses idiotes sur « judéo-chrétien » et le « judaïsme talmudique » et le « sionisme nazi ». C'est de la dhimmitude (pas forcément) inconsciente.

Il y a des juifs nocifs parce qu’ils sont juifs : par exemple, la sur-représentation des dirigeants juifs dans l’industrie pornographique témoigne à l’évidence d’une volonté d’avilir les non-juifs des deux côtés de l’écran.

Et il y a des juifs de gouvernement très nocifs dont la méchanceté peut venir de leur judaïsme.

Mais cela condamne-t-il tous les juifs ? Bien sûr que non.

_ À mort les juifs et les cyclistes !

_ Pourquoi les cyclistes ?

Comme d’autres populations ayant des éléments hostiles à l’égard de la France (y compris la population française : Hollande et Macron sont des bons Français de France), c’est la tâche d’une société saine de les tenir en respect, ce dont la démocratie égalitaire se montre complètement incapable.

L’hypnotisé de Pasewalk

Cet épisode est  bien connu des historiens,  amateurs et professionnels.

Il a donné lieu à d’intenses débats mais les preuves indirectes (les preuves directes ont été détruites par les SS) sont suffisamment nombreuses et probantes (y compris le témoignage d’Hitler lui même) pour qu’il n’y ait guère de doutes.

En octobre 1918, le caporal Hitler est atteint de cécité hystérique (on notera que, dans le dernier chapitre de Technique du coup d’Etat, Malaparte écrit « la femme Hitler ») suite à une attaque au gaz anglaise. Il est envoyé se soigner à l’hôpital psychiatrique de Pasewalk.

Le Dr Edmund Foster emploie sa méthode habituelle : l’hypnose. Pour vérifier qu’il a bien son patient sous contrôle, il lui fait … lever le bras.

Il lui fait des suggestions de toute-puissance, mais, rappelé d’urgence à Berlin, il ne sortira jamais Hitler de sa transe hypnotique.

Alors, Hitler, un hypnotisé jamais sorti de sa transe ? Ça paraît gros, mais il y a de nombreux indices en ce sens, à commencer par le changement radical de personnalité d’Hitler en novembre 1918, qui est bien documenté.

Foster, rongé par le remords, car il se croit responsable de la transformation et de la trajectoire d’Hitler, se suicide en 1936.

Au fait, la devise sur les drapeaux du NSDAP est « Erwache, Deutschland » : « Réveiller toi, Allemagne ».

Or, un des symptômes de l’analysé en thérapie est l’incontinence verbale, habitude dont Hitler est atteint au point d’épuiser son entourage de ses logorrhées nocturnes.

Fait-il un transfert psychanalytique de son père sur Mussolini ? Certains le pensent. Bouthillon développe cette thèse avec finesse et humour.

En tout cas, le choix hitlterien de l’alliance italienne est fort étrange. Un allié boulet, à l’importance stratégique secondaire.

Bouthillon rappelle cette maxime de la diplomatie allemande qu’il ne faut jamais faire la guerre contre l’Angleterre et avec l’Italie.

L’Italie perd toutes ses guerres, ce qui l’l’oblige à trahir ses alliances pour limiter les dégâts. Le duc de Savoie a fait le coup à Louis XIV.

Bouthillon en profite pour nous gratifier d’une psychanalyse expresse d’Hitler : « Son père était douanier et il a passé sa vie à renverser des postes frontières ».

Et puis ce livre vaut aussi pour cette phrase ; « On ne redira jamais assez aux enragés du véganisme contemporain que Hitler et Mussolini furent deux des leurs ».

Le boumeurisme autoritaire 

Mienne réflexion : le macronisme est un boumeurisme autoritaire. On est passé, progressivement, en quelques décennies, d’un centrisme par exclusion des extrêmes à un centre totalitaire par addition des extrêmes.

Aujourd’hui, nous sommes pleinement dans le moulag : l’Etat supprime complètement toute vie privée grâce à des dispositifs juridico-techniques.

Comment s’est opéré ce glissement ?

Par la forclusion du Père. Lacan disait déjà aux guignols de Mai 68 « Vous vous cherchez un maître ».

Aujourd’hui, les boumeurs sont au pouvoir et les grands enfants immatures et stupides qu’ils ont toujours été se sont enfin trouvé un maître : l’Etat, en attendant Allah.

dimanche, août 10, 2025

Deux bombes sous le Rainbow Warrior (Hervé Gattegno)

Bon, ce livre est écrit par un gauchiste de l'imMonde, donc à prendre avec des pincettes.

La France a bien fait de faire sauter ces connards de Greenpeace à la solde de Moscou (et aussi un peu de Washington, car les deux n'étaient pas toujours en opposition). Si c'était à refaire, il faudrait le refaire. En mieux (plus subtilement que par une action spectaculaire ?).

Une opération très mal préparée

La France savait parfaitement à quoi s'en tenir sur Greenpeace et son hostilité était justifiée.

Elle procédait alors par de discrets et très efficaces sabotages. Les bateaux de Greenpeace avaient une telle propension à tomber en panne qu'on aurait pu les prendre pour des Renault.

Mais voilà : à la va-vite, le pouvoir politique, c'est-à-dire François Mitterrand et Charles Hernu (mais Hernu ignore que Mitterrand est au courant), décide de faire plus spectaculaire.

L'organisation est bâclée et merdique.

Les deux agents principaux, Alain Mafart et Dominique Prieur, les fameux faux époux Turenge, sont expérimentés et ont immédiatement de mauvais pressentiments. Ils protestent contre les faux passeports suisses, si faciles à vérifier (et c'est bien ce qui les perdra). Mais ils exécutent les ordres (Dominique Prieur aurait dit « Je ne reviendrai pas avant trois ans »).

Autre erreur grossière : des numéros de téléphone de secours qui mènent directement au fort de Noisy (le ministère de l'intérieur et les PTT réagiront avec autant de promptitude que DSK saute sur une femme de ménage et ces numéros seront réattribués et antidatés).

Une erreur d'organisation a été de ne pas prendre en compte que les Néo-Zeds étaient des enfoirés d'anglo-saxons, c'est-à-dire des délateurs nés (on l'a bien vu pendant le délire covisiste. Les Anglais cultivent l'excentricité justement parce que leur société est très étouffante). Il fallait organiser la fuite des acteurs beaucoup plus rapidement. Idéalement, ils auraient du être dans l'avion avant les explosions.

Enfin, infraction majeure aux règles, les réunions de préparation des situations dégradées sont court-circuitées.

Le chef direct de Mafart et Prieur, qui ne brille pas par sa finesse, brûle d'en découdre, de se faire un nom (sa carrière ne sera pas vraiment entravée par ce spectaculaire échec) et pousse à la roue.

Par différents canaux, des réticences remontent dans la hiérarchie mais les ordres sont les ordres.

Une trentaine d'agents sont impliqués mais on ne connait encore aujourd'hui qu'une dizaine de noms.

Bref, avec autant de choses qui pouvaient merder, ça a merdé.

Le bateau a bien été coulé.



Mais au prix d'un désastre médiatico-politique :


Mitterrand le menteur

Mitterrand, qui est parfaitement au courant de l'opération puisqu'il l'a ordonnée, ment à son premier ministre, Laurent Fabius, et à son ministre de la défense, Charles Hernu. Fabius s'accusera ultérieurement de naïveté.

On décrit Mitterrand comme florentin, mais c'est pour dire que, comme Machiavel, c'est un enfoiré des coups à la petite semaine, pas un stratège (il est tout juste bon à battre cet imbécile de Chirac, mais, face à Kohl, il s'est fait entuber, et la France avec lui). Mentir à ses ministres n'est pas seulement une faute morale, c'est une faute contre l'intelligence. Ce mensonge empêche toute réplique française organisée.

Heureusement, aux échelons inférieurs, entre gens « des services », on ne se ment pas et les contre-feux s'organisent quand même. Cependant, ce n'est pas la même chose que si l'impulsion venait d'en haut.

Bref, le mensonge mitterrandien fout le bordel : le premier ministre et le ministre de la défense sentent que Mitterrand leur cachent des choses et ne savent pas sur quel pied danser.

Surtout, la police de Joxe et le justice de Badinter collaborent avec les Néo-Zélandais et traquent des militaires français en service commandé (depuis, c'est devenu une habitude).

C'est le bordel en France et, en Nouvelle-Zélande, Prieur et Mafart sont traités très sévèrement. Les militaires font le siège des politiques en demandant une discrète négociation. Hernu se braque, le scandale éclate dans la presse et c'est foutu pour la discrétion.

C'est  le cinéma des révélations et des fuites, avec l'infâme Edwy Plenel. Une bonne partie des fuites vient justement de la confusion : Untel croit protéger le président en révélant ceci, Machin croit protéger la raie-publique en révélant cela, etc.

Hernu est viré et Fabius est en porte-à-faux. Mitterrand est réélu haut la main, ce qui prouve que le problème de la France, ce sont les Français.

Rapatrier les faux époux Turenge

Daniel Soulez-Larivière, avocat de gauche et bon connaisseur du droit anglo-saxon, est choisi par le gouvernement pour défendre Prieur et Mafart.

Il a enfin accès au dossier et découvre qu'il n'est pas très solide (les agents français n'ont pas si mal travaillé, il y a peu de preuves, à part les faux passeports suisses ... et les révélations dans les journaux).

Il conseille donc une négociation : plaider coupable en échange d'une dégradation de l'incrimination en « homicide involontaire » (qui est d'ailleurs juste : il n'y avait pas l'intention de tuer).

Malheureusement, suite à des cocoricos français gênants pour le pouvoir néo-zélandais, Prieur et Mafart sont condamnés à dix ans de prison.

C'est la « cohabitation » (c'est-à-dire la trahison connivente de l'esprit de la constitution). Mitterrand et Chirac sont d'accord pour sortir de prison les agents français le plus vite possible. Une négociation aboutit, déguisée en arbitrage international pour sauver les apparences.

Dominique Prieur tombe réellement enceinte et Alain Mafart réellement malade, ce qui aide à dénouer les choses. Au bout de trois ans. Dominique Prieur et Alain Mafart sont libérés.

En conclusion

Certains acteurs opérationnels expriment aujourd'hui leurs regrets de la mission. Je crois qu'ils ont tort. Le seul regret à avoir est que cette mission ait tourné au fiasco.

En 2015, le colonel Jean-Luc Kister, responsable de l'unité de nageurs de combat chargée de la pose des bombes, avait présenté dans un entretien à Médiapart des excuses à la famille de Fernando Pereira, à Greenpeace et à la Nouvelle-Zélande. « À sa place, je ne l’aurais pas fait. Même si je comprends ses raisons », a réagi Christine Cabon [un des agents qui préparé la mission en allant sur place].

Ces regrets me paraissent déplacés.

Au niveau politique, ce n'est pas du tout la même histoire.

Avant. La nécessité d'une action violente ne saute pas aux yeux.

Mais Charles Hernu, qui buvait beaucoup (du champagne rosé, normal pour un socialiste) et était assez peu sûr de lui, était obsédé par une action spectaculaire et une certaine hiérarchie militaire, pour des questions de prestige de service, rêvait « de chaleur et de lumière ». Les options non-violentes n'ont pas été explorées à fond, alors que la France les pratiquait (les variantes du sucre dans le carburant façon Le corniaud, ça fonctionne très bien).

Mitterrand s'est immiscé sans rien contrôler.

Indépendamment de ses options politiques sataniques, je doute que François Mitterrand fût un très bon dirigeant. Donner des ordres et en contrôler l'exécution, ça ne s'improvise pas, ou alors il y faut un talent naturel que n'a pas tout le monde.

Après. La duplicité de Mitterrand a tout pourri et a empêché de limiter les dégâts.

Bref, une affaire socialiste comme on les aime.

Essence of decision : explaining the Cuban missile crisis (Graham Allison, Philip Zelikow)

Je relis cet excellent livre, plus que jamais d'actualité (je m'aperçois que je n'en ai pas fait de recension sur ce blog).

Bien sûr, il ne concerne pas la France, puisque la classe dirigeante prétendue française s'étant débarrassé dans l'allégresse du poids de ses responsabilités en bazardant notre souveraineté, nous n'avons plus de décision que de la couleur du papier peint (et encore, à certaines conditions dites écologiques).

Livre passionnant, mais, pour ceux qui n'ont pas le temps, le film Treize jours, même s'il simplifie beaucoup de choses, est très bien.

En résumé :

> Kennedy s'est isolé du bruit médiatique en invoquant une grippe.

> il s'est entouré de fidèles (dont son frère).

> il a tenu les rênes très courtes aux militaires en qui il n'avait, à raison, aucune confiance. Plusieurs fois, la simple application des procédures aurait pu mener à la guerre. Kennedy faisait court-circuiter la hiérarchie militaire pour vérifier au plus bas niveau quels étaient exactement les ordres.

> il a essayé de se garder des options ouvertes et de pas se mettre dans un cul de sac.

> pareil avec les soviétiques : il a essayé de ne pas les acculer.

> il a parlé publiquement de l'affaire quand ce n'était plus possible de garder le secret et quand des contacts étaient déjà noués.

La clé de l'affaire est qu'il a deviné qu'il y avait des tensions dans la direction soviétique et qu'il ne fallait pas donner du grain à moudre aux va-t'en-guerre.

Rappelons la fin de l'histoire : accord secret de retirer les missiles américains de Turquie un an plus tard et, en échange, les Russes ont retiré leurs missiles de Cuba.

(Billet commencé en 2022, terminé ce jour.)

jeudi, août 07, 2025

La guerre de 1870 (François Roth)

C'est une guerre que je connaissais mal. Je n'avais pas perçu à quel point la défaite était due à des fautes de commandement. Je comprends mieux Renan parlant de la nécessité d'une réforme intellectuelle et morale.

Les Allemands étaient supérieurs en artillerie de campagne, mais le fusil Chassepot français était plutôt meilleur. Surtout, nos ennemis étaient mieux organisés et plus entreprenants.

La guerre a commencé par des batailles de rencontre (Reischoffen, Gravelotte, Saint Privat) qui ont surpris les deux adversaires. Les Allemands ont pris des risques, qui ont payé à cause de notre désorganisation et de notre mauvais commandement.

A chaque fois, des réserves qui auraient renversé radicalement le cours de la bataille, transformant des défaites mitigées en victoires  nettes, sont restées inemployées, faute de compréhension de la situation et d'une communication claire.

Certes, dans l'ensemble, les Français étaient inférieurs en nombre, mais pas toujours localement. L'incapacité à équiper les réserves joue beaucoup dans le déficit français. Bref, le bordel.

Le grand n'importe quoi

Pour briser la spirale de la défaite, Napoléon III donna alors un ordre audacieux mais qui ne fut pas exécuté : le repli de l'armée sur Châlons. La retraite sous pression de l'ennemi est toujours un gros risque, mais ça permettait à l'armée de se réorganiser et d'étirer la logistique allemande.

Au lieu de cela, Bazaine, très surévalué (à sa nomination, ceux qui l'ont connu au Mexique ont dit « Nous sommes perdus », mais il était bien vu de la presse et de l'entourage de l'impératrice), s'enferma dans Metz et se défendit en dépit du bon sens. Avec le désastre que nous connaissons.

« Bazaine a capitulé ! » est le cri de désespoir d'un peuple trahi.

Pendant que Bazaine temporisait mortellement à Metz (alors qu'au début du siège, il avait tous les moyens de faire souffrir les Allemands, très aventurés), l'armée de Mac-Mahon, qui se trouvait à Châlons avec l'empereur, qui lui s'était replié, aurait du y rester pour couvrir Paris et recueillir les éléments fuyant depuis l'est. Hé bien, pas du tout ! Mac-Mahon reçut et exécuta l'ordre imbécile, venu du gouvernement maléfique de l'impératrice à Paris, de quitter Châlons et de remonter vers le nord à l'aveuglette, sans savoir où étaient les Allemands. L'empereur, malade, ne s'y opposa pas.

Cet ordre était tellement idiot que les Allemands furent surpris. Mais ils n'eurent aucun mal à coincer les Français à Sedan après quelques jours de poursuite, à la fois parce qu'ils étaient en nette supériorité numérique et parce que les Français étaient si mal renseignés qu'ils ont omis de couper les ponts sur la Meuse.

Avec leur tact habituel, les Allemands laissèrent les prisonniers français mourir de faim et de maladies.

Quand on manque de discernement ...

Voilà une guerre commencée sur une intoxication grossière (la dépêche d'Ems), dans un vide diplomatique abyssal (la France n'a aucun allié), que nous n'aurions jamais du déclarer (tout à perdre, rien à gagner), et qui s'enchaina sur des décisions inadaptées.

Ce n'est pas de la franche bêtise, mais un manque constant de jugement, de discernement : pas la bonne décision, pas au bon moment.

Quand on prend systématiquement de mauvaises décisions pour de mauvaises raisons (un peu comme nommer une femme parce que c'est une femme, si vous voyez ce que je veux dire), ça se termine rarement bien.

Alors que la guerre se déroulait sur le territoire national, donc au milieu de milliers d'informateurs de bonne volonté, le gouvernement et les militaires français étaient étonnamment mal renseignés, la plupart des décisions furent prises à l'aveugle, sur la foi de rumeurs non vérifiées, alors qu'il aurait parfois suffi de lire les journaux étrangers pour avoir une idée plus claire de la situation.

Les lignes télégraphiques étant faciles à couper, les renseignements circulaient mal et, de part et d'autres, des décisions furent prises à l'aveuglette. Mais, côté français, ce comportement revêtait un caractère systématique, sous le gouvernement républicain comme sous le gouvernement impérial, tout à fait étonnant.

Notre marine n'a joué aucun rôle, faute de préparation. Pourtant, elle était très supérieure à la marine allemande, puisque celle-ci était à l'époque quasiment inexistante.

Partout, les Français ont combattu avec un grand courage, donnant des scènes de chromo, comme Les dernières cartouches à Bazeilles.


Mais une défaite courageuse, ce n'est pas une victoire.

Pour le plus grand malheur de l'Europe, les Allemands ont joué un coup de maitre.

Une poursuite de la guerre pour la raie-publique

La suite, le siège de Paris, l'armée de la Loire, le gouvernement de Bordeaux, la Commune, sont des péripéties politiques, mais le sort des armes est scellé.

La guerre est poursuivie pour complaire à la clique de branquignols de Gambetta. Le seul résultat concret en est d'aggraver les souffrances des Français et d'alourdir la défaite de la France. Mais que ne ferait-on pas à la gloire de la raie-publique ? Un raie-publicain, c'est quelqu'un qui est toujours prêt à trahir les intérêts extérieurs de la France pour assoir sa position politique intérieure.

Les armées allemandes assiégeant Paris, étirées et loin de leurs bases, sont vulnérables. Mais, pour exploiter cette situation favorable, il eut fallu une énergie dans le gouvernement, une rigueur dans l'organisation et un talent militaire dont la France de l'époque est totalement dépourvue.

Ah ça, les déclarations ronflantes s'enchainent, le vieux Totor Hugo de retour d'exil, toujours aussi con (on peut être un écrivain de génie et un parfait crétin), en tête. Mais aussi, concrètement, les décisions malencontreuses : le gouvernement qui s'enferme dans Paris, la délégation de Tours mal choisie, les mobilisations brouillonnes, l'absence de travail diplomatique ...

Le peu de chances de rétablissement qui restaient à la France après les désastres d'août 1870 n'ont pas été saisies, même pas approchées.

Alors, certes, il y eut des épisodes admirables de courage et d'abnégation, mais rien qui fût bon pour le pays. La seule chose qui n'a pas manqué aux Français est la bonne volonté patriotique, mais, pour le reste, le jugement, le discernement, la méthode, la vision politique, le talent militaire ... aux abonnés absents.

Qu'est-ce qui différencie la résistance sublime d'un de Gaulle de l'obstination idiote d'un Gambetta ? La situation internationale.

Comme les Français ne sont pas les seuls à faire des conneries, Bismarck commit la faute majeure d'humilier la France et de faire peur à la Grande-Bretagne. L'Allemagne le payera très cher et c'est bien fait pour sa grande gueule.

En 1914, la mobilisation des réserves et le renseignement sont toujours aussi déficients, mais les autres problèmes ont été résolus. La France n'est pas isolée, les armes techniques (train, transmissions, génie) sont plutôt à la hauteur. Même si Joffre est une catastrophe, l'armée a su attirer et promouvoir des talents (je ne suis pas sûr qu'on puisse dire la même chose en 2025), le pays est beaucoup mieux dirigé. En 1914, la guerre commence aussi mal qu'en 1870 mais la suite est très différente.


mercredi, août 06, 2025

Les trois derniers chagrins du général de Gaulle (Anne et Pierre Rouanet)

Le second mandat, interrompu, 1965-1969, de Charles de Gaulle est celui où la bourgeoisie française a pu de nouveau exprimer, sous la caution morale de Georges Pompidou, sa pulsion anti-nationale.

Il est trop incertain de faire la psychanalyse de cette sempiternelle dilection pour la trahison, mais il est aisé de la constater. Elle se scande en dates d'infamies qui ne laissent guère de place au doute : 1815, 1871, 1940, 1946, 1968-69, 1992, 2008, 2017 ...

A chaque fois, compromissions avec les ennemis de la France au nom du raisonnable. Etrange, très étrange, raison qui tombe toujours du côté de la trahison.

S'il faut absolument lui donner une origine, disons 1763, quand cet enculé de Voltaire se réjouit de la défaite française au Canada.

Laissons la parole à Edouard Husson, qui m'a donné envie de lire ce livre, pour poser le décor :

1964-1969: Le Testament du Général

Faisons la liste des décisions et messages du Général de Gaulle, qui enjambent 1965 et qui sont autant d’éléments d’un Testament du Général:

+ le constat d’échec de la coopération franco-allemande en avril 1963.

+ la reconnaissance de la Chine populaire, le 31 janvier 1964.

+la conférence de presse sur la politique monétaire américaine, le 4 février 1965.

+ la politique de la chaise vide au sein des institutions européennes entre le 30 juin 1965 et 1966, pour y affirmer l’autorité de la France.

+ la sortie du commandement intégré de l’OTAN, le 7 mars 1966.

+ du 20 juin au 1er juillet 1966, la visite du Général en URSS

+ le discours de Phnom-Penh, le 1er septembre 1966, dans lequel, depuis le Cambodge, de Gaulle dénonce la guerre du Vietnam et l’impérialisme américain en général.

+ le discours « Vive le Québec Libre » du 24 juillet 1967.

+ la conférence de presse critiquant la Guerre des Six Jours, du 27 novembre 1967.

Limites de la construction européenne, arbitraire du dollar, éveil de la Chine, résurrection de la Russie sous le communisme, échec prévisible des guerres américaines, impasse dans laquelle s’enfonçait Israël….

Il n’est pas un sujet sur lequel le Général ne nous ait livré une clé pour comprendre aujourd’hui. Et pourtant, pendant 60 ans, c’est l’esprit de 1968 qui l’a emporté, avec, au bout du compte, la négation des avertissements ou recommandations du Général dans tous les domaines.

En 1969, la coalition des notables refusa au Général la régionalisation, le renouvellement de la composition du Sénat et la participation des salariés aux résultats de l’entreprise.

Aujourd’hui, la classe dirigeante française ayant accepté la fédéralisation de l’Europe, profitant d’une économie largement dollarisée, incapable de répondre à la main tendue de la Chine pour construire un nouvel ordre international, porteuse de sanctions contre la Russie, incapable de critiquer Israël, cette France-là, conduite par une haute fonction publique obsédée de centralisme et ayant jeté par-dessus bord tout patriotisme, est bien l’héritière de 1968.

Elle est certes en train d’agoniser mais elle refuse de lâcher le gouvernail.

Reprenons avec M. et Mme Rouanet

Vive le Ponpon libre ? (premier chagrin)

Finement, les Rouanet détectent la première fêlure politique entre De Gaulle et Pompidou le 25 juillet 1967, à propos de « Vive le Québec libre ! ».

Nota : quand De Gaulle déclare « J'ai payé la dette de Louis XV » (en fait, c'est le conseiller diplomatique Jean-Daniel Jurgensen qui l'a dit), tout le monde comprend. La classe politique n'est pas encore devenue le ramassis de pithécanthropes et de pouffiasses qu'elle est en 2025. Il n'est pas rare que De Gaulle s'en tire en conseil des ministres par une citation classique, cela lui permet de se faire comprendre sans s'expliquer. Je suppose que, pour obtenir le même effet, Macron cite des séries télévisées américaines.

Pompidou ne s'oppose pas à De Gaulle, il est plus fin que cela, mais on le sent agacé.

Il y a la différence de générations.

De Gaulle est de cette génération d'après la guerre de 1870, si bien décrite par Péguy, qui vit dans l'angoisse permanente de la disparition de la France. Puis il y a eu la défaite de 1940, que De Gaulle a vécu aux premières loges.

Pendant ce temps, Pompidou faisait le dandy littéraire.

On a dit de Giscard d'Estaing qu'il ignorait que l'histoire était tragique. Pompidou, qui est plusieurs classes au dessus, lui, ne l'ignore pas, mais il n'en a pas la sensation intime comme De Gaulle.

Pompidou pense loin, mais De Gaulle pense toujours plus loin. L'un compte en années, l'autre en siècles.

En tout cas, les ministres sont inquiets des réactions anglaises et négligent totalement la joie des Canadiens français. Tout l'inverse de De Gaulle. La fracture ne va cesser de s'élargir. C'est intéressant que cette fracture survienne à propos des intérêts anglo-saxons.

C'est caricatural de faire de Pompidou un pion des Rotschild, l'homme valait mieux que cela. Mais tout de même ...

S'en suit un long développement pour montrer que « Vive le Québec libre ! » n'est absolument pas improvisé mais que De Gaulle, à 77 ans, est pressé par le temps. Les détails me permettent de comprendre mieux comment le Canada est devenu, comme la Belgique, un non-pays, un pays dont l'identité est de n'en avoir aucune et de recueillir toutes les identités étrangères. En dissolvant l'identité québécoise dans l'américanisme, le Canada s'est dissous lui-même.

Le retour à Paris est douloureux.

Le ministre Couve de Murville laisse entendre que le Vieux s'est laissé emporter par l'enthousiasme populaire, alors que les plus fins ont compris. Comme quoi on peut être ministre et manquer singulièrement de finesse.

Son Excellence André François-Poncet commet dans le Figaro (le journal de la trahison de droite, l'imMonde étant le journal de la trahison de gauche) un article assassin évoquant la sénilité.

Pour une fois, De Gaulle se venge (il a le double défaut d'être ingrat et pas assez rancunier : il ne récompense et ne punit pas assez). M. François-Poncet perd sa place de représentant de l'Etat au comité de la Croix-Rouge. L'affaire fait jaser le Tout-Paris bien plus que le destin du Québec. La mystérieuse pulsion anti-nationale de la bourgeoisie française est aussi féroce q'une addiction à la drogue.

Et les auteurs de commenter en citant Stendahl :

Excellent juge des circonstances piquantes d'une intrigue et des petites choses en général, dès que le sujet dont on s'occupe prend des proportion héroïques la société de Paris n'y est plus. L'instrument de son jugement ne peut s'appliquer à ce qui est grand : on dirait un compas qui ne peut s'ouvrir passé un certain angle.

C'est mon quotidien des discussions dans mon entourage parisien !

Le fait est que même les pontes gaullistes étaient gênés par « Vive le Québec libre ! », à part (quelle surprise !) quelques gaullistes historiques.

Grande-Bretagne et Israël

Les deux ennemis de De Gaulle en 1967 sont la Grande-Bretagne, à cause de son son refus de l'entrée des Grands-Bretons dans la marché commun, et Israël à cause de l'embargo sur les armes suite à la guerre des six jours.

Ces deux problèmes intéressent beaucoup plus les milieux autorisés qui s'autorisent à penser que les Français.

Il y a souvent un épisode comique dans ces histoires très sérieuses : l'expression « Israël peuple d'élite sûr de lui et dominateur » que des gens de très mauvaise foi (non, Raymond Aron n'est pas ce parangon de vertu intellectuelle qu'on nous présente toujours) reprochent à De Gaulle est directement tirée de l'Ancien Testament, brûlot judéoophobe comme chacun sait.

En mai fais ce qu'il te plait (deuxième chagrin)

La participation et l'intéressement, entendus dans un sens très large, sont pour De Gaulle une réponse au malaise individualiste moderne, on est donc loin d'un simple complément de revenus.

Pour Pompidou, c'est juste une lubie du Vieux.

Les auteurs, sans avoir l'air d'y toucher, sont impitoyables avec Pompidou : ils écrivent que son défaut fondamental est d'être stérile, qu'« il n'ensemence pas l'avenir », ils expliquent ainsi son non-engagement dans la Résistance (Pompidou avait parfaitement l'âge et la capacité de s'engager dans la Résistance).

Je trouve que c'est très bien vu. Pompidou n'a jamais caché son admiration pour De Gaulle, on sent qu'il s'estime supérieur au sens académique (Normalien contre Saint-Cyrien) mais qu'il a bien compris que De Gaulle avait ce petit truc en plus qui le met « hors de toutes les séries » (l'expression gaullienne pour parler de sa décision du 18 juin). Dire que ce petit truc en plus est que De Gaulle porte des fruits (tout ce qui reste de bien en France vient de lui) alors que Pompidou n'en porte pas (sauf peut-être le programme nucléaire) me semble assez juste.

Durant la foire de Mai 68, c'est la « raison » pompidolienne qui échoue.

De Gaulle dit de Pompidou : « Comme tous les banquiers, il est inflationniste ».

De Gaulle voulait faire tirer dans les jambes des manifestants au début des troubles mais s'oppose à la proposition de Pompidou d'utiliser les chars de la gendarmerie avec la question « Et le jour d'après ? ». On comparera avec Macron n'hésitant pas à faire éborgner les Gilets Jaunes. Je n'ose insister.

Ce n'est pas faute que les notables « gaullistes », inquiets pour leur gamelle, défilent chez Pompidou, qui ne fait rien pour les décourager, en lui conseillant de se débarrasser du Vieux. Et pour la deuxième fois en quelques mois, les ministres trahissent De Gaulle en complotant dans son dos avec le premier d'entre eux.

Pierre Juillet et Marie-France Garaud rêvent de mettre les barons du gaullisme au placard. Leur ignoble créature, Jacques Chirac, y parviendra.

Tout cela, c'est de la tactique à la petite semaine. Quelle allure cela a, de la part de Pompidou, de reprocher à Georges Séguy de mal avoir préparé la salle où il s'est fait huer à Billancourt ?

Mais quand il s'agit de reprendre la main, c'est le Vieux qui est à la hauteur des enjeux. Comme dit un ministre, « On attendait un discours de pré-retraite, on a entendu fulminer Jupiter tonnant ».

Rembobinons la bande.

Le 29 mai au matin, De Gaulle fait mine de partir pour Colombey en prenant bien soin de ne déléguer aucun pouvoir, en convoquant un conseil des ministres pour le lendemain et en ne laissant que quelques instructions à des militaires et surtout pas à des politiques.

Vol en silence radio. Après le ravitaillement des trois hélicoptères à Saint-Dizier (on peut d'ailleurs se demander comment trois hélicoptères qui ne répondent pas à la radio parviennent à se ravitailler sans problème, les voies du gaullisme sont impénétrables), De Gaulle ordonne à l'hélicoptère de la sécurité militaire de s'arrêter là et aux deux autres hélicoptères de continuer, toujours en silence radio, en rase-motte pour échapper aux radars, à 78 ans, vers une destination qu'il indique au pilote sur un bout de papier. Mme De Gaulle serre son sac à main (Pompidou s'est trompé, avec son intelligence des habiles, en croyant  que Mme De Gaulle userait de son influence pour insister son mari à la retraite).

Très vite, Paris apprend que De Gaulle n'est pas arrivé à Colombey. La panique s'installe : le président de la république a disparu.

Ne savent que trois militaires qui gardent le silence : son gendre (le général Alain de Boissieu) qui est allé sonder les armées de l'est, son aide de camp Flohic, qui a organisé une partie du voyage et est dans l'hélicoptère avec De Gaulle, et le général Lalande, son chef de cabinet militaire, qui a organisé le transfert à Baden-Baden de la famille de Philippe De Gaulle, bref des gens qui se feraient découper en tranches plutôt que de trahir un seul mot.

Pompidou commet alors une faute de jugement qu'il remâchera jusqu'à sa mort. Il fait comme si le pouvoir était vacant et s'apprête à parler aux Français dans la soirée. Les anti-gaullistes, souvent d'étiquette gaulliste, se dévoilent dans son sillage. Les auteurs en profitent pour fusiller Jacques Chirac (le livre est de 1980) : il a tout été dans sa vie, sauf gaulliste.

La petite histoire rejoint la grande : De Gaulle a posé à Pompidou la question « Dormez vous ? ». Déjà malade, le premier ministre est dopé par les médecins et enchaine les nuits blanches. Ca peut faire perdre sa lucidité à l'homme le plus intelligent.

Giscard, plus fin, se dit que le vieux a plus d'un tour dans son sac et adresse en privé à l'Elysée une lettre de fidélité (qui n'aura pas de conséquence à cause du filtre du secrétaire général de l'Elysée, Bernard Tricot).

De Gaulle débarque à Bade-Baden à midi et s'enquiert auprès de Massu : « Et les Russes ? » (De Gaulle est De Gaulle : dans le foutoir général, il n'oublie pas d'avoir des vues larges). Le hasard (?) faisant bien les choses, un général soviétique est passé la veille rendre une visite de courtoisie à Massu et lui a dit, de militaire à militaire, que les troupes soviétiques en Allemagne ne bougeront pas quels que soient les troubles en France.


De Gaulle décrypte immédiatement le message politique du gouvernement soviétique : aucune agitation qui pourrait fournir aux Américains un prétexte à accroitre leur emprise sur l'Europe de l'ouest n'est bien vue de Moscou, y compris des manifestations de chevelus crasseux boulevard Saint Germain (n'oublions pas que deux des trois leaders de l'agitation étudiante sont financés par la CIA). Il peut donc faire planer la menace de de rapatrier des troupes d'Allemagne pour rétablir le fonctionnement du pays.

A Paris, les militaires apprennent assez vite où est De Gaulle, mais s'abstiennent d'en informer le gouvernement avant la fin de l'après-midi (pas très mystérieux : les militaires en ont marre de la chienlit politique et De Gaulle leur a envoyé des signaux sur une possible loi d'amnistie des rebelles d'Algérie, alors si le gouvernement Pompidou s'enfonce, ce n'est pas si grave). C'est pendant ces deux ou trois heures de latence que les pseudo-gaullistes et les ambitieux de tout poil se grillent.

La carrière politique de Pierre Mendès-France est terminée et Mitterrand a eu chaud aux fesses.

Pendant ce temps, les vrais gaullistes à croix de Lorraine (la guerre a créé des fidélités à la vie à la mort par delà les partis politiques) organisent, sous la houlette des barons du gaullisme que déteste tant Pierre Juillet, la manifestation monstre du 1er juin. Le gouvernement est tenu l'écart (ça devait rajeunir certains qui avaient passé 4 ans à tenir la Gestapo à l'écart de leurs affaires).

Retour à Colombey, puis à Paris. De Gaulle a préparé son allocution, où il prévoit un référendum. Mais Pompidou lui fait comprendre que, la censure du gouvernement menaçant, seule la dissolution de l'assemblée nationale est appropriée. De Gaulle se rend à ses raisons et modifie son texte une heure avant de s'adresser aux Français. C'est ainsi que ne s'est pas faite la participation.

Ca vaut le coup de ré-écouter, on est loin du verbiage de managers à la Macron :



La participation, piège à cons (troisième chagrin).

Pendant la campagne électorale pour les législatives de juin 1968, après la dissolution, le divorce entre Pompidou et De Gaulle est total. C'est frappant en lisant leurs déclarations.

Mais ni l'opposition, pressée d'unir les deux têtes de l'exécutif dans la même réprobation, ni la majorité, qui parie que Pompidou va être reconduit, ne perçoivent vraiment cette rupture. C'est très étrange.

La victoire de la majorité est écrasante sans emporter l'adhésion, De Gaulle est sans illusions, ce sont « les élections de la peur ».

En tout cas, De Gaulle nomme Couve de Murville premier ministre avec un seul objectif : réussir le référendum sur la participation.

Dès le début, ça merdouille : Couve n'est pas l'homme de la situation. Avec moins d'animosité que Pompidou, il trouve que la participation est une lubie du Vieux. De Gaulle sent bien que la situation lui échappe, tout le monde traine des pieds : il a le temps contre lui, tous les carriéristes savent que dans trois ans au plus tard, il est parti.

A l'automne, la spéculation contre la France reprend comme en mai et les Français devinent d'où le coup vient : l'argent de la relance flambé par Pompidou est utilisé par les patrons pour jouer contre la France. Des ministres pompidolistes favorisent cette spéculation contre la France dont, bien entendu, le dégueulasse Jaques Chirac. L'information remonte à De Gaulle mais il ne peut pas faire grand'chose.

Les notables et les notoires sont pressés de pouvoir recommencer à diner en ville (l'expression de De Gaulle pour Vichy) sans ces pénibles marottes gaulliennes, le destin de la France, le devoir et le patriotisme.

En 2025, la race en est florissante, Macron regnante : l'un d'entre eux m'a déclaré (il y a de la naïveté dans sa franchise) que Macron liquidait la France, que c'était très bien, que la France était déjà morte, trop petite (par rapport à quoi ?), dépassée, que le temps des empires était venue et vive « l'Europe ». Ca ne servait à rien de discuter, de lui rétorquer que Napoléon avait déjà dit le même genre de choses à Talleyrand.

Je lui ai juste promis que, si un jour je parvenais au pouvoir, les gens comme lui seraient fusillés ou envoyés en camp de travail manuel à la campagne. Il a cru que je plaisantais.

Reprenons. De Gaulle maintient le référendum sur la participation : il sait que s'il ne le fait pas lui-même, son successeur, quel qu'il soit, ne le fera pas. De Gaulle est mal secondé, ce n'est pas tout à fait le Roi Lear, mais syndicats, patronat et notables sont d'accord sur un point : pas de démocratie directe en entreprise.

En novembre 1968, De Gaulle réussit son dernier coup de maitre.

Les Allemands, notamment Franz-Josef Strauss, se comportant en laquais des Américains, exigent une dévaluation du Franc et en fixent même le taux. Le représentant de la France à la commission européenne, Raymon Barre, tombe malade d'une telle humiliation.

Le secrétaire d'Etat au budget, Jacques Chirac, marionnette du patronat et de Pompidou, se répand contre le budget dont il a la responsabilité, en arguant qu'il serait irresponsable de ne pas dévaluer.

En coulisses, le téléphone s'active beaucoup autour de Jean-Marcel Jeanneney, ministre d'Etat, entre copains d'université, copains de guerre, pour proposer à De Gaulle une alternative à la dévaluation, Jeanneney présente ce plan à De Gaulle une heure avant le conseil des ministres exceptionnel du samedi matin, dont tout le monde croit qu'il fixe le taux de la dévaluation, l'imMonde du vendredi soir a titré « La dévaluation est acquise, reste à en fixer le taux ».

La voiture de Raymond Barre fait la route Bruxelles-Paris à tombeau ouvert (il y a des choses dont on ne discute pas au téléphone). Il arrive à temps pour voir le président à la sortie du conseil des ministres et examiner les conséquences sur les partenaires européens de la décision française. De Gaulle lui dresse un tableau économique qui l'impressionne, lui, le professeur d'économie.

En fin de matinée, le communiqué officiel tombe, une courte phrase qui fait l'effet d'une bombe : « La parité du Franc reste inchangée ». Panique chez les spéculateurs piégés le week-end, les pompidolistes pris à revers.

Le plan Jeanneney (hausse de la TVA, rigueur budgétaire -bonjour Chirac) est adopté. Bien sûr, Pompidou devenu président fera cette dévaluation mais c'est une autre histoire. De Gaulle, lui a fait son devoir, pas de la lèche aux puissances d'argent.

Le dimanche soir, il fait sa dernière allocution aux Français. Il insiste que la décision de ne pas dévaluer et le plan associé ne sont que des pis-aller, que c'est tout le système monétaire international qu'il faut réformer (sous-entendu, revenir à l'étalon-or ou, mieux, au bimétallisme). Ô combien visionnaire !

Cette histoire donne une éclairage sur la méthode De Gaulle :

> il a une idée héritée d'une ancienne analyse ou de préjugés.

> il actualise ses informations en consultant séparément des experts, si possible variés. Il pose des questions mais ne laisse rien paraitre de ses préférences personnelles.

> il consulte les politiques.

> il dresse un tableau d'ensemble, en général en commençant par le plus noir, devant un interlocuteur privilégié, technicien du domaine concerné (Peyrefitte, Rueff, Massu, Barre, etc), qui en est impressionné. Cela lui permet de récapituler ses idées et vérifier que son raisonnement tient la route.

> il met en place les mesures d'accompagnement et la formulation juridique de la décision. Les ministres concernés sont alors avertis de la décision.

> la décision est rendue publique.

> une allocution ou un communiqué explique aux Français la décision. Les deux dernières étapes peuvent être fusionnées : décision annoncée lors d'une allocution.

Pompidou multiplie, à Rome et à Genève, les appels du pied à ceux qui veulent se débarrasser du Vieux en leur signalant qu'il est disponible pour le remplacer. 

Les auteurs (qui décidément n'aiment pas Pompidou) font deux remarques :

1) un homme d'Etat, à la différence d'un vulgaire politicien, ne parle pas de la politique intérieure depuis l'étranger.

2) parler de politique intérieure depuis l'étranger, c'est toujours prendre l'étranger à témoin, donc y faire allégeance. Le linge sale se lave en famille, c'est donc une manière de dire « Je ne fais pas tout à fait partie de cette famille, mais plutôt de la vôtre, celle de l'étranger ».

Ca doit être une habitude de rotschildien.

Le dernier discours public de De Gaulle est à Quimper. Ce n'est pas un hasard : sa destinée maritime empêche la France d'être prisonnière du cadavre européen. Tous les crétins qui disent « on devrait se débarrasser des DOM-TOM, ils nous coûtent cher » ont des cervelles de moineau ou, pire, ils ont à cœur d'autres intérêts que ceux de la France (ceux de l'Allemagne, de l'Amérique, de l'Angleterre, de l'Australie, de la Chine, au choix), auquel cas ce sont des traitres comme Manuel Valls et Emmanuel Macron.

Il aurait du faire le référendum en juin 1968. En avril 1969, les gens sont passés à autre chose et seuls les opposants (déclarés ou les faux soutiens) sont mobilisés C'est foutu (pas de beaucoup : 47,59 % pour le oui). Les forces de l'anti-France, de « jouir sans entraves », que ce soit une jouissance de consommateur classe moyenne ou de gros financier, ont gagné. Elles n'ont pas quitté le pouvoir depuis.

Le 28 avril 1969, Charles De Gaulle démissionne. L'homme des puissances d'argent le remplace, après un interim de l'homme de la trahison.

A mon sens, les grosses erreurs de De Gaulle sont :

> avoir négligé le sort des Français d'Algérie et des harkis. C'est encore plus une faute morale qu'une erreur politique.

> avoir trop délégué sur les questions éducatives.

> avoir trop délégué à Pompidou en mai 68.

Petit vacherie de Mme De Gaulle : aux obsèques du grand homme, elle serre la main du premier ministre Chaban-Delmas en lui disant « Il vous aimait beaucoup ». Pas un mot pour Pompidou, juste à côté.



vendredi, juillet 25, 2025

L'abolition de l'homme (CS Lewis)

Cette édition est affublée d'une préface inutile et incertaine, probablement pour faire du volume. Ne la lisez pas, le texte de Lewis se suffit à lui-même.

Texte extraordinaire, issu d'une série de conférences en 1943, qui dit en 56 pages ce que Gunthers Anders exprime en centaines de pages.

La modernité fait disparaitre l'humanité, dont l'honneur est d'assumer le tragique de la condition humaine, remplacée par un troupeau de sous-hommes, incultes, insensibles, abrutis par la technologie, ne se différenciant pas fondamentalement des animaux d'élevage. Lewis n'aurait pas été surpris par les zombies de 2025, masqués, piqués, tatoués, obèses, QR-codés, courbés sur leurs écrans comme devant le Grand Turc.

La voie du Tao

Il prend comme point de départ deux manuels scolaires (de 1943) qui refusent de former les élèves à des jugements esthétiques et parle de men without chest, difficilement traduisible, puisque cela signifie littéralement « hommes sans poitrine » mais avec la nuance qu'on retrouve dans l'expression française « avoir du coffre ».

J'ai déjà dit que la plupart de nos contemporains étaient des sous-hommes ou, si cette expression connotée vous choque, des hommes diminués, amputés de l'esprit. Je parle en connaissance de cause : comme tout le monde, j'en ai dans mon entourage (le tatouage est un indicateur très sûr pour les repérer du premier coup d'œil).

Lewis accuse le relativisme, niant toute valeur morale absolue découlant de la loi naturelle, tentative moderne de bâtir sur du sable.

Aparté : la loi naturelle est toujours le prétexte d'un quiproquo fâcheux. Il ne s'agit pas de la loi de la jungle mais de la la loi découlant de la nature de l'homme, être corporel et spirituel, social et rationnel.

Lewis prend un exemple personnel. Il est mal à l’aise en compagnie de jeunes enfants (donc il n'est ni Jack Lang ni Daniel Cohn-Bendit ni Pierre-Alain Cottineau). Il n’en tire pas (subjectivisme) que les enfants sont inintéressants mais (rationalité loi naturelle) que les enfants sont l’avenir et qu’il a, lui, un problème de sensibilité vis-à-vis des jeunes enfants.

Lewis baptise la voie traditionnelle de construire les valeurs morales sur la loi naturelle, qu'on retrouve dans beaucoup de religions et de cultures, la voie du Tao. En annexe, Lewis a mis une série de préceptes moraux interchangeables issus de différentes cultures (chinoise, indienne, assyrienne, chrétienne, juive, etc.) montrant l'unité des morales fondées sur la loi naturelle.

Les hommes sans poitrine flottent dans le relativisme, sans rien pour connecter la tête, l'intellect, avec les tripes, le sentiment.

La midwiterie

Lewis est décidément remarquable. En 1943, il incrimine dans l’erreur relativiste les midwits (en français les demi-habiles, les Intellectuels-Idiots, les gens qui font des études supérieures sans en avoir les capacités). Le livre de Burnham sur la classe manageriale date de 1941. Lewis l'a-t-il lu ? Toujours est-il qu'il identifie bien le péril de de la midwiterie alors que les rejetons de ce phénomène délétère, la « massification de l'enseignement », ne prendront le pouvoir que 25 ans plus tard (mai 68).

Le « gang des R25 » de 1981 est un sommet de midwiterie. Je pense ne pas leur faire une injustice en disant que Mitterrand, Mauroy, Rocard (dont on a su récemment qu'il était financé par l'Algérie), Bérégovoy, Cresson, ce n'était pas exactement Richelieu et Mazarin.

Les Novateurs (comme ils les appellent) sont incapables de fonder une morale sur ... rien. Ils sont donc obligés de recycler des parties du Tao tout en se fixant pour but de le ruiner. Et, à la fin, il ne reste rien. Il tient un raisonnement très similaire à celui d'Emmanuel Todd expliquant le passage du catholicisme au catholicisme zombie, puis du catholicisme zombie au nihilisme, pulsion de mort. Sauf qu'il le fait avec 80 ans d'avance. Là où Todd observe, Lewis prédit avec une stupéfiante acuité.

Il exécute Nietzsche en une phrase (« Nietzsche est un nutritionniste qui penserait intelligent de nous apprendre à manger des cailloux »), comme il sied à un homme intelligent. J'éprouve de la pitié pour ses petits cons midwits qui ont lu Nietzsche et se prétendent « nietzchéens », sans saisir que c'est une de ces lubies d'adolescent qui ridiculisent un adulte.

Le refus de la vie

Les premiers essais de pilules contraceptives datent des années 20 mais elles ne seront vraiment au point que dans les années 50. Lewis n'en fait pas de mention directe. Quant à l'échographie et au diagnostic prénatal, ils sont encore dans les limbes.

Pourtant, Lewis explique que les progrès de la contraception transformeront la vie de don de Dieu en opération planifiée (ce que, dans notre langage néo-nazi de 2025, on appelle « un projet d'enfant ») et que tout cela finira mécaniquement par un eugénisme admis par tous et, à la fin, par le refus de la vie.

D'accord, c'est plus facile de faire des prédictions justes quand on a les bons principes et qu'on a oublié d'être con, mais, tout de même, je suis impressionné.

Des non-humains

A force de verser dans le relativisme, de combattre la nature, les Novateurs n'ont plus aucune règle et sont soumis à leurs seuls désirs. Ils deviennent inhumains, des zombies.

S'ils sont dirigeants, ils n'ont comme outils que le conditionnement et la manipulation, puisqu'ils nient que la Vérité qui pourrait convaincre de leur obéir existe.

C'est peut-être le passage le plus extraordinaire de ce texte hors du commun : en 1943, Lewis fait une description exacte de la caste macroniste :


Pas mal vu, non ?

Au passage, la question du sexe de Brigitte Macron n'est pas anecdotique, comme le croient les naïfs (« La France a des problèmes plus graves ») : elle est le signe de la caste, de sa transgression institutionnalisée, de son défi à la nature, de son inhumanité, de sa perversité.

L'abolition de l'homme

Plus l'homme maitrise la nature, plus il s'éloigne de sa propre nature, plus il devient artificiel (Ellul disait des choses du même genre). Jusqu'au moment où il pourra se modifier lui-même pour n'avoir plus rien d'humain, n'être qu'un robot, Lewis évoque les manipulations génétiques (oui, en 1943, Lewis annonce le transhumanisme).

Il en profite pour glisser la très aristotélicienne remarque que ce monde est celui des causes efficientes partout et des causes finales nulle part.

Lewis fait donc cette prédiction extraordinaire, pleinement réalisée en 2020 lors du délire covidiste et l'avénement de la médecine vétérinaire à destination des (ex-)humains : un petit groupe d'hommes, rendus inhumains par leur immoralité, maitrisant les techniques de manipulation de masse, fera obéir, sans guère de violence, un immense troupeau d'hommes sans poitrine, de zombies, rendus inhumains par leur vide intérieur.

Et ainsi, se fera l'abolition de l'homme.

En 2025, cette parole prémonitoire est accomplie. Sauf peut-être en Afrique et en Amérique du Sud.

Pour Lewis, l'abolition de l'homme est irréversible. Une fois que des hommes ont appris à manipuler d'autres hommes dans leur être, ce savoir corrode tout.

Je n'en suis pas si sûr. Les zombies sont fondamentalement stériles, même s'ils se mettent un jour à produire des bébés dans des machines.

Il restera bien dans un coin de la Terre quelques hommes qui se soumettront encore joyeusement au Tao et qui survivront.


mercredi, juillet 16, 2025

Une Eglise qui se trompe de siècle (Maurice Druon).

Livre de 1972. Période charnière : le Camp des Saints est publié en 1973. Entre ses deux livres, il y a tous nos malheurs et leur explication.

C'est toujours un plaisir de lire Druon. Son style est académique mais point trop pesant.

Baïrou regnante, rappelons au passage sa polémique avec le melon de Pau :

Retour sur la polémique Druon-Bayrou

Le présent ouvrage est un recueil de réponses à un article de Druon intitulé Une Eglise qui se trompe de siècle.

Mais le plus plus important est la longue introduction de Druon.

Notons qu'à l'époque, le mouvement de vidange des églises n'en était qu'à ses débuts. Le temps écoulé nous permet de mieux juger la prescience de Druon et la légèreté de ses contradicteurs.

Laissons parler Druon :

« À constater l’ampleur de la crise – elle n’est pas seulement française et bien d’autres pays la subissent – qui sévit à la fois dans l’Université et dans l’Église, qui atteint et la langue maternelle et la religion maternelle, on ne peut pas ne pas se demander si l’on ne se trouve pas devant une vaste entreprise, concertée par certains, inconsciemment servie par l’aveuglement de certains autres, favorisée par l’insatisfaction de beaucoup, et qui aurait pour fin de couper les nouvelles générations des acquis ancestraux.

Les conditions d’une révolution n’étant pas réunies, et les chances semblant maigres, à ceux qui souhaitent une subversion radicale des sociétés, de se saisir du pouvoir soit par l’effet d’un conflit international, soit par le jeu des institutions en place, le seul moyen de transformer le monde consisterait alors à ne pas transmettre l’héritage culturel, en tout cas pas dans sa totalité. Ainsi, travaillant à échéance, formerait-on des générations qui ne pourraient plus penser l’homme, ni le monde, ni Dieu, selon les schémas ancestraux, et dès lors n’offriraient plus aucune résistance à basculer dans un nouveau type de société.

Pour inconscients qu’en soient la plupart de ceux qui y participent, cette conspiration du rejet n’en est pas moins perceptible et inquiétante. Elle pèse sur l’Université où les réformateurs préconisent de donner priorité à la langue parlée sur la langue écrite, donc au tâtonnant et au malléable sur le réfléchi et le durable ; où l’accent est mis sur la libération des facultés de l’enfant – de quoi faut-il donc le libérer avant qu’il ait été opprimé, sinon du patrimoine et des moyens d’en prendre possession ? où l’étude des langues anciennes est décrétée d’inutilité, et la part faite aux œuvres datant de plus d’un siècle constamment réduite, comme si tout cela ne devait plus constituer qu’une sorte de paléontologie de la pensée humaine.

Or l’Église, elle aussi, est enseignante par nature. Elle est héritière, dépositrice, d’un patrimoine culturel qui est antérieur même au message évangélique. Elle transmet une certaine conception du monde d’où découle une certaine morale. Et c’est à partir de cette morale que se fait le droit et que se font les lois. L’Église est donc l’autre pilier qu’il faut faire céder, l’autre racine maîtresse, et la plus ancienne et la plus profonde, qu’il faut, rite par rite, tradition par tradition, dogme par dogme, saper ou scier. Ainsi l’arbre pourra s’abattre à la première tornade, ou simplement se coucher, d’épuisement. Ainsi l’on pourra fabriquer un homme nouveau pour un monde nouveau. »

Chapeau l'artiste !

Comme quoi « Qui aurait pu prévoir ? » n'est qu'un leurre pour demeurés. En réalité, tous les hommes intelligents avaient prévu ce qui nous arrive.

J'ai souvent ce dialogue, soit directement soit après quelques circonvolutions :

_ Tu trouves que la France va mal ?

_ Oui.

_ Tu veux faire quelque chose pour la France, simple et efficace, que tes ancêtres faisaient ?

_ Ah bah oui alors !

_ Va à la messe tous les dimanches.

_ Ah bah nan alors ! J'ai piscine ...

_ Alors, de quoi te plains tu exactement ?

Druon, lui, aurait compris ce que je disais et pourquoi je le disais.

Quelle étrange inconséquence. Voilà des gens qui se plaignent, sincèrement je suppose, de la chute de la France, mais ne font pas la relation avec leur propre responsabilité, avec le fait qu'eux-mêmes rejettent ce qui a fait l'âme de la France pendant vingt siècles.

Et je ne leur demande pas de se mentir, de raconter des histoires. Je leur demande de se soumettre à la Vérité. Dans le Christ, il y a le Chemin,  la Vérité et la Vie, c'est le réalisme intégral. La quête de la vérité est est une démarche individuelle.

Mais, bénéfice secondaire, dans l'Eglise, il y a la paroisse. C'est le dernier lieu de sociabilité naturelle des Français, maintenant que le bistro et l'usine ont à peu près disparu. Je suis désolé, mais les autres lieux de sociabilité, comme le club de randonnée des boumeurs, n'ont pas la même charge intemporelle, intellectuelle et spirituelle.

Je crois que le nœud de ce paradoxe est l'orgueil. Le refus orgueilleux de se soumettre à Dieu, le reste est du baratin. Et une soumission réelle, à travers une organisation humaine faillible, qui dit et fait pas mal de conneries.

Druon partage cette faiblesse puisqu'il se dit plus proche de Marc Aurèle que de l'Eglise. C'est ridicule : il fulmine, très justement, contre l'évolution d'une Eglise qu'il ne fréquente pas.

Encore Druon :

« La condition humaine est en vérité intolérable ... à moins, à moins qu'on ne la pense inscrite dans un ordre divin ; à moins que l'homme ne se considère pas comme étant à lui-même sa propre fin, à moins que chacun de nous envisage son existence comme un concours à un concert universel, mystérieux mais indéniable. Alors tout change d'aspect, tout se remet en place, tout devient acceptable ; et même apparaissent dans notre destinée de grandes plages de bonheur. Alors vivre reprend un sens, et notre situation d'êtres conscients redevient un privilège, une dignité. Alors les choses retrouvent saveur ; alors les autres redeviennent des semblables. Alors les actions acquièrent un objet et revêtent une signification, le problème à nous posé étant de reconnaître celles qu'il nous faut accomplir pour nous conduire conformément à l'ordre universel.

Quelle que soit la vision, obscure ou illuminante, que nous nous fassions de la Divinité, que notre pensée l'imagine transcendante au monde, ou immanente, ou à la fois transcendante et immanente, que nous lui prêtions ou non des traits et des attributs extrapolés de nos propres caractéristiques, que nous la concevions organisée en de multiples forces ou enfin que nous la pensions unique et rassemblée dans un seul vouloir, l'important est que nous ne l'ignorions pas.

Et il faut bien parler de « Révélation » pour désigner cette connaissance intuitive donnée à l'homme, en même temps que la conscience des choses, d'un Dieu qui les gouverne.

Le « contentus sua sorte » [content de son sort] du sage antique suppose le principe d'un ordre divin. L'acceptation de l'existence de Dieu est le préalable à l'acceptation de nous-mêmes. C'est la seule attitude à partir de laquelle la vie peut être ressentie comme un bienfait et non comme une succession d'inadmissibles malheurs, la seule aussi à partir de laquelle nous sommes en mesure de porter aux autres un secours réel. Tout le reste est errance de l'orgueil, tout le reste est démence tournant à vide dans la nuit. 

Les religions, par leurs dogmes et leurs rites, les Eglises, par leurs structures, leurs liturgies, leurs règles, sont la représentation de l'ordonnance universelle, les médiatrices qui permettent à l'homme de s'intégrer en esprit à cette ordonnance, de se sentir relié à l'essence divine. Et à partir de là, d'observer une morale. L'homme irréligieux est un homme perdu. Une Eglise qui se désorganise, qui étale ses doutes, qui conteste ses rites, qui néglige le permanent au profit du temporel, qui perd son ordonnance et se désacralise, une telle Eglise ne peut pas aider l'homme à se sauver ; mais elle peut l'aider à se perdre. »

Druon est pusillanime en en fréquentant l'Eglise dont il comprend l'importance, mais que dire de ses contradicteurs, amis du désastre, docteurs Tant Mieux du naufrage ? Entre le moment où ils écrivent (1971-1972) et aujourd'hui, la fréquentation des églises de France a été divisée par 20. Par 20 ! Et on peut écrire tous les branlotages d'intello qu'on veut : pas de fréquentation des églises, pas de sacrements, pas d'âmes sauvées.

La seule réponse qui tient l'épreuve du temps, est celle de Jacques Villeminot (je ne sais pas qui c'est, je n'ai trouvé qu'un explorateur de ce nom et je doute que ce soit le bon Villeminot), parce qu'il la construit avec des arguments théologiques, et il va plutôt dans le sens de Druon.

L'esprit de Vatican 2 (j'emploie cette expression pour ne pas restreindre le problème au concile lui-même)  n'est pas une réforme comme il y  en a déjà eu, mais une révolution parce qu'il introduit une hérésie : le subjectivisme, la « protestantisation » de l'Eglise, dans l'esprit du temps. « L'Eglise a cru ouvrir ses bras au monde, elle lui a ouvert les cuisses ».

Une fois qu'on a compris cela, le « malaise » de l'Eglise s'éclaire. Ce n'est pas un malaise, c'est un renoncement à soi-même, à sa mission. Une perdition satanique.

Mais je crois et j'espère que le pire est derrière nous, que François Zéro était le point bas du modernisme. Nous verrons bien. Ca n'empêche pas de prier et d'aller à la messe.

lundi, juillet 07, 2025

Castelnau, le maréchal escamoté (Jean-Louis Thériot)

 

On connait l'histoire mesquine : Castelnau méritait autant que Foch et Joffre d'être élevé à la dignité de maréchal de France mais comme il était catholique, il a été privé du bâton par la raie publique.

La gueuse étant basse et rancunière, les élèves de Saint-Cyr ont eu du mal à donner à une promotion le nom de cet homme qui a perdu ses trois fils à la guerre (et un petit-fils et deux neveux à la guerre suivante).

L'anecdote est célèbre : apprenant la mort d'un de ses fils en conférence d'état-major, il se retourne quelques secondes pour prier, puis « Messieurs, reprenons ».

Avec Lanrezac à Charleroi et Gallieni à Paris, Castelnau fait partie du trio qui sauve l'armée française par des décisions judicieuses, a contrario des absurdités de Joffre, lors du désastre d'août 14. On notera que, mesquin comme à son habitude (en cela, c'est un excellent raie-publicain) Joffre occulte la victoire de la trouée de Charmes, qui a évité à l'armée française en déroute d'être prise à revers.

Autre particularité de Castelnau : il a refusé d'écrire ses mémoires en disant « Je n'ai rien à me reprocher ». Ca n'aide pas à devenir une vedette.

L'enfance

Hobereau méridional désargenté, il a une enfance heureuse. Son père lui donne le culte du travail ... en plus du culte catholique !

L'année terrible

Saint-Cyrien en 1871, il participe aux combats de l'armée de la Loire. Seuls des grands chefs de la guerre de 14, il a combattu en métropole. Et, on dira ce qu'on voudra, combattre les Prussiens, c'est autre chose que combattre les Malgaches.

Il participe à la répression de la Commune, ce qui fournit prétexte aux gauchistes à profaner régulièrement sa tombe (quand on pense qu'il a un arrière-petit-fils communiste militant !). Thiers avait raison, il fallait réprimer cette racaille, mais les bourgeois comme Flaubert ont eu tort de s'en réjouir ignominieusement.

Il fait un mariage d'amour qui lui donnera 12 enfants. Son épouse est un appui constant. C'est elle qui l'incite à ne pas démissionner dans les moments de découragement. Il dit qu'il est plus fier d'avoir été un bon père que de tous ses exploits guerriers.

N'ayant pas de portrait de Marie de Castelnau, je me suis amusé à en faire faire un par une machine à partir de sa description.

Adjoint au chef d'état-major

Avant guerre, il se fait beaucoup d'ennemis parmi les politiciens, notamment à gauche, en pointant sans ménagement l'absurdité de certaines décisions dans le domaine militaire.

Clemenceau (décidément, plus je le connais, moins je l'aime) mène une campagne insidieuse pour saboter sa carrière. C'est lui qui invente « le capucin botté » et « le général de jésuitière ».

La défaite de Morhange

La défaite de Morhange est entièrement due aux ordres d'attaque criminels du GQG (« Foncez, vous n'avez rien devant vous ») et à l'attaque prématurée de Foch (alors subordonné de Castelnau).

Foch n'aura de cesse de faire porter à Castelnau le chapeau de ses conneries (« Foch est complètement fou » disait Clemenceau), allant même jusqu'à dire « On ne donne pas le bâton de maréchal au vaincu de Morhange », ce qui est absolument scandaleux, sans aucun doute possible, vu tout ce qu'on sait aujourd'hui avec les archives des deux camps.

Mais il faut dire les choses comme elles sont : Joffre, Pétain et Foch étaient des personnages peu ragoûtants. On peut être grand guerrier et très petit homme.

Si Castelnau n'a pas été maréchal, c'est à cause de la coalition des médiocres. Nous y reviendrons.

La défaite de Morhange est suivie la semaine d'après par la victoire de la trouée de Charmes.

La bataille de la trouée de Charmes

Situation générale août 14. L'armée française devrait prendre une position défensive comme l'ont montré les exercices d'avant-guerre, mais cet âne de Joffre (Joffre est un âne, il n'y a pas d'autre mot, mais la gueuse a eu peur de nommer un général plus talentueux) passe à l'offensive. Erreur rendue catastrophique par une évaluation erronée des réserves allemandes.

Les Allemands débordent par la Belgique, Lanrezac ordonne la retraite générale contre les ordres de Joffre, Gallieni à Paris prépare une contre-attaque de flanc dont Joffre ne veut pas. 22 août 14, journée la plus meurtrière de l'histoire de l'armée française : 27 000 morts.

Plus au sud-est, en Lorraine, les troupes de Dubail et de Castelnau se font hacher par l'artillerie allemande et se retirent en désordre (défaite de Morhange). Les Allemands commettent l'erreur de croire à une déroute et poursuivent imprudemment l'offensive.

La trouée entre Nancy et les Vosges a été laissée libre de fortifications pour constituer un piège pour l'ennemi (tous les militaires français ne sont pas idiots). Les collines environnantes sont de bonnes plateformes d'artillerie. De plus, Castelnau connait très bien la région.

Il tire intelligemment les leçons des premières batailles et décide qu'attaquer de front est trop dangereux. L'aviation française (vive la modernité) repère bien l'avance ennemie. Les Allemands commencent déjà à avoir des problèmes logistiques, qui culmineront pendant la bataille de la Marne, deux semaines plus tard.

A Gerbéviller, le 24 août, 60 chasseurs commandés par un adjudant qui connait la région par cœur arrêtent une brigade avant de disparaitre dans les bois. Comme à leur habitude, les Allemands se vengent de leur frustration en massacrant des civils (voir la thèse de Jean Lopez que la doctrine de l'armée allemande la rend génocidaire).

Castelnau laisse les Allemands s'engager dans la trouée (« Quand vous voyez l'ennemi commettre une erreur, ne l'interrompez pas. » Bonaparte). Dans la nuit, aidés par les habitants, cinq groupes d'artillerie français (60 canons) s'installent sur les collines environnantes.

Les Allemands attaquent, les Français reculent. La situation devient confuse, les ordres arrivent mal, quelques officiers subalternes prennent la situation en main et contre-attaquent les Allemands étrillés par l'artillerie. Un aviateur essaie de guider les fantassins par signes (bonjour la communication), la poursuite s'engage.

L'infanterie française descend des collines, les Allemands subissent des pertes terribles, notamment d'officiers (à la guerre, quand les pertes d'officiers augmentent, c'est toujours signe que la situation est critique).

Castelnau donne l'ordre « En avant partout, à fond ! », espérant transformer cette victoire tactique en décision stratégique (stratégie-fiction : si Castelnau avait réussi à remonter vers le nord, les troupes allemandes qui couraient vers Paris auraient été en très fâcheuse posture, Sedan inversé). Mais les hommes sont épuisés et l'artillerie, décisive, a du mal à suivre l'offensive. La situation se fige.

Les Allemands ont environ 20 000 morts, les Français un peu moins (pour une fois).

Cette bataille aboutit à une décision très controversée en Allemagne après la guerre : Moltke prélève des troupes en Belgique, plutôt qu'en Lorraine, pour les envoyer à l'est, assurant ainsi sans le savoir le succès français sur la Marne.

Bizarrement (il faut y avoir l'influence maléfique de Joffre), cette victoire de Castelnau est plus connue en Allemagne qu'en France.

Toujours est-il que cette victoire fait couple avec celle de la Marne, la seconde aurait été impossible sans la première.

En une semaine, il perd trois enfants : deux tués, un disparu (dont on apprendra qu'il est prisonnier). Un quatrième, son préféré, le rebelle, sera tué l'année suivante.

La méthode Castelnau

C'est probablement le meilleur général français de l'époque, c'est en tout cas l'avis des Allemands. Le moins farfelu, le plus professionnel. Il reproche à ses collègues de ne pas être carrés, méthodiques.

A l'époque où Foch dit « L'avion, militairement, c'est zéro, c'est du sport », Castelnau fait des expérimentations d'observations aériennes, il s'intéresse à la TSF et au téléphone.

Marcheur infatigable, il va beaucoup voir par lui-même.

Il est adoré de ses hommes, parce qu'ils le voient souvent près des lignes, mais, surtout, pour la seule raison qui fait vraiment adorer un général par ses hommes : parce qu'ils savent qu'ils ne seront pas sacrifiés inutilement.

Il est l'un des rares (avec Pétain, il faut le reconnaitre), à avoir compris.

Quelques semaines avant la guerre, alors qu'il a un mauvais pressentiment, pendant une manœuvre, il tient un discours qui marque ses subordonnés et qu'ils appellent « l'homélie sur la mort ».

Il demande à un colonel interloqué où il veut être tué et le colonel lui répond qu'il ne veut pas être tué : « C'est très bien, vous ne voulez pas être tué, vous voulez vaincre. Mais il y a un point où un officier ne peut plus reculer et, une fois qu'il a choisi ce point et que des circonstances malheureuses le lui ont fait atteindre, il doit être prêt à y être tué. La mort sauve l'honneur de l'officier, mais c'est la victoire qui sauve le pays. Un officier ne doit pas mourir pour rien, mais parce qu'il défend un point stratégique où il ne doit plus reculer. »

On est loin de l'offensive à outrance.

C’est un des rares généraux qui ont compris qu’on ne traite pas des citoyens-soldats comme de la chair à canon. Un jour, il explose devant la mauvaise organisation du service de santé aux armées, il n’admet pas que des blessés (devenus militairement inutiles) soient « traités comme des chiens » et laissés agoniser sans soins (le témoignage de Genevoix sur sa propre blessure est édifiant). Cette colère, remontant jusqu’au ministère, aura des effets positifs.

Au bon endroit, au bon moment

Au GQG, il est le seul parmi la bande d'ânes de Joffre à s'inquiéter pour Verdun. Dès le début de l'offensive allemande, il prend les mesures décisives : s'accrocher aux deux rives de la Meuse et remplacer son ami Dubail (qui en gardera de l'amertume) par Pétain.

Ensuite, il est expédié à Salonique, où il réorganise l'armée.

Notons que Castelnau a été insulté par Joffre, Foch et leurs entourages, pendant et après la guerre, parce que la stratégie qu'il préconisait était la défensive en France et l'offensive dans les Balkans contre l'Autriche. Ils l'ont traité de mou. Joffre a écrit perfidement que son courage était inférieur à son intelligence (rappelons que c'est le seul général à avoir combattu personnellement des Prussiens).

Or, nous savons aujourd'hui que c'est la défaite de l'Autriche à l'automne 1918, ouvrant la route vers Berlin par le sud (Budapest, Vienne, Prague) qui a forcé les Allemands à demander l'armistice. Certes, la déroute de l'armée allemande sur le front français a joué son rôle, mais il faut avouer que c'était très bien vu de la part de Castelnau.

La pétaudière raie-publicaine

Pendant 3 ans, jusqu'à l'avénement de Clemenceau, le gouvernement de la république française n'a qu'un but et un seul : maintenir au pouvoir le gouvernement de la république française.

D'où des décisions criminelles qui ont coûté des centaines de milliers de vies françaises pour ne pas se dédire ou pour se donner le beau rôle.

Par exemple, Joffre aurait dû être limogé fin aout 14 ou fusillé en décembre. Au lieu de cela, il est laissé libre de faire ses dégâts jusqu'en décembre 1916.

Autre exemple : le général Sarrail. Imprévoyant, brutal, n'ayant aucun coup d'œil, vivant en satrape (on se demande même si sa maitresse n'est pas une espionne), il est toujours surpris par l'ennemi. Mais voilà, franc-maçon, il a des relations à Paris et c'est un « bon républicain ». Dès qu'il est question de le limoger, il trouve des défenseurs à l'aile gauche du gouvernement et ça ne se fait pas.

Il est donc nommé à l'armée d'Orient, théâtre stratégique. Une fois de plus, son incapacité éclate. Mais le gouvernement, biaise, tergiverse. Il faut attendre décembre 1917 pour voir limoger un général dont on savait depuis août 14 qu'il était mauvais comme un cochon.

Il continuera ses conneries en Syrie après la guerre, c'est l'anti-Lyautey. Ca vaut le coup de citer Wikipedia, peu connue pour être une antre de droitards  :

« Ami du vénérable maître de la Grande Loge de France, sa désignation, dont se félicite le Grand Orient de France auprès des loges locales est un signal important pour l'essor de la franc-maçonnerie en Syrie. 

Néanmoins, ce laïc militant débute mal avec les chrétiens du Liban, pourtant francophiles. L'opposition venait surtout des Druzes, exaspérés par les méthodes du général Sarrail, un jacobin laïciste et intransigeant qui pratiquait une administration directe sans discernement ou égard envers les élites et les coutumes locales.

Il est limogé à cause de sa manière violente de redresser la situation lors de la révolte des Druzes. Il est reconnu responsable de la mort de 10 000 Syriens, surtout des civils, et de 2 500 à 6 000 soldats français. ».

Comme tous ceux qui voient de près les politiciens travailler (les témoignages abondent), Castelnau est épouvanté. « Ces gens là travaillent peu et travaillent mal ». Habitués des intrigues parlementaires, ils sont incapables de s'élever aux exigences d'une guerre mondiale.

Certes, il y a toujours des gens au-dessus du lot, comme Paul Doumer, mais ils sont broyés par la machine à mesquineries.

Les mutineries de 17, dont Pétain a l'intelligence de comprendre qu'elles ont des causes militaires, ne sortent pas de nulle part. Les soldats, qui sont devenus par la force des choses des vétérans, sont mal commandés et ils le savent.

La première règle, presque la seule, de promotion d'un général par la gueuse est la docilité, le fait qu'il ne présente aucun danger politique. Aptitude, inaptitude, peu importe. Il y a des généraux grande gueule qui font semblant d'avoir du caractère, mais quand il faut courber l'échine, ils s'arrangent toujours pour le faire.

La limite de Castelnau

Catstelnau ne courtise pas les politiques. Il refuse la brigue et l'intrigue. Il refuse aussi de désobéir pour se mettre en avant. 

C'est d'autant plus dommage qu'il ne s'entend pas si mal avec son vieil adversaire Clemenceau.

A son niveau, c'est une faute : Castelnau commandant suprême aurait épargné des centaines de milliers de vies françaises.

Le non-maréchal et la politique

La loi devant le faire maréchal échoue par des magouilles parlementaires. Un député avait 73 procurations ! Député puis dirigeant de la Fédération National Catholique, il est modéré (même un peu trop à mon goût).

S'il est plutôt franquiste (il n'a pas l'intuition de Bernanos), il déteste immédiatement Hitler et le nazisme.

Il est très proche d'André Pironneau, directeur de L'écho de Paris, qui publie les articles d'un certain Charles de Gaulle.

La fin

De sa retraite toulousaine, il voit venir la défaite. Le positionnement des troupes et l'absence de réserves l'inquiètent terriblement. Il a connu Gamelin quand il était à l'état-major de Joffre et, le moins qu'on puisse dire, est qu'il n'a pas été ébloui.

Mais la raie-publique a, une fois de plus, une fois de trop, choisi un général en chef non pour ses qualités militaires mais parce qu'il était « politiquement correct ».

Castelnau a des analyses très gaulliennes : il envisage que la France pourrait poursuivre la guerre outre-Méditerranée et que, de toute façon, c'est une guerre mondiale qui ne sera pas soldé par la campagne de France. Notamment, il ne condamne pas l'attaque anglaise de Mers El Kebir.

Point intéressant, Castelnau juge que la défaite est avant tout militaire, que l'armée doit capituler et le gouvernement refuser tout armistice. Solution à laquelle cet imbécile et ce traitre de Weygand s'est farouchement opposé (adjoint de Foch que Castelnau ne portait non plus dans cœur).

Connaissant bien Pétain, Castelnau n'est pas du tout tenté par le pétainisme. Déjà, en 1916, il est gêné par son goût pour la « réclame ». Comme tous ceux qui connaissent Pétain, le « don de sa personne à la France », chez ce vieil ambitieux aigri, le fait rire.

Il n'aime pas non plus De Gaulle, qu'il compare ... à son mentor Pétain, hautain, cassant, solitaire et avide gloire personnelle. Il lui reproche aussi de ne pas prendre soin de ses hommes. Il trouve l'exaltation de l'escarmouche de Montcornet à la limite de l'indécent (Castelnau sait que De Gaulle n'a pas brillé à Abbeville).

N'oublions pas que lorsque Castelnau parle de Pétain et de De Gaulle, ce sont des gens qu'il connait personnellement et sur lequel il a des informations fréquentes. Il est même remarquablement informé pour un retraité.

N'aimant pas De Gaulle, Castelnau a d'autant plus de mérite à tenir une ligne politique strictement gaulliste. Il aide la Résistance en stockant des armes. Il pousse ses petits-enfants et ses neveux à rejoindre la France Libre. Son petit-fils préféré, Urbain de la Croix, le paye de sa vie par un geste digne de l'antique : gravement blessé lors de la traversée du Rhin, il continue à diriger les tirs d'artillerie jusqu'à ce que mort s'en suive. Il meurt sur le sol allemand, en vainqueur.

En 1942, à un prêtre venu lui apporter un message du cardinal Pierre Gerlier lui demandant de modérer ses critiques vis-à-vis du maréchal, Castelnau réplique : « Votre cardinal a donc une langue ? Je croyais qu’il l’avait usée à lécher le cul de Pétain ».

Castelnau décède le 18 mars 1944, sans avoir vu la Libération qu'il souhaitait tant. Monseigneur Saliège, futur cardinal et seul évêque Compagnon de la Libération, rendu impotent et quasi muet par une attaque cérébrale, demande à assister à ses obsèques. Il fait lire par un jeune prêtre un message aux sous-entendus transparents.

Dans les conditions difficiles de l'époque, beaucoup d'anciens subordonnés et de simples soldats ont fait le déplacement. C'est tout ce qu'il y a à en dire.