jeudi, mai 11, 2006

Leave it to me, it's a piece of cake !



Je viens de relire Le Grand Cirque, de Pierre Clostermann, dans sa version 2000, bien plus riche que la version de 1947 que je connaissais (mais malheureusement bourrée de coquilles). Ce livre que je conseille à tous raconte la vie d'un chasseur français dans la RAF. Clostermann, mort récemment, était fier et n'hésitait pas à plaisanter sur son manque de modestie.

Dans la postface, il a quelques mots très durs pour fustiger les commémorations de juin 1995, notamment lorsqu'il met en parallèle nos hommes politiques actuels avec ceux des années 30 : même manque de compétence, de fibre morale, de caractère et de clairvoyance.

Mais, revenons à ce qui compte. Dans un ajout assez comique, Clostermann nous fait vivre sa chute d'avril 1945. En patrouille au-dessus de l'Allemagne, il repère un avion allemand solitaire, un FW-190 "long nez", une merveille de finesse, et annonce modestement à ses coéquipiers : "Leave it to me, it's a piece of cake !" A cette époque, il n'y avait que deux sortes de pilotes de chasse allemands : le jeune pigeon inexpérimenté et le vieux briscard aux milliers d'heures de vol et aux dizaines de victoires. Clostermann tombe malheureusement sur un ennemi de la deuxième espèce.

Il se rapproche pleins gaz par derrière pensant, ne pas avoir été repéré. Au moment où Clostermann va faire feu, l'Allemand, lui, tire une jolie chandelle que le Tempest lancé à pleine vitesse essaie vainement de doubler, se retrouvant ainsi comme un con pendu à son hélice. Pendant ce temps, le FW 190 termine harmonieusement sa boucle et le tire comme à la foire, tout cela avec une grande économie de mouvements, beaucoup d'élégance. Clostermann est recueilli par des Américains qui le délestent de sa montre et de son portefeuille (Clostermann n'a pas oublié les "carpet bombings" en France à l'été 1944, sujet de tension entre Churchill et Rossevelt, et ne rate pas une occasion de dire du mal des Yankees). Quand il revient à sa base, une grande pancarte l'attend, portant "Leave it to me, it's a piece of cake !"

Clostermann exprime un sentiment de communauté avec les chasseurs allemands, qui peut choquer en ces temps d'antifascisme écervelé, démonstratif, incantatoire, retardataire de 60 ans et -faut-il le dire ?- ridicule. C'est probablement très bête de ma part, mais je fais plus confiance en matière d'antifascisme à un homme qui a fait 600 heures de vol de guerre entre 1943 et 1945, dans une arme, les FAFL, ayant subi un taux de pertes de 75 % (1), qu'à un vague bobo défilant au son du Chant des Partisans version techno-rap.

(1) : autre chiffre : la seule RAF a eu plus de pertes que l'ensemble de l'armée américaine en Europe.

4 commentaires:

  1. Ce livre m'a l'air tout à fait passionnant ! J'aime beaucoup le parallèle entre le niveau intellectuel et moral des politiciens des années 30 et d'aujourd'hui, en Europe.

    Drieu

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  2. C'est malheureusement une évidence : On y trouve notamment le même sens de la démagogie facile, des "solutions" utopiques qui ne font que reculer l'échéance, le refus de voir le monde tel qu'il est et de mettre en oeuvre ce qu'il faut pour s'y adapter.
    Tout dans la politique politicienne, comme on dit.

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  3. John Vinocur a publié un article intitulé "Oubliez Clearstream : le vrai scandale français, c'est l'immobilisme des élites"

    Je m'interroge depuis longtemps sur la défaillance patente de nos élites, j'ai beaucoup de pistes (endogamie, fermeture, étatisme, multiplicité des structures, cumul des mandats, manque de respect des droits etc.) mais je n'arrive à en faire un tout cohérent ; ou plutôt si : la cohérence est dans le résultat, l'immobilisme des élites.

    Alors je me raccroche à la chose que je trouve la plus importante : l'explication par l'instruction, par le système éducatif.

    A mes yeux, la réforme prioritaire est celle de l'éductation. L'EN fonctionne sur de mauvais principes (la mission sociale, l'égalitarisme, le centralisme, le pouvoir syndical, etc.) à l'opposé de ce qui me semble juste (mission : transmettre le savoir, organisation : décentralisée, pouvoir : local -chef d'étabilissement+ équipe pédagogique, etc.)

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  4. Et si la "défaillance de nos élites", comme vous dites, provenait de la façon même, la méthode qu'ils doivent mettre en oeuvre pour accéder au pouvoir ... Nos ELUS ... si justement ils étaient trop, et trop souvent ELUS. Si notre système même, rendaient le populisme inexorable à force de longue campagne, discours, de coups bas etc ... discours qui sont au final déconnectés de la vraie réalité de gestion ... => ils montrent patte blanche pour se faire élir et finissent par perdre la main d'acier et ne garder qu'un gant de velour ... Ce serait alors tout le système électoral à revoir ...

    A creuser ...


    ps: Revel a abandonné la politique pour cette exacte raison ... (désolé, de le rabacher jusqu'à l'overdose !! :))

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