dimanche, mai 23, 2010

De Gaulle : la grandeur et le néant (D. Venner)

Dominique Venner accuse De Gaulle d'être en grande partie responsable de la mort de la France(élites dénationalisées, invasion migratoire, mœurs puériles). La question mérite assurément d'être posée, puisque notre agonie devient visible avec Giscard, soit cinq ans seulement après que De Gaulle eut quitté le pouvoir.

Voyons l'acte d'accusation :

> Dominique Venner est pétainiste. Il considère que l'armistice était inévitable et que le gouvernement de Vichy était légitime.

> la résistance pétainiste au sein de l'armée a fait plus que la résistance gaulliste.

> De Gaulle était un diviseur qui, pour s'imposer, a entretenu un climat de guerre civile par deux fois (aussi à propos des affaires d'Algérie). Et, par deux fois, il a favorisé la gauche pour éliminer ses adversaires de droite. Le reproche principal de Venner est là : De Gaulle a usé de ses immenses talents politiques pour sa grandeur, qu'il confondait abusivement avec celle de la France.

> De Gaulle avait une idée abstraite de la France , «une certaine idée», et méprisait son peuple («les Français sont des veaux»), ce qui a préparé la dénationalisation des élites, toute en mépris du peuple français (n'est pire insulte que populiste). Notons que De Gaulle, en disant à Peyrefitte que la France est «une nation de race blanche et de culture grecque et latine», était mille fois plus concret que les traitres qui nous tympanisent avec les «valeurs de la raie publique» et le «pays des drouâdelôme». En même temps, il accuse De Gaulle d'avoir négliger la force des idées et d'avoir laissé les gauchistes infiltrer la fonction publique et notamment l'éducation, avec les ravages qu'on voit aujourd'hui.

Les deux premières accusations sont controuvées. En revanche les deux dernières méritent examen. Venner est là sur un terrain beaucoup plus solide.

On trouvera étrange que les autres nations européennes, qui n'ont pas eu un De Gaulle, soient touchées des mêmes maux que nous.

4 commentaires:

Criticus a dit…

La plus grande erreur de De Gaulle, outre d'avoir donné l'école et l'audiovisuel aux communistes (remplacés par les gauchistes après Mai 68), est de ne pas avoir su assurer sa succession. D'où le fait que, de sa mort en 1970 à 2007 (l'élection de Sarkozy ayant jeté la dernière pelletée de terre sur le cercueil du gaullisme), soit pendant près de quarante ans, De Gaulle ait servi de prétexte pour tromper les Français avec un patriotisme de technocrate : en gros, pour un gaulliste post-De Gaulle, la France, c'est la Sécu et les retraites par répartition (alors même que ces systèmes collectivistes existent dans tous les pays européens). Il n'y a qu'à écouter Villepin parler de la France pour s'en convaincre. Je pense que De Gaulle avait une autre idée de la France, même s'il ne l'a sans doute pas vraiment définie.

Mais de toute façon, comme vous le notez en conclusion, le problème est plus large : tous les pays occidentaux sont entrés en décadence. De Gaulle a fait ce qu'il a pu pour prolonger la respiration artificielle du mourant.

Anonyme a dit…

Il faut lire le compte-rendu, par Alain Peyrefitte, des conseils des ministres présidés par de Gaulle, ainsi que des innombrables entretiens individuels qu'il a eus avec lui, en tant que ministre de l'Information (trois tomes).

C'est passionnant. On a l'impression de revivre cette époque de l'intérieur.

Et ce livre va tout à fait à l'encontre de la thèse exposée ici. D'accord, il est écrit par un admirateur du Général, mais il est basé sur les notes prises pendant le conseil de ministres, et immédiatement après ses entretiens. Notes confrontées aux archives dans un certain nombre de cas.

Emmanuel a dit…

"dénationaliser les élites"

Dans l'excellent livre de Peyrefitte, de Gaulle dit justement qu'il faut "nationaliser" les enseignants, c'est-à-dire les débarrasser de l'esprit coporatiste, briser le pouvoir des syndicats et faire que le système éducatif soit vraiment au service de la nation. Hélas, Mai 68 a brisé ces velleités.

Dire que de Gaulle a divisé le pays par deux fois, c'est une drôle façon de voir les choses. En 1940, tout le monde était pétainiste. Mais dès 1942 et à cause de la politique de collaboration à outrance, ce régime avait perdu toute crédibilité. Et Pétain en est responsable, autant que Laval, c'est une vétité historique.

Quant à la guerre d'Algérie, seul de Gaulle a su y mettre fin, c'est aussi une vérité historique.

Au fond, les idéologues de tout poil (de droite, de gauche, libéraux ou autres) détestent de Gaulle car celui-ci a toujours honni les idéologies, se contentant de croire aux vraies valeurs : amour de la nation, refus de la fatalité, sens de la grandeur, etc... Son idéologie, c'était la défense du bien commun et la croyance que la France existait encore, mais en refusant le nationalisme xénophobe et passéiste. Un anti-Maurras.

En cela, de Gaulle n'a fait que reprendre l'histoire de France. Mais il était trop grand pour son époque et son pays.

Criticus a dit…

Emmanuel, personne ici ne remet en cause la grandeur de De Gaulle.

Mais il faut bien reconnaître que De Gaulle n'avait pas prévu que la structure qu'il contribuait à consolider (l'Éducation nationale) ne pouvait que lui échapper, noyautée qu'elle était par les marxistes...