vendredi, février 03, 2012

Droite et gauche font l'impasse sur l'État-nation en crise

La chronique d'Ivan Rioufol

Le courage, parlons-en! Tous les prétendants à l'Élysée s'en réclament, mais peu le pratiquent. Il y a certes plus de témérité chez Nicolas Sarkozy quand il annonce une augmentation de la TVA à la veille de sa campagne que chez François Hollande quand il joue sa partition bonhomme avec son: «J'aime les gens.» Cependant, être en empathie avec les Français oblige à les entendre. Or, ils ne se plaignent pas seulement de leurs difficultés économiques, comme l'assure le discours dominant. «La compétitivité des entreprises nationales est au cœur du malaise hexagonal», écrivait lundi l'éditorial du Monde. En réalité, le mal-vivre est plus profond. Il est celui d'une nation qui doute de sa cohésion, à force d'avoir été abîmée par indifférence. Cette détresse, qui l'entend?

Se méfier des illusions d'optique: la bipolarisation,qui oppose à nouveau l'UMP au PS sur fond de courbes, de taxes et d'avis d'experts, masque l'autre débat qui fait causer la France silencieuse sur sa propre place dans son propre pays. Ils sont nombreux à ne pas se reconnaître dans les programmes aseptisés qui font croire que les financiers sont la cause de nos maux et que seul le prix de l'essence nous tourmente. Gauche et droite ne rendent pas compte de la masse de ceux qui vivent mal les bouleversements causés par trente ans d'oubli de soi et de saccages de l'État-nation, ce «chef-d'œuvre de la Révolution française» (Jean-Claude Barreau, Sans la nation, le chaos, Éditions du Toucan).

Le phénomène le plus spectaculaire et le plus occulté est celui que l'écrivain Renaud Camus nomme Le Grand Remplacement (Éditions David Reinharc); c'est-à-dire les substitutions de population qui s'opèrent, avec la stupéfiante abdication de tous, dans certaines villes et certains territoires et qui tournent le dos au processus d'assimilation constitutif de l'unité nationale. Cette persistante immigration de peuplement, qui fait surtout venir une civilisation islamique légitimement fière de sa puissance, fragilise la nation bâtie sur l'adhésion à une culture commune. Or ce risque est ignoré par les élites, tandis que des autochtones en sont parfois à devoir céder la place.

Les propos, sanctionnés, du président du club de rugby de Toulon, Mourad Boudjellal, assurant que le rugby français est «raciste» et «à l'image de la France franchouillarde et conservatrice» sont de ceux qui peuvent s'entendre chez les minorités, encouragées par l'idéologie antiracisme à défendre leur «visibilité» et à exiger des autres le respect dont elles s'exonèrent. Ces arrogances contre les «Français de souche» sont des agressions d'autant plus insupportables qu'elles sont excusées par une palanquée de sociologues, démographes ou politologues qui ne veulent voir de victimes que chez les immigrés ou leurs descendants. Qui, chez les candidats, aura le courage de dire: «Ça suffit!»?

Discours biaisés
Cette amorce de changement de peuple est encore maîtrisable. Encore faudrait-il que les politiques s'en inquiètent et ne laissent pas à Marine Le Pen le monopole du diagnostic et des réponses. Le courage fera l'élection. Mais il oblige les prétendants à sortir du discours biaisé qui permet, par exemple, à François Bayrou d'évoquer, à côté de la crise économique, celle de «la transmission» sans oser creuser la réflexion. Elle conduirait pourtant à s'interroger sur le renoncement de la République à faire valoir sa propre histoire, et sur le refus de certaines communautés de se plier à la démocratie laïque. De semblables euphémismes s'alarment des crises du logement, de l'emploi, de la banlieue, de la laïcité, de l'éducation, des jeunes, de l'autorité, de la sécurité, de la civilité, des prisons, du vivre ensemble, en prenant soin de les détacher du réel pour les rendre incompréhensibles.

Et gare à celui qui oserait émettre l'hypothèse d'une relation entre ces désordres et l'immigration irraisonnée, le repliement «hallal», voire l'islam radical et ses appels au djihad qui ont valu au mouvement Forsane Alizza de se faire interdire par Claude Guéant. La pensée clonée s'interdit ces incursions, tandis que les dénégateurs professionnels, diplômés en sciences sociales, ont toujours à leur disposition un média pour pouvoir dénoncer les fantasmes et la xénophobie des sonneurs de tocsin. Ils disent: l'immigration n'est pas massive (François Héran), la violence des cités est un mythe (Laurent Muchielli), l'intégration fonctionne (Emmanuel Todd), Sarkozy est le coupable (Patrick Weil). Mais qui écoute le maire (UMP) de Montfermeil, Xavier Lemoine, quand il déclare, confronté à l'implantation de l'islam: «La République court à la catastrophe»?

Le conservatisme de Hollande

La campagne ne peut faire l'impasse sur cette crise identitaire, bien plus grave que celle de l'endettement. Dominique de Villepin, Hervé Morin, Jean-Pierre Chevènement, qui croyaient avoir la bonne attitude en courtisant «la France de la diversité», ne trouvent pas l'écoute des gens qui s'éloignent pareillement d'Eva Joly et de sa méconnaissance de l'âme française. Le même sort attend probablement Bayrou s'il persiste à tourner autour du pot sans oser dépasser son programme économique. S'il y a un sentiment conservateur dans la société, il est dans la réaction de survie qui gagne la classe moyenne attachée à son héritage culturel. En ce sens, le conservatisme de Hollande, qui veut préserver un État-providence qui ne fonctionne plus sans chercher à consolider un État-nation qui se disloque, est à l'image du PS qui raisonne à l'envers. Dimanche, c'est Sarkozy qui a louangé le socialiste allemand Gerhard Schröder, dont le réformisme inspire davantage le chef de l'État que le candidat socialiste. Ce dernier à déjà épuisé ses cartouches dans la défense d'un modèle dépassé…

Deux yeux grands ouverts

Le programme économique de Marine Le Pen, qui veut notamment rétablir la retraite à 60 ans, est une autre manière d'ignorer les réalités, économiques cette fois. La France a besoin d'un candidat ayant les deux yeux grands ouverts. Introuvable?

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