samedi, décembre 12, 2009

De la nécessité pour les «managers» de s'inspirer de Napoléon

De ce que je vois et de ce qu'on me rapporte, les hauts dirigeants, ceux qui ont pour mission de diriger (truisme qu'ils oublient trop souvent), de beaucoup de grandes entreprises ont la charisme d'un verre d'eau tiède et le vitalité d'un escargot asthmatique.

Ils croient couramment que leur boulot principal consiste dans la présentation de planches Pauvre Point avec des indicateurs vert, orange, rouge, à rendre neurasthénique un élève de maternelle, et avec des tableaux de chiffres, à rendre dépressif un comptable obsessionnel, le tout assaisonné de slogans de communicants à deux balles, à pousser au suicide un ouvrier analphabète.

Posons nous quelques questions.

Napoléon utilisait-il des slogans passe-partout ? Certainement pas.

Ses phrases célèbres étaient au contraire frappantes parce qu'elles saisissaient en peu de mots l'essence d'une situation ou d'un sentiment. «Soldats, vous direz : j'étais à Austerlitz, et l'on vous répondra : voilà un brave» a tout de même une autre gueule que «a new road to competitiveness» ou autre faribole de même essence.

Napoléon faisait-il des présentations Power Point à ses généraux ? Non. Essayez seulement d'imaginer la chose et vous vous rendrez compte à quel point le management par Power Point est un anti-management, l'outil de gens qui ont peur de diriger, de se colleter, au cœur du problème, avec l'humain.

Ne tournons pas autour du pot. Les outils éprouvés pour mener les hommes sont en nombre très restreint et sont bien connus :

> Pour recueillir les avis : une bonne réunion, avec éventuellement un support écrit, mais, surtout, aucune projection, pas de planches, tout en paroles. Deux vertus à l'absence de planches : les auditeurs sont forcés d'être attentifs et l'intervenant est forcé d'être clair (si il veut être compris, ce qui n'est pas toujours le cas).

> pour prendre des décisions : le rappport, écrit, avec des vraies phrases en bon français dedans (et non un sabir massacrant l'anglais), structuré, réfléchi. Pas trois ridicules planches Power Point. Les deux rapports d'enquête sur les accidents de navettes spatiales pointent à vingt ans d'intervalle le même facteur contributif : des décisons mal étayées, basées sur des perceptions fausses, dues à un exposé des problèmes insuffisant, notamment, hé oui -c'est écrit en toutes lettres, à cause d'un abus de Power Point.

Je suis persuadé, parce que je l'ai vu, que d'aussi mauvaises décisions sont prises ailleurs qu'à la NASA pour exactement les mêmes raisons. Simplement, comme elles n'aboutissent pas à un accident spectaculaire connu du monde entier, la vie continue et personne ne se remet en cause.

> pour entraîner les troupes : le discours. L'antiquité en fournit de superbes modèles. Que nos PDGs relisent l'Iliade et l'Odyssée. Puis, l'histoire et littérature en fournissent de beaux exemples.

L'humour est également un moyen. Beaucoup de Français ont été marqués par le discours de Winston Churchill à la BBC «Nous attendons M. Hitler. Les poissons aussi.»

J'ai connu quelques professeurs qui étaient capables de tout cela. Des PDGs payés bien plus qu'eux ne se donnent pas la peine de ces efforts, soit par ignorance, soit par paresse intellectuelle, soit par incapacité.

Il ferait beau voir qu'on me reproche de leur en tenir rigueur, à eux qui sont placés si haut que l'exigence à leur égard est légitime.

Et pour ceux qui auraient oublié :

L'appel du 18 juin en Power Point

5 commentaires:

Tonton Jack a dit…

Franck,

A l'occasion lisez "Introduction à la lecture de James March" de Thierry Weil, notamment sa préface écrite par JC Thoenig.

March et Thoenig font le constat que bien souvent les managers - les vrais, ceux qui montent leur entreprise, ceux qui n'ont pas été seulement nommés - se trouvent frustrés par les manuels de management et de gestion. Ils trouvent plus souvent leur compte dans des traités de stratégie - type Sun Tzu - ou des récits de batailles - je pense notamment à Stratégie de Lidell Hart - .

Dans le même sens de ce que je pouvais écrire en réponse à votre post de Paul Fabra ou l'idée de Jacques Heers, la présentation Power Point participe à l'illusion du contrôle, de la mesure objective, de la connaissance pleine et entière.


Cordialement

Epicier vénéneux a dit…

Ca se tient, effectivement. Le manager qui a monté sa boîte en détient le capital (pour tout ou partie), il gère donc ses employés dans un contexte où son intérêt personnel recouvre entièrement l'intérêt de l'entreprise. Il mènera les hommes et ne ménagera les sensibilités que dans des limites acceptables: son idéal n'est pas le bien-être de tous mais celui de sa boîte et le sien.

En revanche, l'objectif du manager nommé est de conserver son emploi; par comparaison, il passera beaucoup plus de temps à gérer les tracas de ses employés qu'à les manager dans leur travail. Il est coincé entre les attentes de son boss et celles de ses subalternes: si ça crie trop souvent en haut, il dégage; si ça crie trop souvent en bas, il dégage aussi.

Il se trouve forcé de faire un peu de clientélisme.

Allez, osons l'écrire: on passe d'un management "à la papa" à un management "à la maman".

Lolik a dit…

Franck, vous oubliez les smileys destinés à faciliter le passage des tableaux de chiffres aux conclusions ! (vu de mes yeux vu, au comex d'une grosse entreprise). D'ailleurs aucune réunion ne se tient plus dans remise du support pp qui facilite les accords ; car il est beaucoup plus difficile de contester l'écrit qui s'impose bien plus facilement qu'un raisonnement déroulé oralement. Quant aux slogans à la manière de Napoléon, ils feraient carrément peur...

fboizard a dit…

Power point est un outil commercial, vicieux dès qu'il est utilisé comme aide à la décision.

D'une réunion, il est toujours loisible de faire un compte-rendu, pas besoin de ppt pour cela.

Si Napoléon vous chagrine, on peut évoquer Shackelton.

Chantal Bossé a dit…

Franck,

Bien que je sois une professionnelle de la présentatique, je suis d'accord avec vous qu'une présentation PowerPoint n'est pas toujours le meilleur outil de communication. Toutefois, le problème ne réside pas dans l'outil mais bien dans la façon de l'utiliser et dans la préparation du message à diffuser à notre auditoire. Le meilleur outil au monde ne donnera aucun résultat si le présentateur n'a pas pris le soin de bien structurer son message et de réfléchir aux attentes des gens à qui il doit présenter.