jeudi, décembre 22, 2005

Reductio ad sarkozum

Encore un texte qui ne va pas encore faire plaisir à mes amis gauchistes, mais ils ont l'habitude ... et moi aussi.

L'éditorial du Figaro par Alexis Brézet
[22 décembre 2005]

Ce n'est plus une mode, c'est une épidémie. Impossible d'allumer une télévision ou un poste de radio sans tomber sur un chanteur «engagé», un comédien «citoyen», un sportif «concerné», un animateur «impertinent» qui ne crie haro sur le ministre de l'Intérieur et ne jure, la main sur le coeur, qu'il est prêt à tout pour lui barrer la route de l'Elysée. De Jamel Debbouze à Jeanne Moreau, en passant par Luc Besson, c'est dans tous les gosiers le même cri : TSS, tout sauf Sarkozy !


Son crime ? Il a dit «Kärcher», il a dit «racaille», et il n'a pas demandé pardon, considérant qu'il était encore permis, dans la France de Boileau, d'«appeler un chat un chat, et Rollet un fripon». Pour aggraver son cas, les Français, si on lit bien les sondages, lui ont massivement donné raison. Depuis, pour les figurants du petit théâtre parisien, Nicolas Sarkozy est devenu le «méchant emblématique», celui qu'il est de bon ton d'injurier entre une chansonnette et la promo d'un DVD.

Qu'importe si le ministre de l'Intérieur, lorsqu'il a parlé de racaille, s'est borné à reprendre le mot qu'une habitante d'Argenteuil, excédée d'avoir trop subi, lui avait fourni. Qu'importe si le président de l'UMP n'a pas la moindre responsabilité dans l'amendement «scélérat» (!) sur les aspects positifs de la colonisation. Qu'importe si Nicolas Sarkozy n'a jamais sacrifié, dans aucun de ses discours, à ce qui pourrait ressembler à de l'homophobie. Pour désigner cette forme très particulière de terrorisme intellectuel, le philosophe Leo Strauss, il y a un demi-siècle, avait forgé l'expression reductio ad hitlerum : afin de disqualifier un adversaire politique, on le caricature en figure du mal absolu. C'est bien ce mécanisme qui est à l'oeuvre derrière les appels à la «résistance» des «Guignols», d'Act Up ou des Inrockuptibles : Sarkozy, c'est Le Pen, Le Pen, c'est Hitler, donc Sarkozy, c'est Hitler. CQFD. [Je connais même un historien très bien dont j'apprécie beaucoup le travail qui se laisse aller à ce genre d'amalgame]

Un procédé voisin se retrouve dans l'utilisation d'un récent sondage qui demandait aux Français de se prononcer sur des propositions aussi banales qu'«On ne défend pas assez les valeurs traditionnelles en France» ou «La justice n'est pas assez sévère avec les petits délinquants». Comme de juste, les sondés ont approuvé à une écrasante majorité. Conclusion sans appel de nos maîtres censeurs : la «lepénisation» des esprits est en marche, et le gouvernement, coupable de l'encourager.

Résumons : quand la droite passe un accord avec l'extrême droite, elle se fourvoie, lorsqu'elle lui prend ses électeurs elle déchoit. Dans le particulier (le cas Sarkozy) comme dans le général (les attentes des Français), il s'agit d'interdire en la diabolisant une politique qui n'a pas l'heur de plaire à une minorité plutôt privilégiée. Certes, nul n'est obligé d'avoir des idées de droite ni d'aimer Nicolas Sarkozy (d'autant que l'hostilité du Tout-Hollywood envers George Bush n'a pas empêché sa réélection), mais on est en droit de souligner l'hypocrisie de ceux qui, drapés dans les plis d'une morale très commerciale, utilisent leur influence sur une partie de la jeunesse pour gauchir les mécanismes de la démocratie.

1 commentaire:

h16 a dit…

Il sera intéressant (et instructif), si Sarko passe en 2007, de noter les réactions des plus fervents outrés de 2005. L'hypocrisie aura alors un bon étalon.