mardi, mars 24, 2009

La tentation démagogique

La tentation démagogique

13 commentaires:

Larry a dit…

Si on peut encore faire un rapprochement mal venu.

La rémunération des patrons est immorale, non éthique, atrocement symbolique, et sans incidence économique.

Rapprochement : le livre de Cahuc et Zylberberg dont il a été question sur les réformes plus coûteuses que le statut quo.

Ce n'est pas économiquement neutre, fiscalement neutre, pour les contribuables. Les caisses complémentaires de retraites ont eu le bras tordu par l'État pour "acheter" la prise en charge future des retraites à un prix d'ami aux entreprises de service public et assimilées. C'est bien normal, c'est moral, éthique. Les avantages ont été acquis grâce à "un rapport de force" comme disent fièrement et en toute bonne foi sûre de son bon droit les leaders.
La majorité de l'opinion approuverait dit-on à 80% ("je fais pas grève, mais je soutiens" dit le cochon de payant du privé), y compris pour les enseignants chercheurs dont un enjeu majeur est trois, oui trois, heures de cours en plus ou moins par semaine.

Qu'en penses tu ST?
Il est bon d'expliquer sans faiblir, mais de là à espérer une majorité ....

Robert Marchenoir a dit…

"La rémunération des patrons est sans incidence économique."

Pas d'accord. D'abord, vu les niveaux atteints, il y a évidemment une incidence directe (négative) sur l'économie des entreprises.

Mais surtout, il y a une incidence économique indirecte, parce que des rémunérations démesurées comme nous en avons aujourd'hui démolissent la confiance et détruisent le lien social.

Si les gens sont découragés de bosser, de bien faire leur boulot, de chercher du travail, de respecter le bien public et d'aider leur prochain à cause de telles rémunérations, l'incidence économique est énorme.

Evidemment, elle n'est pas mesurable...

C'est ce qui se passe en ce moment. Y compris aux USA.

Tonton Jack a dit…

Bonjour,

Le salaire des PDG peut choquer, mais bon, n'y a-t-il pas une assemblée d'actionnaires et un conseil d'administration pour gérer cela ?
Si, donc c'est à eux de faire leur travail. S'ils jugent que c'est le prix à payer pour des performances, alors OK. Sinon, qu'ils arrêtent.

A quoi sert-il de jeter l'opprobre sur ces quelques uns ? Si c'est pour justifier un énième tour de vis fiscal, nous n'y aurons rien gagné.

Au passage, si importante que soient ces sommes prises individuellement, que représentent-elles au final face aux pertes liées à nos dysfonctionnements administratifs ?
Certes, pris individuellement, chacun de ces derniers est plus petit, beaucoup plus petit, mais je crains que leur somme ne constitue un montant bien supérieur et bien plus dommageable pour notre économie que ces quelques stocks options donnés à des patrons ayant perdu le sens de la mesure.

La paille et la poutre des Évangiles restent toujours d'actualité.

Cordialement

Robert Marchenoir a dit…

"Au passage, si importante que soient ces sommes prises individuellement, que représentent-elles au final face aux pertes liées à nos dysfonctionnements administratifs ?"

C'est exactement l'argument utilisé par les syndicats pour refuser l'abandon de leurs avantages acquis. Ou de chacun des innombrables corporations et groupes d'intérêts qui composent la France.

Que les autres commencent par renoncer à leurs privilèges. Nous, après, on verra.

Une société de ce type ne peut pas fonctionner.

La morale ne se se divise pas. Qui vole un oeuf vole un boeuf.

Si chacun n'est pas convaincu de la nécessité de se dévouer au bien public, sans incitation particulière, sans lois à cet effet, sans contrepartie négociée, alors c'est une civilisation qui se suicide.

C'est tout simple : le choix appartient à chacun. Chacun peut "changer le monde" hic et nunc, en faisant ce que je viens de dire. Il suffit de le décider.

C'est cela aussi, le libéralisme. Il ne faut pas l'oublier.

Tonton Jack a dit…

Bonsoir,

@ Robert,

Je souscris à votre dernier post.
Loin de moi l'idée de dire commençons d'abord par les autres.
Je voulais simplement rappeler que dans le cas d'entreprises privées, il y a théoriquement un processus de décision qui a aboutit à cela.
Dans ce processus, je ne souhaite pas une interférence de l'Etat qui devrait alors, en toute logique, faire d'abord son travail de son côté.

Cordialement

Théo2toulouse a dit…

"je ne souhaite pas une interférence de l'Etat qui devrait alors, en toute logique, faire d'abord son travail de son côté."

Comme par exemple filer 10 milliards par an à la SNCF pour maquiller les comptes et faire croire aux Français que cette entreprise est devenue rentable.

Larry a dit…

@Bob

Nous n'avons pas les mêmes valeurs.

Yen a des qui s'intéressent à ce qu'ils gagnent, à ce qu'on leur pique et à ce que les piqueurs en font.
Yen a d'autres qui s'intéressent à ce que les autres gagnent et à ce qu'ils voudraient qu'on leur pique (aux autres).

Le ressentiment social n'est ni à encourager ni à cultiver, comme c'est la saison en ce moment.
C'est socialement corrosif. Il n'y a pas là de questions de justice, d'équité. C'est mauvais pour le lien social. On se regarde et on se soupèse les uns les autres. C'est une maladie socialiste répandue. Tu as vu Hollande avec son niveau de vie directement sur la bête qui n'aime pas les riches.
Tu as vu l'indice que t'a donné FB à propos de la frustration de Thomas Piketty qui traîne un gros ressentiment social d'origine lointaine. Il s'en est pris à Aurélie comme un gosse qui a reçu une baffe donne un coup de pied au chat.
Comme tu le dis, si on devait casser la figure à tous ceux et toutes celles qui ont des tête à gifles et disent des bêtises...

Robert Marchenoir a dit…

Larry,

Etant libéral, je ne me prends pas pour le maître du monde. Par conséquent, je n'ai pas la possibilité d'allumer ou d'éteindre le ressentiment social en appuyant sur un bouton.

En revanche, j'ai la possibilité de constater qu'un tel ressentiment est inévitable quand les écarts deviennent aussi énormes entre la rémunération de la plupart des gens et celle d'une poignée de privilégiés.

Cet écart a massivement augmenté depuis un siècle ou un demi-siècle. Quand des gens gagnent mille fois plus que d'autres, et que les rémunérations des uns et des autres sont prises dans le pot de la même entreprise, vous pouvez toujours dire que "le ressentiment social c'est pas bien", vous ne l'empêcherez pas.

Un tel écart ne peut être justifié par le travail, l'intelligence, le mérite ou les résultats. Pire, dans bien des cas actuellement, ces rémunérations pharaoniques récompensent des échecs désastreux.

L'indignation qui en découle est aussi présente, peut-être plus qu'ailleurs, aux Etats-Unis, pays où l'opinion était massivement opposée à une augmentation des impôts sur les grosses successions, pays où la richesse (mais aussi la responsabilité) est une valeur positive. Cela devrait vous alerter.

En définitive, votre position est assez peu libérale. L'indignation actuelle des gens contre ces rémunérations inimaginables ne porte pas sur le fait que certains gagnent plus que d'autres. Cela, même si ça provoque la jalousie à des degrés divers, les gens, au fond d'eux-mêmes, l'acceptent.

Ce qui révolte, c'est l'excès, c'est l'abus, c'est l'injustice. C'est la déconnexion entre le mérite et sa récompense. C'est le sentiment, justifié, que ces gens abusent de leur position pour voler de l'argent, au même titre que l'on peut lire, ici, qu'au-delà d'un certain point, l'impôt, c'est du vol.

Je vais vous faire une comparaison avec la fixation des prix.

Même si cela les chagrine, les gens admettent que le caviar soit plus cher que les nouilles, qu'une BMW soit plus chère qu'une Twingo, etc.

Vous remarquerez que, en gros (bien entendu, on peut trouver des exceptions), il n'est pas besoin, dans un supermarché, de mettre des types avec des fusils devant les caisses pour obliger les gens à payer les prix marqués.

Cela veut dire que, toujours en gros, les gens acceptent le mécanisme de fixation des prix par le marché.

Mais il y a quelques exceptions, spectaculaires. Il vous suffit de voir quels sont les articles mis sous clé dans les supermarchés : les lames de rasoir et les piles.

Autrement dit : les gens, au lieu de payer les lames de rasoir et les piles, les volent en masse dès qu'ils en ont la possibilité.

Pourquoi ? Ce n'est pas à cause de leur prix absolu : quantité d'articles fréquemment achetés sont considérablement plus chers que ceux-là.

C'est à cause du sentiment, justifié, que le prix de ces produits est massivement et artificiellement gonflé, et que les marges sont délirantes. Bref, que c'est du vol.

Rien n'explique, dans une société industrielle développée au XXIème siècle, que des produits aussi banals à concevoir et à fabriquer, dont la matière première n'a rien de rare, soient aussi coûteux.

Rien, sinon l'abus de position dominante, l'entente tacite, la manipulation psychologique, l'exploitation éhontée d'une niche de consommables.

En volant ces produits et pas d'autres, les consommateurs signalent qu'ils ont compris l'arnaque, rendent un vol pour un vol, et tracent la ligne rouge au-delà de laquelle ils refusent de jouer le jeu.

C'est extrêmement sain et libéral, comme attitude.

De même que l'achat de produits prétendument contrefaits, qui ne devrait pas être réprimé par la loi et encore moins poursuivi par les douaniers, qui ont mieux à faire.

Le touriste qui s'offre une fausse Rolex en Thaïlande n'escroque personne : ni lui-même, ni les autres. Il sait parfaitement qu'il n'achète pas la vraie. Il refuse simplement de payer pour du vent.

Il montre qu'il a compris que le baratin de Rolex était juste ça : du baratin, et que ce n'est pas la différence de qualité entre la vraie et la fausse qui justifie la différence de prix -- et de très, très loin.

C'est juste la pub, et le sentiment de snobisme qu'elle instille. L'acheteur de fausse Rolex indique par là-même qu'il n'en a rien à battre, du snobisme.

Il fait donc, par son achat, baisser le cours des fausses valeurs qui circulent dans l'économie (la branlette publicitaire), et hausser le cours des vraies valeurs (la qualité de fabrication, la fiabilité, l'innovation technologique véritable, la beauté, etc).

Là encore, ce mécanisme correctif est extrêmement sain et parfaitement libéral.

Vous remarquerez que la crise actuelle, de la même manière, est en train de dégonfler le cours d'actifs artificiellement surévalués : les maisons, les produits financiers assis sur du vent, les Sicav de Sicav de Sicav de Sicav de que dalle, etc.

C'est la même chose avec les rémunérations excessives des très grands patrons et des financiers "d'élite".

On ne peut pas, à la fois, réclamer que les banques virtuellement en cessation de paiements fassent faillite, que les gouvernements ne subventionnent pas les entreprises qui vendent des voitures dont personne ne veut, que l'Etat n'accorde plus de prêts immobiliers à des acheteurs qui ne possèdent pas les garanties nécessaires, et refuser la déflation de la bulle spéculative des rémunérations excessives, dans les hautes sphères du patronat et de la finance.

La révolte mondiale contre le "greed" (expression américaine, notez-le bien : pas d'équivalent en français) est une conséquence durable, inévitable et bienvenue de la crise.

fboizard a dit…

«expression américaine, notez-le bien : pas d'équivalent en français»

Vous vous foutez du monde, Bob ! Et l'avidité, et la cupidité, ce ne sont pas des mots français peut-être ?

Robert Marchenoir a dit…

"Vous vous foutez du monde, Bob ! Et l'avidité, et la cupidité, ce ne sont pas des mots français peut-être ?"

Qu'est-ce qui se passe, Franck ? Des ennuis au travail ?

La traduction du mot "greed" figure dans le dictionnaire, vous vous imaginez bien que cela ne m'a pas échappé.

Mais ce sont les médias et les hommes politiques américains qui utilisent, depuis quelque temps, le mot "greed" sans arrêt, pour dénoncer le phénomène que je décris.

Ni "cupidité", ni "avidité", ni un autre équivalent ne sont rentrés dans l'usage médiatique et politique français dans ce contexte.

En France, c'est l'expression péjorative de "super-profits" qui fait partie des tics de langage. Vous noterez que ce n'est pas la même chose que "greed". Il s'agit d'une notion relative à une entreprise, pas à un individu. Et elle condamne le profit en tant que tel (ce que les Américains ne font pas), et non l'inéquité de sa répartition.

Si les médias, les politiciens et les intellectuels français devaient utiliser couramment, comme un mot-clé, le concept de "cupidité" ou d' "avidité", ils seraient forcés de reconnaître implicitement que cette accusation s'applique aussi bien aux fonctionnaires, aux syndicalistes et aux corporatistes de tout poil, qu'aux très grands patrons du privé et aux super-financiers mondialisés.

Ils devraient sortir de l'explication exclusive du monde par la grille marxiste (c'est la faute à l'exploitation capitaliste) ou la grille sociologique Degauche (c'est la faute à la société), pour prendre en compte la responsabilité individuelle de chacun, qu'il soit RMiste ou grand patron.

Ils devraient avoir une approche libérale.

fboizard a dit…

OK, j'aime beaucoup votre explication. J'avais pris votre message pour une marque de snobisme. C'est de votre faute : vous n'aviez qu'à vous exprimer plus clairement :-)

Vous avez raison, il faut faire attention aux mots, et votre vous mettez le doigt sur quelque chose de très révélateur.

Robert Marchenoir a dit…

"J'avais pris votre message pour une marque de snobisme."

Dans le genre de la réflexion de George Bush : "There's no French word for entrepreneur" ?

fboizard a dit…

Elle est excellente.

L'ambiance actuelle est à dire qu'il n'y a pas besoin de patrons et que les ambitieux sont des gens détestables, mais Michelin, Renault, Peugeot, Citroën, Dassault, Lagardère, Bolloré, Bouygues, ça serait-y pas des noms de patrons ambitieux ?