samedi, février 02, 2013

Quand l'assistanat freine la reprise de l'emploi


Quand l'assistanat freine la reprise d'emploi...

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Les chômeurs veulent-ils tous travailler, se demandent bien souvent les politiques de droite en y répondant par la négative. L'exemple qui suit, malheureusement, leur donne raison dans un pays qui compte plus de 5 millions de demandeurs d'emploi, toutes catégories confondues. O2, le leader en France des services à domicile (142 agences sur le territoire, 8000 salariés en CDI, 30.000 familles clientes), propose ainsi depuis début décembre 100 emplois d'assistante ménagère en CDI à temps plein, partout en France, avec voiture de service, GPS, salaire au smic et possibilité de faire des heures sup, prime de performance... Et surtout, pour celles qui en auront envie et en démontreront la capacité, la possibilité d'évoluer rapidement vers des postes d'encadrement. "40% de nos encadrants sont issus de la promotion interne", confirme le jeune et désormais barbu PDG de O2, Guillaume Richard, qui rappelle que 4 de ses responsables d'agence sont d'anciennes intervenantes.

O2_home_services.pngEt bien devenez combien O2 a pourvu de postes au bout de deux mois alors que Pôle emploi estime à 400.000 le nombre de personnes inscrites au chômage qui ont coché le case des services à domicile comme projet professionnel ? Combien ? Au 1er février 2013, sur les 100 postes proposés, seuls 18 ont été pourvus. 18, soit 18% !"Dans le même temps nous avons reçu beaucoup de candidatures pour des temps partiels, remarque Guillaume Richard. Mais insuffisamment pour répondre à nos besoins.Pour information, nous prévoyons de recruter 5.000 personnes en 2013 mais seulement si nous arrivons à trouver les candidats. Chaque année, nous pourrions créer des centaines d'emplois de plus si nous avions les candidats". Pour mémoire, la France compte chaque mois de plus en plus de chômeurs et le record de janvier 1997 (3,2 millions d'inscrits en catégorie A) devrait être battu dans les prochains mois...

Pourquoi un tel paradoxe, une telle déconnexion ? Pour Guillaume Richard, la réponse est évidente et tient en un seul mot: assistanat. "Avec toutes les prestations sociales existantes, il n'y a aujourd'hui aucun intérêt à reprendre un travail déclaré, à temps plein et dont la rémunération est inférieure à 2100 euros brut par mois", assure l'entrepreneur, calculs et démonstration à l'appui. L'optimum, selon lui, consiste à déclarer 20h par semaine au smic (650 euros par mois) et travailler 15h au noir (650 euros par mois, à 10 euros de l'heure). Soit 1300 euros nets par mois, auxquels il faut rajouter toutes les prestations sociales accessibles sous certaines conditions de revenus ou familiales aux demandeurs d'emploi (CMU, allocation logement, allocation de solidarité, prime pour l'emploi, prime de rentrée scolaire, prime de Noël...) et que l'on peut chiffrer, en moyenne, à 400 euros nets par mois. D'où un total, en ne déclarant que 20h par semaine, de 1700 euros nets, ce qui correspond à un salaire brut de 2100 euros par mois. "Le raisonnement est aussi valable si on cumule allocation chômage, travail au noir et prestations sociales mais l'indemnisation chômage ne dure qu'un temps contrairement au système qui peut être éternel", précise Guillaume Richard.

La réalité est probablement un peu plus complexe et ne peut se résumer à une simple règle de trois. Mais force est de constater que notre modèle social, éminemment protecteur en période de crise comme aujourd'hui, peut aussi être vu comme un frein à la reprise. Et même à la reprise d'emploi quand il conduit à des arbitrages qui privilégie l'oisiveté au travail. Nicolas Sarkozy, avec l'outrance qui le caractérise, en avait fait l'un de ses thèmes forts de campagne. Il n'avait pas tort de poser la question. L'exemple d'O2 le démontre parfaitement et François Hollande ferait bien de s'en inspirer...

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