vendredi, février 10, 2006

L'A380 dans l'impasse ?



Après le Rafale, l'A380. Ce projet qui coute au minimum 11 Md € pourrait bien être un flop.

Ceux qui ont de la mémoire se souviennent qu'au moment du lancement, la discussion opposait "financiers" et "industriels" et le programme a fini par être lancé.

Le programme a à peine un an de retard sur le calendrier initial, c'est remarquable. La réussite technique est incontestable. Pourtant, se pose un problème : les clients manquent à l'appel.

Les clients ne se sont pas bousculés malgré des ristournes (on parle de 150 M€ sur 300), Emirates fait à lui seul plus du tiers des commandes, et aucune commande importante n'a été signée depuis plusieurs mois.

Et surtout, il se pourrait que Boeing avec son 787 ait réussi un coup de maître. En aidant les compagnies à s'installer dans une logique de point à point avec un avion plus moderne donc moins couteux à exploiter que l'A380, il coupe "par le bas" le marché de celui-ci.

Airbus l'a d'ailleurs bien compris en lançant l'A380 pour concurrencer le 787. Mais c'est là que l'effet néfaste de l'A380 se fait sentir : Airbus n'a plus les ressources humaines et financières pour "mettre le paquet" sur l'A350.

Cependant, il reste vrai que, si petit que soit son marché, l'A380 est seul dessus pour l'instant.

Le scénario catastrophe (on n'y est pas encore) serait que, dans quelques années, Boeing lance un gros porteur pour concurrencer l'A380 avec les techniques du 787.

Le Rafale dans le coma, le F-35 toujours vivant, l'A380 qui a comme un malaise, l'aéronautique européenne serait-elle en difficulté ? Incontestablement, oui. Comme d'habitude en aéronautique, il faut voir loin, 2006 va encore être une bonne année, mais les décisions, bonnes ou mauvaises, ont leurs conséquences 5 à 10 ans plus tard.

Mais tout n'est pas perdu, le Mirage 2000, amorti depuis longtemps, a encore ses chances dans certains pays, le drone de combat Neuron se met en place, certes dans la douleur, mais ça avance. Je ne suis d'ailleurs pas loin de penser que l'action judicieuse aurait été de continuer à développer le 2000 puis de passer directement au drone de combat, sans faire le Rafale, sauf en coopération européenne.

Les Falcon (30-40 M€) se vendent comme des petits pains (1), l'avion de transport militaire A400M est prometteur et Eurocopter ne va pas mal. Il se peut même que le Typhoon, qui ne concerne pas les Français mais beaucoup les Européens, se vende.

Pour résumer : en jardinage, on parle de "main verte", l'Europe, il y a quelques décennies, avait la "main bleue" ; elle l'a un peu perdue ces derniers temps pourtant il n'y a pas encore de catastrophe mais il faudrait prendre quelques bonnes décisions qui relancent la machine dans le bon sens.



(1) si vous gagnez au Loto ou, mieux, au travail, de quoi me faire un cadeau n'hésitez pas : le Falcon est beau, confortable, rapide, solide et de bon goût. Anecdote : un pilote américain se rate, le Falcon sort de piste, traverse l'autoroute, un parking de supermarché, le tout bien entendu en emboutissant plusieurs voitures, et finit dans un pilier en béton. Dassault, consulté, a jugé que l'avion était tout à fait réparable !

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