dimanche, mai 29, 2011

AF 447 : la philosophie Airbus

Dans mes précédents billets sur AF 447, j'évoque la philosophie Airbus. Il est probablement nécessaire que j'explicite.

La philosophie Airbus tient en ceci : dans les conditions habituelles, le plus grand danger pour l'avion, c'est le pilote. Il faut donc protéger l'avion du pilote. Mais, dans les conditions inhabituelles, quand l'ordinateur est dépassé par les événements, on est bien forcé de lui redonner l'autorité. Autrement dit, les Airbus ont une différence fondamentale de comportement entre le domaine normal et le hors-domaine.

Ceci fait que la loi de secours, la fameuse «alternate law» que vous trouvez dans tous les rapports, est radicalement différente de la «normal law». Par exemple, en «normal law», le manche en butée latérale donne un taux de roulis constant et limité (je ne me souviens plus bien des chiffres : 5°/s ?). La même action en «alternate law» donne le taux de roulis maximal (30 °/s ?). Deux actions identiques, deux réactions différentes, c'est anti-ergonomique au possible. Mais c'est la conséquence inévitable de la philosophie Airbus.

Et ça marche : depuis les années 70, arrivée d'Airbus sur le marché, le taux d'accidents s'est écroulé.

Et en plus, ça arrange beaucoup de monde : en «normal law», on n'a plus besoin de pilotes mais de gestionnaires de système. C'est plus facile à trouver.

Un gestionnaire de système, c'est un petit con qui sort d'école d'ingénieur et qu'on forme en 200 h de vol (dont la moitié de simulateur) et on peut le mettre aussitôt sur un parcours intercontinental alors qu'un pilote coûte 350 h de vrai vol et qu'il y a une progression dans l'expérience (court courrier, moyen courrier, long courrier). J'ai déjà évoqué ce problème de formation.

Les compagnies aériennes n'ont tout simplement plus les moyens de s'offrir de vrais pilotes. C'est la contrepartie du fait que l'avion est le moyen de transport le moins cher au kilomètre sur grandes distances.

L'évolution va être intéressante à suivre. La suite logique consiste évidemment à supprimer le pilote. On n'a pas fini de s'empoigner dans de violentes polémiques.

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Nota : je ne comprends pas l'ordre à cabrer du pilote d'AF447 après que les pitots se soient fait malle. Cet ordre provoque le décrochage fatal, mais pourquoi cet ordre ? Bien sûr, le BEA, fidèle à son habitude de soumission aux puissants, présente les choses de manière à tout mettre sur le dos des pilotes. Ce n'est pas si clair.

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