mercredi, février 27, 2013

La Bataille de l'Atlantique ou le problème du diplodocus qui pète


Je suis en train de lire Engineers of victory.

Le chapitre sur la Bataille de l'Atlantique me rappelle une réflexion que je m'étais déjà faite en lisant The right of the line.

On peut argumenter avec quelque raison que la Bataille de l'Atlantique, étalée sur deux ans, est la bataille décisive de la seconde guerre mondiale.

En effet, Churchill s'est débrouillé pour ne pas perdre la guerre en mai 1940, mais il aurait très bien pu la perdre au printemps 1943, dans les eaux de l'Atlantique. Si la Grande-Bretagne avait été condamnée à la famine, la reconquête de l'Europe n'aurait pas été possible et même la bombe atomique, rare et prête seulement en 1945, aurait été insuffisante.

Churchill lui-même a écrit que ce fut son inquiétude constante. Un seul chiffre permet de comprendre : les U-boote ont coulé en 1942, rien que dans l'Atlantique, 5,7 millions tonnes, l'équivalent de cent paquebots France. C'est un  taux d'attrition phénoménal, que même l'Amérique industrielle ne pouvait compenser (à cette date). S'il avait continué, la Grande-Bretagne aurait du cesser le combat, faute de bateaux et de marins, avant que la montée en puissance industrielle des Etats-Unis puisse lui venir en aide.

On pourrait donc en conclure, naïvement, que la Bataille de l'Atlantique bénéficiait de toutes les priorités dans l'attribution des moyens matériels et humains. Hé bien, pas du tout. C'est le problème du diplodocus qui pète : Pierre Desproges disait que "le diplodocus était tellement gros qu'il ne s'entendait même pas péter".

La tête, l'Etat-Major Impérial, avait décidée que la Bataille de l'Atlantique était primordiale, mais "Bomber" Harris, avec sa forte personnalité, avait réussi à manoeuvrer de manière à ce que cette décision ne descende pas dans les étages inférieurs de la Royal Air Force.

Le Bomber Command, à la stratégie douteuse, moralement, politiquement et militairement (1), a continué de bénéficier de la priorité dans l'attribution des hommes et des matériels, alors que l'on sait, rétrospectivement, que la balance a basculé dans l'Atlantique quand le Coastal Command a commencé à passer de la misère à la pauvreté.

Il a d'ailleurs fallu une grosse colère, in extremis, à l'Etat-Major Impérial pour que ce brin de générosité pour le Coastal Command prenne corps.

Le cas est intéressant : voilà une bataille décisive, qui met en jeu l'existence même du pays, les dirigeants en ont conscience et, pourtant, à cause d'une forte personnalité aux échelons inférieurs, les décisions sont détournées.

Ce n'est pas sans rappeler certains points de The Essence of decision, sur la Crise de Cuba.

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(1) : on peut se demander si l'effort gigantesque pour bombarder les populations civiles allemandes a raccourci la guerre d'un seul jour. Retenez ce chiffre hallucinant : le Bomber Command a perdu plus d'officiers que l'armée de terre britannique pendant le première guerre mondiale.





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