samedi, novembre 08, 2014

Civilization, the west and the rest (Niall Ferguson)

L'ethno-masochisme ne passe pas par Niall Ferguson. Il revendique sans hésiter son occidentalisme : sur tous les indicateurs (santé, alphabétisation, libertés, découvertes, prospérité, etc.), l'Occident des cinq derniers siècles est très largement aux autres civilisations. Et si l'Occident a fait du mal, ce n'est pas qu'il était plus mauvais mais plus puissant.

Voici le résumé (extrait de wikipedia) des 6 caractéristiques qui, ensemble, font l'Occident :

  • Compétition. Les Européens ont forgé leur aptitude dans le chaos et les guerres religieuses de l'Europe de la Renaissance, pendant que l'Empire chinois, bien plus avancé, s'endormait faute de tensions intérieures.
  • Science. Les avancées scientifiques du XVIe et du XVIIe siècle se sont condensées en supériorité technique et militaire, pendant que l'Empire ottoman, bien plus avancé et conquérant jusqu'au siège de Vienne (1683), était intellectuellement immobilisé par le cléricalisme islamique.
  • Loi et propriété privée, opposée à la propriété publique. Ce qui explique l'ascension de l'Amérique du Nord où le gouvernement représente les innombrables propriétaires de la terre puis des entreprises ; alors que l'Amérique du Sud espagnole est stérilisée par la concentration de la terre dans les mains de l'aristocratie et le despotisme royal.
  • Science appliquée moderne, en particulier la médecine, illustrée par l'offensive de la santé publique dans l'empire colonial français, et la hausse radicale de l'espérance de vie d'abord en Europe et en Amérique, puis partout où l'Occident est arrivé. Il note de manière intéressante que la particularité du protestantisme n'est peut-être pas l'éthique, comme le croyait Max Weber, mais la motivation pour l'alphabétisation (afin que chacun puisse lire la Bible), ce qui a des effets mécaniques sur le développement et l'innovation.
  • Consommation de masse de produits industriels, illustrée par l'industrie textile et en particulier la production de tissus de coton, en masse et à des prix qui les rendent accessibles à ceux qui les produisent.
  • Éthique du travail, élevée en vertu par la religion chrétienne et en particulier le protestantisme (qui encourage aussi la lecture et l'épargne) ; l'auteur note que les Européens déchristianisés sont devenus adeptes du loisir alors que l'Amérique pieuse continue de travailler dur ; il attribue aussi une partie du succès actuel de la Chine aux idées protestantes répandues depuis le début du XXe siècle.
En filigrane, Ferguson n'est pas loin de dire que, pour parodier Hilaire Belloc, l'Occident, c'est le christianisme et que le christianisme, c'est l'Occident.

Les concurrents actuels de l'Occident ont copié plusieurs de ces caractéristiques alors que nous-mêmes perdions foi en elle.

La partie la plus intéressante est la conclusion.

Ferguson réfute la thèse classique, souvent soutenue ici, que la civilisation aurait des cycles et que nous serions, assez fatalement, dans la partie décadente du cycle.

Il considère que les civilisations sont des systèmes non-linéaires hautement complexes, dans la lignée de ceux étudiés par Mandelbrot et par Taleb, et que, comme ceux-ci, ils sont à la fois dotés d'une forte capacité d'adaptation et d'auto-réparation et susceptibles d'une explosion si leur équilibre est perturbé en un point essentiel.

Ainsi, on peut considérer que les chutes des civilisations romaine, inca, chinoise, ottomane n'ont duré qu'une génération (je ne refais pas la discussion mais elle est intéressante), ce qui, à l'échelle de l'histoire, est instantané.

Donc, plutôt qu'une descente dans la décadence, il imagine, si cela devait avoir lieu, une chute brutale. Il rappelle qu'en moins de cent ans, la production de l'empire romain a baissé d'un tiers, que toutes les merveilles romaines (aqueducs, thermes, etc.) ont dans le même temps cessé d'être entretenues et que le taux d'alphabétisation a été divisé par deux.

Enfin, pour achever ce réjouissant tableau, il constate que les civilisations explosent souvent par une combinaison de surendettement, d'invasion et de guerre. A bon entendeur ...


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