jeudi, janvier 25, 2007

De Gaulle sous le casque : Abbeville 1940 (Henri de Wailly)


FF

Ouvrage assez peu flatteur pour Charles De Gaulle. On sent par ailleurs au ton que l'auteur n'est pas un gaulliste forcené.

Avec la 4ème DCR, les 28,29,30 mai 1940, le général De Gaulle s'est créé l'occasion de reprendre Abbeville et l'a laissé passée. Très handicapé par l'absence de liaisons radio, il n'a pas su sentir le moment où les Allemands flanchaient et leur a donné le temps de se reprendre. Bref, il n'a pas eu d'inspiration napoléonienne ; pas de Montmirail pour la campagne de France de 1940.

De plus, il a attaqué de front, négligeant les conseils, qu'on peut estimer meilleurs a posteriori, de manoeuvrer. Il a été arrêté principalement par 3 canons de 88 mm judicieusement placés : les chars privés d'infanterie à cause de mauvaises liaisons ont été tirés comme des lapins.

Henri de Wailly n'hésite pas à faire le parallèle avec Crécy : les Français, supérieurs en nombre, attaquent follement, de front et à répétition, un ennemi bien retranché et doté d'armes nouvelles à longue portée (longbows dans un cas, 88 mm dans l'autre), préférant le courage et la charge à la réflexion et à la manoeuvre.

Enfin, De Gaulle a été cassant et injuste, voire odieux, avec ses subordonnées (ce qui explique je pense qu'aucun de ses officiers n'ait rejoint la France Libre, certains ont fait partie des armées de la Libération.)

Tout cela ne devrait pas étonner outre mesure : De gaulle était plus un théoricien, un stratège et un politicien qu'un tacticien et un meneur d'hommes. Son expérience du combat était d'ailleurs assez limitée (il a été blessé très vite en 1916).

A la lumière de ce qu'on a appris depuis de l'engagement de blindés, en connaissant ce que d'autres ont fait, on ne peut toutefois s'empêcher de penser que cet homme là pouvait mieux faire. Une des qualités de De Gaulle est sa capacité à apprendre, peut-être, si il avait poursuivi une carrière militaire, se serait-il amélioré.

Il s'est tout de même montré énergique et résolu, cependant, on aurait pu espérer mieux sur le terrain d'un prophète de l'arme blindée.

Ainsi, le destin de De Gaulle a basculé : lui qui hésitait encore entre destin militaire et destin politique avant Abbeville, a choisi la politique.

Enfin, tout cela s'incrit dans un tableau plus général. Sur le front de la Somme, à la fin mai, les Alliés avaient la supériorité numérique en chars, les blindés allemands étant concentrés autour de Dunkerque. Pourtant, aucun engagement ne fut victorieux.

De Gaulle, et on retrouve le stratège, aurait préféré éviter ces couteuses escarmouches et retirer les blindés en deux corps, au nord et au sud de Paris, de manière à menacer l'attaque allemande à prévoir en juin. Et, effectivement, les quelques 500 chars perdus vainement fin mai ont cruellement manqué une semaine plus tard.

On peut se demander si cette bataille de la Somme ne s'inscrit pas déjà dans la stratégie de Weygand de tout mettre en avant, de ne garder aucune réserve, afin qu'en cas de défaite, prévisible, l'armistice soit inévitable.

On a accusé Pétain de trahison, mais Weygand ne fut, hélas, pas un mauvais précurseur, car n'est-ce pas traitrise de la part d'un chef que de se battre en anticipant de se rendre ?

Au fond de la défaite de 1940, il reste un mystère. Certes, Hitler avait bien préparé le terrain politique, mais un tel effondrement moral, notamment des chefs, comment fut-ce possible ?

Puisqu'on parle de campagne de France, on peut faire la comparaison avec celle de Napoléon, il a été vaincu par la trahison de Marmont et par son infériorité numérique, mais tous s'accordent à considérer qu'il y a montré du génie.

A contrario, lors de la campagne de 1940, on a vu d'admirables actes d'héroïsme mais les chefs sont tous plus ou moins passés pour des minables et ceux qui ne l'étaient pas avaient le défaut d'être à des postes assez subalternes, ce que l'on peut, en des circonstances aussi dramatiques, leur reprocher. De Gaulle avait compris que, dans les situations de périls, les routines du temps de paix, le respect du protocole, la voie hiérarchique, pouvaient très bien accélérer le désastre. Or, à ma connaissance, à part De Gaulle, il ne s'est trouvé personne pour rompre avec les habitudes. Le mieux placé était évidemment P. Reynaud, il n'a pas été Clémenceau ; G. Mandel non plus.

Aujourd'hui, ne sommes nous pas dans la même situation ? La politique à suivre en 2007 est bien plus claire qu'en 1940, c'est celle qui a déjà été suivie avec profit par tant de pays : réduire drastiquement et rapidement la dépense publique, en mettant les fonctionnaires en mesure de choisir et de prendre leurs responsabilités. Pourtant, on ne trouve personne pour porter cette politique limpide.

J'espérais, naïvement je le reconnais, que la campagne présidentielle nous permettrait de jauger la capacité de N. Sarkozy. Malheureusement, son adversaire socialiste est si nulle qu'il n'y a pas de débat.

Il est vrai qu'une défaite militaire est un fait visible pour tous et donc suscite des réactions. Une défaite économique comme celle que nous vivons (si nous avions eu la même croissance que la Suède ces 15 dernières années, le salaire moyen annuel serait plus élevé de 6000 € (à vérifier, mais c'est l'ordre de grandeur)) peut être niéé, maquillée, contournée, dissimulée ; d'où les discours sur la "mondialisation ultra-libérale" qui serait une catastrophe ("naturelle" ou affreux complot, au choix) venant de l'extérieur. Il est tout de même bizarre que ça soit une catastrophe seulement pour l'Europe continentale, et encore, essentiellement dans sa partie ouest (un affreux complot anti-européen, quoi !!!).

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Une expérience du combat limitée ? que peut on dire alors de nos officiers aujourd'hui ! Avec 2 ans de première guerre mondiale (dans l'infanterie et à Verdun) et la participation à la campagne de pologne.

Quand à Abeville, je ne vois guère comment on aurait pu esperer mieux. Un colonel (à vérifier, mais il n'a eu ses étoiles qu'après Abeville il me semble), à la tete d'une brigade (!) hativement constituée. Ses mémoires sont d'ailleur assez claires sur ce point, vu le taux des pertes deja atteint, profiter d'un avantage incertain face à des troupes fraiches c'est plus de l'inconscience que du volontarisme. Voila un trait bien Francais que de refaire les guerres sur papier (DbP ou l'Algérie gagné SI...).

Le reste des conclusions me semblent par contre malheureusement vraies.

fboizard a dit…

"Une expérience du combat limitée ? que peut on dire alors de nos officiers aujourd'hui !" : pour les militaires d'aujourd'hui, voir mon message "le pacifisme des militaires"

"Avec 2 ans de première guerre mondiale :" qu'il a surtout passé à l'état-major.

"Un colonel" : à Abbeville, il était déjà nommé mais n'avait pas eu le temps de faire confectionner son uniforme de général.

"Voila un trait bien Francais que de refaire les guerres sur papier" : c'est le boulot des historiens que d'analyser le passé et pas seulement des historiens français. Il me semble que De Gaulle, étant ce qu'il était, aurait tout de même pu faire mieux. Mais c'est facile, je suis d'accord, de gagner les guerres sur le papier.

drlderosen a dit…

Je ne pense pas que de Gaulle passa beaucoup de temps avec l'etat major pendant son service de la Grande Guerre. Au contraire, n'etant qu'un lieutenant, il etait la plupart du temps sur le champs de bataille. Temoins en sont les nombreuses blessures qu'il recut.
En compte aussi de a la campagne Polonaise, on peut sans doute affirmer que l'experience au combat de Gaulle etait appreciable.
Malheureusement, en examinant les temoignages et les resultats de la bataille d'Abeville, j'en tire l'impression comme vous que de Gaulle n'a pas ete a la hauteur des evenements. Il s'est montre, tactiquement et socialement nettement trop agressif.

drlderosen a dit…

Une autre remarque: je pense que la comparaison avec Crecy ne devrait pas etre pousse trop loin. En effet, bien que de Gaulle a eu tort d'attaquer de front, il a tout de meme eu assez de presence d'esprit pour appuyer son assaut avec l'artillerie. C'est plus de precaution que n'avai pris Philippe VI.