vendredi, mai 08, 2009

Hidden agenda (Martin Allen)

Je viens de retrouver ce billet dans mes brouillons :

C'est le livre précédant The Hitler/Hess deception.

M. Allen soutient les thèses suivantes :

1) Edouard VIII était un authentique fasciste voulant se mêler de la politique de son pays. C'est la raison profonde qui a poussé en 1936 le gouvernement anglais à organiser son abdication, et non son mariage avec une divorcée.

2) Tout à ses sympathies fascistes, Edouard VIII, devenu le duc de Windsor, a trahi les Alliés pendant la Drôle de guerre en fournissant à l'Allemagne, par l'intermédiaire du franco-américain Bedaux, des renseignements militaires de première importance. Il fut ainsi responsable de la défaite de juin 1940.

Le point 1) ne fait aucune difficulté : on a des discours et des photos d'Edouard VIII qui ne laissent aucun doute sur son attachement au nazisme. Churchill fut, ironie de l'histoire, un des rares politiciens à essayer d'empêcher son abdication. Il a reconnu par la suite qu'il avait eu tort.

Le point 2), l'essentiel de la thèse d'Allen, est plus problématique.

Le couple Windsor était peu sympathique (je suis gentil, en réalité, il était franchement antipathique). C'était des salopiauds égocentriques, vaniteux, cupides. Même leur entourage proche avait le plus grand mal à les trouver attachants (son secrétaire a déclaré : «Ce qui pourrait arriver de mieux [au duc de Windsor], c'est qu'il casse sa pipe. »).

De plus, le duc de Windsor était connu pour sa propension à disséminer les secrets les plus importants.

Mais cela ne fait pas pour autant une trahison fatale.

La question se subdivise en deux parties :

> le duc de Windsor a-t-il trahi, a-t-il transmis des secrets militaire à l'ennemi de son pays en pleine guerre (rappelons que dans tous les pays du monde, ce genre de choses, c'est douze balles dans la peau ou la corde au cou, au choix suivant les traditions locales) ?

> Ses secrets trahis sont-ils la cause essentielle de la défaite de juin 40 ?

Sur la première question, bien qu'il n'ait pas de preuve directe, Allen est assez convaincant. Il produit notamment une lettre, donnée par Albert Speer à son père lui aussi historien, lettre d'Edouard à «Cher M. Hitler» datée de février 1940 (donc après qu'Edouard ait inspecté les armées alliées) dont le contenu laisse plus que perplexe. Précisons que cette lettre a été expertisée et que son authenticité n'est pas été contestée.

Il y a aussi une preuve, certes indirecte mais tout de même lourde : l'acharnement, constant, méthodique, des gouvernements anglais successifs depuis maintenant presque 70 ans, à faire disparaître tous les documents concernant le duc de Windsor pendant les années de guerre. Ce comportement est assez particulier pour qu'on s'y arrête. Que veut-on dissimuler ainsi ? Compte-tenu de ce qu'on connait tout de même par ailleurs, la réponse qui vient est : on élimine les preuves du fait que la Grande-Bretagne a manqué d'avoir pour roi un traitre.

Par contre, s'agissant de la deuxième question : « la trahison d'Edouard est-elle une cause majeure de la défaite de 1940 ? », il convient d'être plus prudent.

D'une part, la connaissance des plans ennemis ne suffit pas à assurer la victoire, même si ça aide. D'autre part, de nombreux facteurs sans rapport avec des renseignements à la portée du duc de Windsor expliquent la victoire allemande.

Enfin, si il ne fait guère de doutes qu'il ait transmis des secrets importants, on ne sait pas exactement lesquels.

Tout de même, malgré ses faiblesses, ce livre est fort dérangeant : on y apprend en gros que celui qui aurait pu être roi d'Angleterre jusqu'en 1973 était un traitre au service des fascistes.

On comprend que les gouvernements anglais aient voulu effacer les traces : c'est bien plus explosif pour la famille royale et le principe monarchique que les galipettes d'une écervelée dans le tunnel du pont de l'Alma.

3 commentaires:

H. a dit…

A propos du couple des Windsor, je signale ce cycle, disponible en Poche (n° 37176, 77, 78 et 79) de Philippe Cavalier "Les ogres du Gange". Dans ce thriller historico-fantastique, assez agréable à lire, l'auteur revisite la WWII en s'inspirant du réalisme fantastique cher à Pauwells et Bergier (Le matin des magiciens). Edouard VII et sa femme n'y apparaissent pas sous un très beau jour.

François Delpla a dit…

Cette affaire est extrêmement embrouillée, et le cas d'Allen plus encore que celui de Windsor !

Il semble en tout cas que le document décisif dont vous parlez soit aujourd'hui reconnu faux.

Mais le silence des autorités britanniques depuis 2005, ainsi que l'absence de poursuites judiciaires alors que 29 faux, répartis entre les 3 livres d'Allen, sont censés avoir été glissés dans les archives publiques entre 1999 et 2004, laissent ouvertes des questions que tout gouvernement démocratique ou simplement sensé, et soucieux de ne pas refiler à ses successeurs des dossiers de plus en plus ingérables, devrait avoir à coeur de traiter.

Cf. http://www.delpla.org/article.php3?id_article=334

fboizard a dit…

Comme ma mémoire est faible ! J'ai écrit ce message que je viens de retrouver puis j'ai lu l'article que vous citez.

Or je m'en suis pas rappelé hier en publiant le message retrouvé.