samedi, janvier 12, 2013

Quand les commentateurs de la Lime font des découvertes (2)

Curmudgeon

Ce n'est pas tout. Le 1er janvier 2012, François Bayrou fait un discours à Clermont-Ferrand, et il y dit : "Eh bien, excusez-moi de le dire, nous avons fait la Révolution, nous avons inventé la République et la démocratie, pour une raison toute simple, c'est que nous ne voulons plus que l'on nous dicte nos choix !"

Robespierre lui-même affirmait que la France était animée par "cette ambition généreuse de fonder sur la terre la première République du monde" (discours du 8 thermidor an II, 26 juillet 1794). Parmi les auteurs qui citent le passage dont j'extrais cette phrase (passage qu'on trouvera facilement, il est typique de la sentimentalité de Robespierre), figure l'écrivain communiste André Stil, chez qui on la trouve dans un livre intitulé sobrement Quand Robespierre et Danton inventaient la France (Grasset, 1988).

On rencontre facilement ici et là un complexe vague d'idées selon lequel la France est véritablement apparue sous sa forme plénière et lumineuse à la fin du XVIIIe siècle. Elle est vue comme le résultat d'une création, d'une invention, d'une construction. Ainsi le journaliste Michel Faure, alors grand reporter à L'Express (au cours de sa carrière, il a travaillé à l'AFP, à Libération, au Monde, etc.), écrit en 1993 : "Comment, alors, recoudre le tissu social, retrouver des repères? Comment y voir clair? En allumant nos lumières, peut-être, comme lors du siècle du même nom, lorsque les hommes, libérés des interdits et des peurs d'un long Moyen Age, ont inventé la France et trouvé les chemins de la modernité." Cette idée est d'autant plus frappante que Michel Faure est, avec François Clauss, l'auteur du livre "Georges Duby, An 1000, an 2000, sur les traces de nos peurs" (1999).

Un petit glissement de plus, et "la France" est assimilée à un bouquet d'institutions politiques et administratives, d'où cet ouvrage : "Quand Napoléon inventait la France, Dictionnaire des institutions politiques, administratives et de cour du Consulat et de l'Empire" (2008). Je sais que c'est une formule, un titre qui claque, mais n'empêche, c'est un peu gros.

Il est vrai que les Français ont été dûment chapitrés : c'est l'Etat qui a fait la France. Pour ceux qui ont une vision de l'histoire légèrement plus profonde temporellement que François Hollande, ça commence avec les rois. Mais, de toute façon, ça justifie l'adulation dont l'Etat (c'est-à-dire, de fait, ceux qui l'occupent) doit faire l'objet. Un seul exemple, dans un grand discours à Tours de Sarkozy (et, je suppose, Henri Guaino), en 2007 : "Servir la France, servir la République, c'est d'abord servir l'État. Parce que c'est l'État qui a fait la France. C'est l'État qui a forgé la nation et qui en a maintenu l'unité. L'effondrement de l'État a toujours coïncidé en France avec l'effondrement de la nation."

J'aimerais assez connaître qui a forgé cette théorie de l'Etat qui a fait la France, aux implications nettement autoritaires, et historiographiquement discutable. D'ailleurs on peut tout aussi facilement dire, dans cette perspective, que c'est l'Etat qui a fait l'Italie, c'est l'Etat qui a fait l'Allemagne, et même que c'est l'Etat qui a fait l'Angleterre, parce que quand Æthelstan, roi du Wessex, a conquis le royaume Viking de York en 927, il est devenu le premier "roi des Anglais".

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Ce commentaire de Curmu est important car 90 % des Français et 100 % de la classe jacassante sont persuadés de cette légende : c'est l'Etat qui a fait la France et servir la France, c'est servir l'Etat c'est-à-dire servir les hommes de l'Etat (Guaino est un connard de compétition : c'est l'exemple-type de l'homme de l'Etat qui pense que cette qualité suffit à lui le donner le droit d'exiger que les Français soient à ses pieds).

C'est ce que leur répètent l'école «républicaine», c'est-à-dire gauchiste et étatiste, depuis un siècle et, avec une unanimité touchante, toute la classe jacassante (c'est une scie du discours zemmourien). Cette théorie était soutenue par un certain Charles De Gaulle dans tous ses écrits. Heureusement, il s'est empressé de ne pas la mettre en application le 17 juin 1940 (notons bien qu'à cette date le gouvernement français est encore parfaitement légal et que, si la France c'est l'Etat, et vice-versa, il aurait du rester à Bordeaux).

En réalité, ce sont les Français qui ont fait la France et l'Etat a suivi. Quand il a mis la France bien dans la merde, Louis XIV n'a pas lancé un appel dans toutes les administrations pour que les fonctionnaires se mobilisent, il a fait lire une lettre dans toutes les paroisses et c'est aux Français qu'il a fait appel. La France n'a jamais été si prospère et si enviée que les rares fois où l'Etat lui a lâché la grappe.

On peut même écrire l'histoire de France comme celle des efforts des Français pour réparer les conneries des hommes de l'Etat.

Les Anglais, qui adorent se moquer de nous, l'ont compris, eux, puisqu'ils disent souvent : «Les Français sont très forts : ils arrivent à survivre à leur Etat».

J'ajoute du Bruno Bertez :


Bruno Bertez : Sur le fascisme…et ses variantes
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 10/01/2013 (en Français texte en français )
→ lien

Je définis le fascisme comme la tentative d’arrêter l’histoire, de nier les contradictions et les antagonismes entre les groupes sociaux en imposant la parole du maitre censé détenir la vérité et ainsi se poser comme légitime à employer tous les moyens, y compris la violence pour gouverner.

Le fascisme dans son essence, c’est la parole du maitre, que ce maitre gouverne au nom de la droite, de la gauche et surtout du centre. C’est la négation des oppositions et des contradictions, le refus des différences qui définit le fascisme, parole ou pouvoir unificateur, réducteur, constructiviste.

Le Monti et sa position sont dans la grande lignée fascisante italienne du soi-disant pouvoir qui ne serait pas politique, mais serait de celui qui sait, au-dessus des partis.

Contrairement à ce que pensent les idiots MSM, on est plus près du fascisme avec Monti qu’avec Berlusconi.

Le centrisme et l’union nationale, c’est la racine du fascisme. Ce mariage de la carpe et du lapin est produit par une mystification, un tour de passepasse au nom d’un soi-disant intérêt national qui n’est en l’occurrence que l’intérêt de l’Internationale noire kleptocratique.

L’enjeu de la crise, c’est la reproduction ou non de l’ordre social des trente dernières années, c’est: qui va payer, qui va être laminé, qui va sortir vainqueur ?

Et les gouvernements gris, mi carpes mi lapins, centristes, recentrés, ou tout ce que l’on veut, sont là, pour gérer les mystifications, la propagande, qui permettent de faire en sorte que les peuples soient perdants, les classes moyennes abaissées et que l’élite klepto avec ses laquais politiques et administratifs restent en place. En place pour faire leur besogne de containment.

C’est tout l’enjeu du combat pour les classes moyennes, ce combat doit faire en sorte qu’elles ne tombent pas du côté des ultras riches et de la finance klepto, qu’elles prennent conscience du fait qu’elles sont en train de se voir imposer la régression pour sauver les ultras riches.

Le recentrage, maintenant manifeste de Hollande, porte donc le nom de
social-libéralisme, ce qui est exactement le positionnement du journal Libération, défenseur de Cahuzac, qui appartient à Rothschild. Le journal appartient à Rothschild, pas Cahuzac…

Le social libéralisme, c’est l’ordre klepto avec la liberté des mœurs, la mise en valeur de la marginalité, dans le cadre d’une alliance sociale antidémocratique des gens qui ne produisent rien et jouissent de la répartition.

Il y a peu de CGTISTES qui lisent Libé. Le Libé qui était auparavant financé par les vieilles familles Schlumberger.

Sitôt qu’un complément est accolé au mot socialiste, il y a danger. Si vous ne m’avez pas compris, je précise. Le socialisme tout seul, cela a un sens ; le socialisme fabien, c’est déjà louche; le socialisme libéral, c’est encore pire; le social blairiste, cela craint et le national-socialisme, je ne vous fais pas un dessin.

Ou le socialisme ose être ce qu’il est, une première gauche, ou il mystifie pour conquérir le pouvoir avec le masque de la deuxième gauche et, dans ce cas, il est prisonnier des intérêts qui lui ont facilité l’accès.

Mélenchon porte une responsabilité énorme dans la situation en cours de dérive que nous connaissons, sa formation d’ex-philosophe qui a cessé de penser le coupe des réalités, il glose, et passe à côté de tout. Son analyse éructative de la politique des Cahuzac et consorts est pitoyable. Aucune structure, articulation, aucun ancrage. Des mots creux et sans portée comme ceux de socio libéraux.

Le progrès, ce n’est pas l’arrêt de l’histoire et le règne de la parole du maitre Monti, Hollande ou d’un Cahuzac. Le progrès ne vient pas d’en haut, il vient de l’interaction des individus qui composent la société, interaction efficace malgré les intérêts égoïstes, pour faire surgir un système plus satisfaisant car plus adapté. Le progrès ne se définit pas, ne se détermine pas, il résulte des adaptations successives des citoyens libres, préoccupés de leurs intérêts, de ceux de leurs proches et de ceux de leur communauté. Le progrès est, voilà le grand mot, une résultante qui échappe à ceux qui prétendent le conduire.

Le progrès de l’internet, de Google, de Facebook ne doit rien à Obama. Ce que l’on doit à Obama, à ses prédécesseurs et aux pouvoirs politiques en général, c’est le désastre des carburants bio, le désastre du solaire, le désastre de la voiture électrique Tesla, le sauvetage des banques, tous consommateurs de richesses transformées en gaspillage. Ce que l’on doit à ces gens, ce sont les guerres, le mal être généralisé, la vie pourrie et l’exploitation par le biais de la finance klepto.

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