samedi, avril 14, 2012

Présidentielles : le piège mortel du consensus mou

Je suis en train de lire Les décisions absurdes, tome 2, de Christian Morel. Aussi passionnant que le premier tome paru il y a dix ans, il donne des pistes inspirées par l'aéronautique, les centrales nucléaires, les sous-marins, les salles d'opérations et ... l'écriture de pièces par le théâtre du Splendid pour éviter les décisions absurdes.

Le vrai consensus est un moyen d'aboutir à des décisions très robustes. Le vrai consensus s'obtient en encourageant, et même en récompensant, l'expression des objections et en examinant celles-ci loyalement et à fond.

A l'inverse, le consensus mou peut mener à des décisions totalement folles. Le consensus mou s'obtient en faisant taire les objecteurs. La validité de la décision ne vient plus de ce qu'elle a résisté à l'épreuve de la contestation mais de ce que personne n'ose la contester.

Et cette décision dépourvue de robustesse est extrêmement difficile à mettre en cause puisqu'elle est supposée, à tort, avoir fait l'unanimité suivant le principe faux «qui ne dit mot consent». Le consensus mou est identifié comme une des causes majeures des deux accidents de navette spatiale. A tel point que la NASA, s'inspirant de ce qui se passe dans les sous-marins nucléaires, a institué le rôle d'avocat du diable, qui est chargé officiellement de contester chaque décision.

La politique française est, à l'évidence victime de consensus mou. Elle repose sur trois piliers très contestables :

> l'Etat est la source de tout bien, de toute justice, de toute beauté, de toute prospérité. L'Etat est sage, clairvoyant et désintéressé.

> «big is beautiful», l'Europe bruxelloise est le seul avenir de la France.

> l'immigration est une chance pour la France.

Or, la contestation de ces trois piliers n'est pas tolérée : on est dans le consensus mou, facteur de décisions absurdes, et non dans le vrai consensus.

L'exemple caricatural en est le procès Zemmour : non seulement l'objection de Zemmour vis-à-vis de l'immigration n'a pas été examinée de manière loyale, mais son expression, bien loin d'être encouragée, a été sanctionnée d'un procès perdu.

Le tour de force de la gauche d'avoir réussi à s'ériger en arbitre des élégances politiques et à délégitimer toute idée qui ne vient pas d'elle est certes digne d'admiration, mais il est mortifère. Il institue dans l'espace public des tabous qui font qu'on a jamais le choix qu'entre une décision de gauche et ... une décision de gauche.

Après, il n'y a pas lieu de s'étonner que la politique française se meuve dans un univers irréel propice à toutes les folies.

Le premier pas pour retrouver notre intelligence, c'est-à-dire des décisions robustes, est de permettre sans retenue l'expression de toutes les opinions.

On doit être légitime à dire publiquement, c'est-à-dire au journal de 20 h, qu'il faut renvoyer les immigrés dans leurs pays d'origine, qu'il faut sortir de l'UE ou licencier des fonctionnaires.

Mais, hélas, je crois que ce n'est pas demain la veille que nous retrouverons une telle liberté et nous sommes donc condamnés à subir des décisions politiques fragiles, n'ayant pas surmonté l'épreuve de la contestation.

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