vendredi, octobre 06, 2006

EADS : ne dramatisons pas, c'est juste une catastrophe


Vous me voyez venir avec mes gros sabots, je ne peux pas m'empêcher de mettre le doigt là où ça fait mal : ce qui plombe EADS, c'est le "patriotisme économique" des deux cotés du Rhin, au point que des décisions et des structures sont industriellement et économiquement irrationelles.

Si EADS avait été une méchante boite capitaliste seulement à la recherche de l'affreux profit, elle se porterait sans doute mieux aujourd'hui. EADS a souffert de n'être ni chèvre ni chou.

Deux bonnes nouvelles :

> le retard de deux ans de l'A380 n'est pas extraordinaire, il ramène juste le programme a un calendrier plus réaliste, ce qu'il avait cessé d'être du fait de la vendetta chiraco-forgeardienne.

> l'A400M, l'avion de transport militaire, semble à peu près épargné par les gros problèmes.

Les mauvaises nouvelles :

> beaucoup plus grave pour l'A380 : il ne rencontre pas le succès commercial espéré, il y a eu une erreur d'analyse de marché. C'est Boeing avec son Dreamliner qui a raison.

> l'A350, digne concurrent du Dreamliner, est dans la panade, les ressources d'Airbus ayant été monopolisées par le choix moins judicieux de l'A380 (dont je considérais le lancement indispensable, mea culpa).

> surtout, la très mauvaise nouvelle : les pressions politiques ne paraissent pas se relâcher, chasser le naturel chauvin, il revient au galop.

Si les leçons des problèmes actuels ne sont pas tirées, ils reviendront, en plus fort et en plus grave, jusqu'à ce que mort s'ensuive (ne pas s'endormir dans la fausse sécurité de "too big to fall" : dans quelques années, les gouvernements qui sabotent aujourd'hui EADS par leurs ingérences seront trop étranglés financièrement par les retraites pour pouvoir sauver EADS d'un démantèlement).

J'ai un point d'accord avec la CGT, c'est si rare que ça mérite d'être signalé : il ne faut pas compter que sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre.

Or, seul Christian Streiff est une nouvelle tête ; Louis Gallois et Tom Enders font partie de "ceux qui ont créé les problèmes".

Enfin, pour conclure, un élément toout de même fondamentalement rassurant : les compagnies aériennes n'ont pas intérêt à ce que Boeing devienne trop dominant

NB : je peux me permettre d'être si brutal sur l'avenir d'Airbus car ça fait plus d'un an que, à la simple lecture de la presse ouverte, j'avais des doutes très sérieux sur la santé de l'entreprise et la sincérité des annonces (je produirais des témoins si besoin). Je m'étais abstenu de l'étaler sur mon blog mais le brouillon de ce message était en stock depuis six mois.

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