mardi, septembre 25, 2012

Communisme de marché et libéralisme

Natacha Polony s'est récemment ridiculisée face à Alain Minc en évoquant la trop fameuse loi de 1973 et la "bonne" inflation. C'est dommage : elle était bien partie en évoquant le "re-vote" du traité de Lisbonne et le mépris des peuples des européistes.

Eric Zemmour est à peu près sur le même genre de ligne, pour le moins grossière. C'est un socialiste souverainiste, mais socialiste quand même.

Les seuls journalistes un peu connus authentiquement libéraux et pensant l'économie avec quelque intelligence sont Ivan Rioufol et Yves de Kerdrel.

Ce qui manque aux Polony, Zemmour et consorts, calés en philosophie mais "café du commerce" en économie, c'est un concept leur permettant de saisir et d'interpréter le monde économique actuel, afin qu'ils dépassent la répétition des conneries à la mode.

Or, ce concept existe, c'est le communisme de marché (lire le livre du même nom). Une fois qu'on a compris ce concept, la lumière vient facilement : on comprend que ce que beaucoup appellent sans rime ni raison "ultralibéralisme" n'est en réalité que le communisme de marché.

Pour faciliter la réflexion, j'ai fait un petit tableau comparatif que mes amis commentateurs enrichiront à leur gré. Vous comprendrez aisément que le communisme de marché se trouve plus près du communisme marxiste que du libéralisme.



Communisme de marché
Libéralisme
L'homme
Producteur-consommateur

Tout ce qui l'empêche de produire et de consommer est un obstacle à son épanouissement.

Tous les hommes ayant les mêmes besoins   matériels, ils sont fondamentalement identiques.
L'homme est doté d'un libre-arbitre, qui a pour contrepartie la responsabilité.

Il doit être mis en situation de les exercer.
La société, la nation, la culture, les traditions
Les particularismes sont des obstacles archaïques au développement du marché, donc à l'épanouissement de l'homme.
L'ordre spontané est celui qui s'établit lorsqu'on laisse les hommes interagir.

A ce titre, la société, la nation, la culture, et les traditions sont des dépots du temps qu'il convient de respecter sans les deifier.
Le pouvoir
Une élite éclairée, basée à Bruxelles, Paris ou New-York, dont fait partie M. Minc, est chargée de délivrer les peuples englués dans leurs mauvaises habitudes.
Les décisions doivent se prendre au plus près des acteurs, c'est le principe de subsidiarité.

Maximum de liberté, minimum d'Etat.
L'économie
Le libre-échangisme salvateur doit être promu d'en haut, par l'Etat éclairé par l'élite.

C'est pourquoi un communiste de marché comme Minc ne voit pas de contradiction entre la promotion de la mondialisation et 56 % du PIB en dépenses publiques.
Laisser le maximum de liberté aux  acteurs permet de faire le meilleur usage de l'information disponible.

C'est vrai dans tous les domaines, pas seulement l'économie.
L'avenir
Le grand marché universel fera advenir l'homme nouveau, heureux comme un veau à l'herbage.
Le libéralisme ne se pose pas la question de prédire l'avenir, il n'est pas un messianisme.

Exemples
Chine (pas un hasard que la Chine toujours dirigée par des gens qui se réclament du communisme se sente très à l'aise dans le communisme de marché), USA, France, UE
Nouvelle-Zélande, Australie, Lettonie, Pologne (pas un hasard non plus que des pays authentiquement délivrés du communisme marxiste ne tombent pas dans le communisme de marché)


On voit bien que les dadas de Mme Polony, abolition de la loi de 1973 et "bonne" inflation, reviennent à étendre encore plus la place de l'Etat et à l'aider à promouvoir le le libre-échangisme, étendant encore l'empire déshumanisant du communisme de marché.

Si elle avait fréquenté ce blog avant d'interroger Alain Minc, elle l'aurait interrogé sur la contradiction qu'il y avait à promouvoir l'échange à l'extérieur et à étendre à l'intérieur l'emprise des bureaucraties bruxelloise et parisienne, là même où M. Minc et ses semblables prospèrent.

On ne saurait trop conseiller à Mme Polony la lecture de Bastiat, c'est un délice, ou celle d'Hayek, plus pénible mais nourrissante pour l'esprit.

La lecture de Boudon et Nemo, nos Dupond et Dupont de la sociologie libérale française est aisée et instructive.

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