samedi, novembre 29, 2008

De l'anonymat sur les blogs

Je suis profondément gêné de l'anonymat (1) qui a cours sur internet et plus particulièrement sur les blogs.

Mon idée est qu'on assume ses opinions ou qu'on ferme sa gueule.

J'ai par exemple compté un jour que 97 % des commentaires d'un article du journal Le Monde étaient anonymes. On peut prendre les choses comme on veut, c'est une assez bonne mesure du taux de «grandes gueules, petits bras».

L'anonymat est une impolitesse qui renforce l'impolitesse générale : on est plus hargneux quand on commente anonymement et, réciproquement, on réplique de manière moins mesurée à un commentaire anonyme.

C'est particulièrement désagréable de se faire traiter de nul, de type qui n'a rien compris, par un minus qui n'a même pas le courage de signer de son vrai nom.

Cela vaut d'ailleurs aussi pour les anonymes avec lesquels je me trouve en accord : être plus intelligents que ceux avec qui je suis en désaccord :-) ne les rend pas plus polis pour autant.

J'admets que la publicité est lourde : je ne suis pas à l'abri de me faire attaquer par un collègue ou un commerçant ou ma voisine qui désapprouveraient férocement ce que j'écris ici.

Mais c'est également une garantie pour mes lecteurs : je ne fais pas le Tartarin devant mon clavier. Ce que j'écris, j'y crois, puisque je suis prêt à le défendre de vive voix.

Enfin, certains commentateurs ont trouvé un moyen terme : ils apparaissent sous un pseudonyme mais m'écrivent sous leur vrai nom. Sans approuver complètement le procédé, je me dis que c'est un moindre mal.

Bref, si internet a bien des avantages, c'est aussi un grand bond en arrière de la civilité.

(1) : dans l'anonymat, je compte l'usage d'un pseudo.

25 commentaires:

Rubin a dit…

Je vais endosser le costume de l'utilitariste de service : sans anonymat, pas de Stigmates de Saint-François, pas de Shakespeare, pas de Federalist Papers. C'aurait été dommage, non ?

fboizard a dit…

Shakespeare n'est pas vraiment anonyme !

De plus, ce qui est choquant dans l'anonymat des blogs, c'est qu'il s'agit d'un dialogue. Avouez tout de même que discuter avec des gens masqués n'est pas très agréable.

Vous faites bien comme vous le sentez mais, pour part, je n'ai jamais fait commentaire anonyme où que ce soit.

Bruno a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Bruno a dit…

"Enfin, certains commentateurs ont trouvé un moyen terme : ils apparaissent sous un pseudonyme mais m'écrivent sous leur vrai nom"
Je ne suis pas sûr de bien comprendre, car pour publier un commentaire sur ce blog il faut indiquer son adresse e-mail dans le champ Utilisateur, donc vous avez le nom (car en général l'adresse e-mail contient le nom, non ?)

Nathan a dit…

Texte assez juste. En ce qui me concerne ce fut un choix fait à mes débuts sur internet en 2000, alors que je commençais à poster sur des forums ou des sites perso. Je ne pense pas que ce soit si important que cela, même si on peut remarquer que le choix d'un pseudo associé à l'absence de commentaires sur un blog peut le faire rapidement partir à la dérive ... Mais en général je ne pense pas que ce soit si important, car on peut facilement juger un commentaire ou un blog à son contenu et le fait que l'auteur signe de son vrai nom n'est pas nécessairement un gage de franchise, de vérité ou de pertinence ...
Aujourd'hui je conseillerais à une personne voulant démarrer un blog d'utiliser son vrai nom et pas un pseudo.

Robert Marchenoir a dit…

"Mon idée est qu'on assume ses opinions ou qu'on ferme sa gueule."

Certes, certes. Maintenant, imaginez. Nous sommes en 1942. Vous ramassez un tract anti-nazi dans la rue. Il n'est pas signé, évidemment. Vous dites... non. Vous ne dites pas: "Mon idée est qu'on assume ses opinions ou qu'on ferme sa gueule." Car il vous paraît évident que ce que l'auteur perd en assomption de ses opinions, il le gagne en efficacité. A quoi bon assumer, si cela vous conduit à vous taire pour toujours? Quel est le but? Prouver qu'on a de plus grosses couilles, ou faire advenir la Libération?

Vous vous focalisez sur les commentateurs des blogs. Parlons un instant des auteurs. Pourquoi croyez-vous que la majorité des auteurs de blogs ne fait pas comme vous? Vous échappe-t-il qu'il existe, dans le monde occidental contemporain, ce qu'il faut bien appeler des interdictions professionnelles de fait? Ne savez-vous pas que, dans de nombreux milieux, professer des opinions différentes de la norme peut vous coûter votre poste, ou, au minimum, vous interdire toute promotion et tout avenir? Je pense au service public, à l'enseignement, à l'université, aux médias...

Vivez-vous dans une cité de banlieue? Si c'était le cas, vous n'auriez pas, je pense, osé écrire ici même, sous votre propre nom (puisque c'est ce que nous devons comprendre de ce billet), qu'il y a trop d'étrangers à votre goût en Seine-Saint-Denis. A quoi bon "assumer" de telles opinions, si c'est pour se faire cracher à la figure dans son hall, brûler sa porte d'entrée ou sa voiture, et voir ses enfants, dénoncés comme fils de facho, se faire casser la figure à l'école?

Oseriez-vous reprocher à Ibn Warraq, ex-musulman, d'écrire contre l'islam sous pseudonyme, sachant qu'il risque sa vie en le faisant? Qu'Ayaan Hirsi Ali en fasse autant à visage découvert est tout à son honneur; cela ne saurait, pour autant, être porté au passif de ceux qui ont choisi l'anonymat.

Vous oubliez que désormais, le moindre mot écrit par quiconque peut être retrouvé en un clin d'oeil par n'importe qui, durant la vie entière de son auteur et même au-delà. Croyez-vous qu'aucun employeur potentiel n'aura recours à cette extraordinaire possibilité d'examiner le tréfonds de vos opinions et de votre vie privée? Pensez-vous qu'aucun gouvernement ne sera jamais tenté d'utiliser cette arme contre vous, sachant que les délits d'opinion sont de plus en plus souvent réprimés en pays prétendument démocratique?

Chacun, en fonction des sujets qu'il choisit de traiter, de ce qu'il décide d'écrire et de sa situation personnelle, choisit d'afficher son vrai nom ou pas. Vous-même, vous ne nous dites ni quel est votre métier, ni quel est votre âge, ni quel est votre employeur. D'autres blogueurs le font. Vous avez certainement de bonnes raisons pour cela. C'est bien joli de savoir que vous vous appelez Franck Boizard, mais seul votre entourage sait qui vous êtes. Vos lecteurs en sauraient plus long sur vous s'ils connaissaient les informations que j'ai mentionnées. Donc, vous n'assumez pas totalement la transparence que vous réclamez.

Vous tenez un blog libéral sous votre vrai nom. Fort bien. Peut-être avez-vous un poste relativement sûr dans une grande entreprise, où le libéralisme est, par nature, un peu la doctrine officielle. Peut-être exercez-vous un métier scientifique et n'avez-vous pas à assumer des responsabilités managériales de haut niveau, ce qui fait que votre employeur ne peut songer à vous reprocher les prises de positions politiques marquées de votre blog, ni vos collègues vous en tenir rigueur.

Il n'en irait pas de même si vous étiez, par exemple, un professeur de base à l'Education nationale, où le fait de se proclamer libéral fait de vous à peu près l'équivalent d'un nazi. Si vous étiez persuadé que vos perspectives de promotion et de mutation (dépendant de syndicats étatistes) seraient bloquées à jamais, si vous étiez menacé d'être blackboulé par vos collègues autour de la machine à café, lâché par votre chef d'établissement au moindre problème, harcelé par la fédération de parents d'élèves qui est à la botte des syndicats de profs gauchistes, êtes-vous si sûr que vous écririez sous votre nom?

Même aux Etats-Unis, haut lieu de la liberté d'expression et de la responsabilité individuelle, les auteurs d'un blog libéral et anti-djihadiste comme Gates of Vienna préservent jalousement leur anonymat, ainsi que celui de leurs commentateurs et correspondants. Ils savent trop les risques que ceux-ci encourent. D'ailleurs, plusieurs correspondants européens de Gates of Vienna ont subi, du seul fait de leurs idées dans le monde réel, des violences physiques de la part de voyous organisés, ou des violences politiques de la part de leur gouvernement.

Il est clair que, si vous vous contentez de bloguer sur l'art italien de la Renaissance, vous ne risquez pas grand'chose à le faire sous votre nom (et encore; vu où nous en sommes, ce n'est pas sûr...).

Paul a dit…

Je vous trouve bien intransigeant avec les anonymes ! Personnellement, je ne vois aucun inconvénient à discuter avec Frankie92 plutôt que F. Boizard. Ça peut même être plus sympathique.
Et pour les personnes qui émettraient par provocation des opinions choquantes ou des attaques personnelles, le fait d'être masqué leur ôte le peu de crédibilité qu'ils n'ont pas perdu en salissant la toile.

fboizard a dit…

Vu le nombre d'anonymes sur la toile, je me doutais que je n'aurais pas la majorité pour moi.

Ce que nous raconte Bob est assez terrifiant (je lui signale au passage qu'il peut retrouver facilement sur ce blog les infos qui semblent lui manquer sur ma personne).

Je sais que la chape du conformisme, de la police de la pensée, est de plus en plus lourde.

Mais il me semble que l'anonymat est déjà une concession au maton de Panurge, une reculade et, c'est bien connu, les CRS n'avancent que parce que les manifestants reculent.

Mais, prenons l'exemple d'un des milieux les plus fliqués qui soit, l'Education Nationale.

J'imagine bien Jean Dupond, prof de maths au collège de Trifouills-les-Calbutes, ville moyenne, ostracisé par ses collègues, menés par Albert Dugland syndicaliste depuis trente ans et fier de l'être, à cause de son blog fasciste, scandaleusement fasciste (c'est-à-dire qu'il est de centre droit).

Mais si tous les Jean Dupond se donnaient la main, l'oppression serait-elle aussi aisée ?

Imaginez des journées de la «fierté libérale» dans les cours des collèges et des lycées, organisées grâce à internet et au réseaux des profs blogueurs libéraux ?

Bon, OK, j'ai un peu fumé la moquette.

Je reste persuadé que l'anonymat dégrade la qualité des discussions.

Damien a dit…

En quoi une idée anonyme serait moins bonne? Outre les pressions sociétales bien évoquées par Robert, ne pas connaitre l'auteur permet de s'affranchir des a-priori et de se concentrer sur les mots et les idées. C'est plus sain, sauf si bien sûr, les propos sont outrageux, agressifs, etc. Mais il n'y a pas vraiment d'anonymat sur internet...

fboizard a dit…

Visiblement, pour les défenseurs de l'anonymat, la politesse et le savoir-vivre comptent pour rien.

Je mentirais si je disais que j'en suis surpris.

François Duran a dit…

L’opinion de Franck Boizard semble tout à fait pertinente : exception faite des cas extrêmes (qui existent, hélas), l’anonymat ne se justifie pas plus sur Internet que dans la vie de tous les jours. Au mieux, lorsque les propos sont mesurés et courtois, c’est une simple fantaisie relativement bénigne et tout à fait tolérable. Du reste, il est assez fréquent que les « anonymes » réguliers finissent pas contacter le propriétaire du blog directement, ne serait-ce que pour se présenter en bonne et due forme, ce qui les rend ensuite identifiables et instaure, de fait, un dialogue plus complice et fructueux.

En revanche, lorsque les « opinions » exprimées viennent contredire l’auteur, il est clair que l’anonymat n’incite ni à la patience ni même à l’écoute : se faire remonter les bretelles par un interlocuteur qui a eu la courtoisie de se présenter est une chose qu’on accepte, mais subir les contradictions péremptoires et répétées d’un vague pseudo fait rapidement monter la moutarde au nez. D’où la furieuse tentation de sacquer ledit malotru.

Car, c’est clair aussi, porter cagoule n’incite pas à soigner la forme et on lâche plus facilement des propos déplaisants lorsqu’on ne signe pas de son vrai patronyme (qui est aussi celui de ses parents et, éventuellement, de ses enfants). C’est d’ailleurs le principe de la lettre du même nom : on reste anonyme parce qu’on ne veut pas pouvoir être identifié, mais aussi, sans doute, parce que l’on n’est pas très fier de ce qu’on a écrit.

Maintenant, ne soyons pas trop intégristes : si certains tiennent absolument à rester non immédiatement identifiables, c’est leur liberté. Dans l’idéal et encore une fois, sauf cas particulier, l’intérêt de tous serait que l’anonymat disparaisse dans les blogs « sérieux » (là, je sens que je risque de me faire allumer sur le thème : et c’est quoi un blog pas sérieux ? Que personne ne voit donc dans ce terme la moindre trace de mépris qui n’existe pas dans mon esprit) : non seulement les dialogues seraient plus francs et courtois, mais les opinions pourraient aussi s’exprimer avec plus de force et de clarté.

fboizard a dit…

@ Bruno

Vous pouvez utiliser une adresse genre Yahoo ou Gmail ou d'autres plus subtiles qui vous rend de fait anonyme.

@ François Duran

Je suis pleinement d'accord avec vous. C'est le reproche «systémique» :-) que je fais à l'anonymat : les anonymes sont plus hargneux et on leur répond avec moins de patience, l'ensemble dégrade la qualité du débat.

Guillaume Demarne a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Esteban a dit…

"les anonymes sont plus hargneux et on leur répond avec moins de patience, l'ensemble dégrade la qualité du débat."

Alors faudrait-il remetre en question l'isoloir le jour des élections ? Aujourd'hui nous votons dans l'anonymat, et qu'en serait-il si on fesait autrement ?

Alors les influences auraient raison des débats, et il n'y aurait plus de débat.

En fait c'est une question d'influance positive ou négative, et ce qui peut être positif pour toi, ne l'est pas forcement pour un autre, là, tu pourrai faire un éffort.

Si demain, tout le monde affiche ses idées politiques physiquement, alors je te garanti une tention sévère entre habitants, et des dérapages certains.

Tout me prouve que l'anonymat augmente la qualité du débat parce qu'il s'agit là, d'un échange d'idées sans influance aucune , et c'est fondamental, car tout débat sous influance, est de fait perturbé, alors c'est vrai que désfois, tu peut poster 10 pages pour t'appercevoir que tu as affaire a un gamin de 12 ans que tu veut convertir au libéralisme, ou pourquoi pas a un déjanté avec qui jamais, tu aurait tenté de débatre sur quoi que ce soit, si seulement tu avait put voir sa geulle avant.

Vraiment aucune influance.

Matthieu a dit…

Si le simple fait de voir que votre interlocuteur a choisi un pseudo en lieu et place de son vrai nom change votre façon de penser et de vous exprimer, alors vous n'êtes pas un interlocuteur digne de confiance. Ce qui importe est le propos, les mots et les idées, et non l'identité que la personne en face a choisi d'adopter. Si le pseudo de votre interlocuteur vous semble aussi important que son message, c'est que vous êtes bien superficiel.

fboizard a dit…

1) Une idée ne vit pas seule, en lévitation. oui, savoir qui exprime une idée est important.

Cet argument comme quoi les idées vivent par elles-mêmes et que l'on n'a pas à connaitre leur auteur est proprement ridicule (sauf exceptions) et ne sert que de paravent à la lâcheté de l'anonyme.

Montaigne s'est exprimé contre la torture judiciaire. On trouve ça très bien. Les mêmes mots sous la plume de Victor Hugo eussent parus ridicules.

2) Un blog n'est pas un espace indifférent, il a un propriétaire, c'est la moindre des politesses vis-à-vis de celui-ci que de ne pas y être anonyme.

Paul Guignard a dit…

En tout cas, ce débat entre "anonymes" et "présentés" est très intéressant. Comme quoi le fait d'être anonyme ou pas n'est pas très important, l'essentiel étant que l'on prenne du plaisir à discuter :)

Robert Marchenoir a dit…

En quoi l'utilisation d'un pseudonyme serait-elle liée à un manque de savoir-vivre? Cela n'a aucun rapport. On peut être poli avec un pseudonyme, et grossier avec son vrai nom. Ce dernier cas est très courant dans la vie réelle...

D'ailleurs, en dehors d'Internet, vous êtes confronté à de nombreuses personnes (artistes, journalistes...) dont vous croyez connaître le vrai nom, alors qu'il s'agit d'un pseudonyme.

Avez-vous jeté vos disques de Johnny Halliday à la poubelle, de rage, le jour où vous avez appris qu'il s'appelait Jean-Philippe Smet? (Ceux qui n'aiment pas Johnny le remplaceront par un autre exemple...)

L'anonymat sur Internet n'est pas simplement une question de nom. Il est aussi lié au fait de ne pas donner d'informations personnelles sur soi.

De nombreux blogeurs, s'exprimant sous pseudonyme, donnent suffisamment d'informations sur eux pour que le fait qu'ils ne signent pas de leur vrai nom soit secondaire. Après tout, à quoi cela vous avancerait-il de savoir que Bouzouf-Haricots s'appelle André Dupneu, si André Dupneu est un illustre inconnu?

A condition que Bouzouf-Haricots ne change pas de pseudo toutes les cinq minutes, naturellement, comme certains le font.

Si vous discutez pendant six mois avec Bouzouf-Haricots, dont vous savez, de surcroît, qu'il est prof d'anglais à la retraite, noir antillais avec des ascendances juives, qu'il a perdu des proches dans les camps nazis, a enseigné en Angleterre, qu'il vit en Normandie et aime bien se mitonner de bons petits plats (exemple réel croisé dans la blogosphère; mais son pseudo n'est pas Bouzouf-Haricots...), vous finirez peut-être par en savoir plus sur lui que certains de ses proches.

On peut aussi imaginer le cas inverse, qui n'est pas moins intéressant: le gars qui signe de son vrai nom, mais qui ne dévoile rien de son CV ou pas grand'chose. Je pensais que c'était le cas ici. Franck m'assure que non; cela m'est égal, ce n'est pas vraiment ça que je cherche sur un blog.

Et puis vous avez l'anonymat au carré, le blogueur sous pseudo qui ne dit rien de lui -- sinon ses idées, ce qui est quand même beaucoup, il faut le reconnaître.

A toutes les raisons négatives de cacher son identité réelle que j'évoquais dans mon précédent commentaire, au-delà même de son nom (relations avec son entourage, interdictions professionnelles, poursuites judiciaires...), on peut ajouter une raison positive: l'anonymat sur Internet permet le libre affrontement des idées indépendamment du personnage social qui les exprime. C'est une faculté très intéressante.

Dans la vie courante, votre réaction face à telle ou telle opinion est fortement influencée par l'identité de la personne qui l'exprime: selon qu'elle est jeune, vieille, issue de tel milieu social, pratiquant telle profession, de telle nationalité, de telle religion, vous n'allez pas réagir de la même façon.

Votre penchant naturel sera d'interpréter ce que dit votre interlocuteur en fonction de ce qu'il est, de sa vie, de son parcours. Il est vieux? Pas étonnant, il a des idées de vieux con. Il est jeune? Pas étonnant, il a des idées de jeune con. Cela pollue la réflexion.

A rebours de ce réflexe, Internet offre la possibilité passionante de pratiquer une sorte de nudisme intellectuel: de même que les nudistes affirment que l'absence d'habits crée l'égalité entre les personnes et permet d'aller au-delà des apparences sociales, l'anonymat strict, sur les blogs, permet un dialogue socratique où les idées s'affrontent pour ce qu'elles sont réellement. A armes égales.

Cela ne veut pas dire, naturellement, que vous ne pouvez pas tenter de deviner qui est le genre de personne qui s'exprime à travers ses idées.

Mais, justement, le point d'entrée pour toute interprétation éventuelle, ce sont les propos, les idées, le langage, le mode de conversation de la personne, et eux seuls.

Sur Internet, grâce à l'anonymat, vous n'avez pas besoin d'avoir d'épaulettes pour faire valoir votre propos, à condition d'avoir quelque chose d'intéressant à dire. Un jeune a les mêmes chances qu'un vieux, un pauvre qu'un riche, un autodidacte qu'un professeur d'université.

C'est assez libéral, finalement.

Pour ma part, j'ai fait connaissance de visu avec plusieurs personnes rencontrées sur la blogosphère. A l'heure où je vous parle, je serais bien incapable de dire s'ils intervenaient, sur Internet, sous pseudonyme ou sous leur vrai nom.

LOmiG a dit…

Salut,
je comprends le coup de gueule, et ne cache pas moi-même mon vrai nom. Mais les arguments de Robert me semblent juste, et comme le souligne son dernier commentaire, on peut être poli avec un anonyme, et en étant anonyme.

Le fait que les abrutis manquent souvent, en plus, de courage, n'est pas une preuve contre l'anonymat. C'est une preuve de plus contre les abrutis.

à bientôt !

Paul Guignard a dit…

Une petite illustration sur le sujet. J'ai posté tout à l'heure sur un blog un commentaire (sujet : travail dominical) disant que, sans enfants, je travaillais le dimanche, et que j'en étais content. J'ai peut être été un peu agressif en disant "Arrêtez de vouloir faire le bonheur des autres à leur place et occupez vous de vos oignons", mais c'est sorti du cœur.

Bref, voilà la réponse que je reçoit quelques minutes plus tard :
« Paul,

Sombre crétin : dans ton profil Facebook, il est indiqué que tu as 23 ans et que tu es étudiant.

Attends donc d'avoir des mômes et la quarantaine... et de travailler vraiment (autrement qu'un job étudiant) pour avoir des avis péremptoires. J'ai horreur de jouer au vieux con mais là, tu dépasses les bornes de la connerie humaine. »


http://jegpol.blogspot.com/2008/12/nadine-morano-travaille-trop.html#comments
(Regardez les commentaires de 17h.)

Robert Marchenoir a dit…

Paul: votre interlocuteur n'est pas un vieux con, c'est un sale con.

L'existence des emplois pour étudiants est précisément l'une des raisons pour lesquelles le travail le dimanche est une bonne chose, et peut satisfaire à la fois certains salariés, certains employeurs et certains clients.

Pour une fois qu'une situation peut être du ouinne-ouinne pour ces trois catégories à la fois, qui peut s'en plaindre?

Un sale con qui va pousser le vice jusqu'à fouiller votre vie personnelle sur Fesse-bouc.

Ben, justement, connard: on n'a ni les mêmes besoins ni les mêmes contraintes à 23 ans, quand on est étudiant, libre comme l'air et qu'on travaille peu, et à 40 ans, quand on a un emploi à plein temps, déjà du pognon de côté à la banque et une charge de famille.

Au nom de quoi les premiers devraient-ils s'aligner sur les seconds? Et en quel honneur les entreprises et les clients qui veulent bénéficier du désir d'étudiants de travailler le dimanche devraient-ils s'en priver?

Ecrire "Arrêtez de vouloir faire le bonheur des autres à leur place et occupez vous de vos oignons", ce n'est pas être agressif, c'est juste remettre un socialiste à sa place.

Quant à l'anonymat, bien sûr qu'il favorise la grossièreté. Mais ce que vous a écrit cet anonyme, de nombreux policitiens ou "intellectuels" le disent à peu de choses près dans les médias, sous leur vrai nom et sans honte.

tetatutelle a dit…

Attaquez-vous plutôt à "la société" qui en toute "inconstitutionnalité" donne au citoyen le "choix" entre sa liberté d'expression et ses "droits légitimes" ! Touvez-vous cela normal ? "Le meilleur moyen d'empêcher les gens de frauder est de limiter les réglementations" (non de les abolir, bien sur). Cette situation est bien réelle et "en tous domaines" ! Moi je risque une résiliation de mon bail locatif, d'autres (et combien !) risquent leur emploi, d'autres encore parce qu'ils sont tout simplement membre d'un parti politique ont reçu "l'ordre" de ne pas émettre d'idées qui peuvent le mettre en situation délicate (les idées "collectives" passent avant les opinions "personnelles", peut-être pas dans un parti libéral mais dans les autres c'est le cas), voire de ne pas écrire sur les blogs des autres partis, quand bien même c'est pour en contredire les opinions parce que ce serait "malgré tout la preuve d'une certaine connivence !". Voilà quand même des conséquences "autrement plus graves" que les réflexions de la voisine de pallier !

Alors de grâce fichons la paix à l'innocent (l'anonyme), encore une fois changeons radicalement les mentalités et les règles de fonctionnement de notre société qui nie l'individu et la liberté d'expression "théorique" deviendra enfin "réelle".

Théo2toulouse a dit…

Il y a quelques mois un haut fonctionnaire a été relevé de ses fonctions pour avoir écrit sur un blog un article sous son nom à propos du sionisme. Les gauchistes ont évidemment fait des gorges chaudes, voyant un complot sioniste (la soupe habituelle) derrière tout ça. Ses supérieurs lui ont reproché d'avoir dérogé à son devoir de réserve. Or il me semble que ce que vous faites en dehors de votre travail ne regarde aucunement votre employeur sauf éventuellement si cela nuit à votre efficacité dans le cadre de vos fonctions au sein de l'entreprise (style vous faites la java tous les soirs en boîte jusqu'à l'aurore).

fboizard a dit…

Les fonctionnaires sont censés bénéficier d'un statut spécial, pendant de devoirs spéciaux.

Généralement, ils gardent le statut et essaient de jeter les obligations à la rivière.

Il n'est pas mauvais que celles-ci leur soient rappelées de temps en temps.

Cependant, je préférerais qu'il n'y ait ni statut spécial ni obligations spéciales.

tetatutelle a dit…

"Or il me semble que ce que vous faites en dehors de votre travail ne regarde aucunement votre employeur"

Tout à fait d'accord, mais ça concerne aussi les 'privés", OK ?!
Qu'on ne me fasse pas rire avec le "devoir de réserve" de "certaines professions" soit-disant, il vaut bel et bien pour "toutes" et "partout", ce n'est pas parce qu'il n'est pas écrit qu'il n'existe pas. Un patron n'a pas besoin d'encre à user sur le papier d'un contrat pour vous dire "fichez-moi le camp" si vous affichez des idées qui ne sont pas les siennes : à son claquement de doigts vous avez juste à prendre la porte et la boucler. Vous faire réintégrer par les Prud'hommes ? Pour en baver encore plus qu'avant, aucun problème, c'est votre "droit" le plus strict !