samedi, février 07, 2015

Eric Verheaghe : François, Angela, Vladimir, Alexis et les autres

Je pense que la politique de François Hollande, cautionnée tacitement par l'UMP (on entend très rarement, pour ne pas dire jamais, un désaccord sur le fond), est une véritable catastrophe de long terme, dans ses aspects économiques, sociaux, européens, diplomatiques et militaires. Rien ne va.


Eric Verheaghe (comme d'hab, c'est moi qui souligne):

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Merkollande: la France inaugure les chrysanthèmes allemandes

François Hollande ne quitte plus Angela Merkel. Après une rencontre à Strasbourg, en présence de Martin Schulz dimanche dernier, pour évoquer la question grecque, le couple franco-allemand s’est envolé pour Kiev puis pour Moscou pour tenter de « préserver la paix » en Europe. Si l’Europe ne vivait pas au bord du gouffre, cette idylle transrhénane prêterait à sourire. Le spectacle d’Angela Merkel emmenant François Hollande dans ses bagages a quelque chose de touchant. On ne sait plus si on est du côté du vieux couple qui parcourt l’Europe pour occuper sa retraite, ou du côté de la tournée internationale de la diva suivie de son fidèle assistant. Une chose est sûre en tout cas : la tournée s’exerce au bénéfice d’Angela Merkel et n’apporte rien de bon à la France.

Le moment le plus saisissant a peut-être été le dîner strasbourgeois dont rien ne devait transpirer, mais d’où une évidence est née: Tsipras n’y a gagné aucun répit ni aucune forme d’indulgence. Peut-être existait-il encore en Grèce des esprits naïfs parfaitement convaincus qu’un jour où l’autre François Hollande assumerait ses propos sur la lutte contre la finance ou sur le retour de la croissance en Europe. Ces derniers ne sont pourtant pas si éloignés: en juillet 2014 encore, François Hollande plaidait pour un plan européen de relance de 1300 milliards. Les faits montrent que l’enterrement en grande pompe de cette promesse n’empêche pas notre Président de dormir. Le plan Juncker a 300 milliards en poudre de perlimpinpin semble désormais suffire, joint aux 1.000 milliards de la BCE qui permettront d’acheter de la dette française.

Tsipras a naïvement cru, à peine élu, qu’il obtiendrait mieux de François Hollande, notamment un soutien à ses projets de lutte contre l’austérité allemande. Il a compris, à l’issue du dîner de Strasbourg, ce que les Français savent depuis mai 2012: il y a les paroles de François Hollande et il y a ses actes. Il est parfois difficile de trouver le lien entre les deux.

La loyauté, pour ne pas dire la subordination, de François Hollande à Angela Merkel ne seraient pas problématiques si elles se justifiaient par une vision raisonnable de l’économie européenne. La difficulté de l’exercice vient des extrêmes réserves que l’on peut avoir sur la question. La croissance en France n’est pas près de revenir dans un jeu où l’investissement public est réduit à la portion congrue et tout porte à croire aujourd’hui que 2015 confirmera l’enlisement économique du continent.

Même des patrons très libéraux ont signé une pétition, fin 2014, pour demander à l’Allemagne d’assouplir sa politique en matière d’investissement public : personne ne demande, bien entendu, de relancer la dépense publique improductive. En revanche, face au raidissement du marché, particulièrement visible pour ceux qui ne se laissent pas abuser par les prévisions fantaisistes de croissance, le bon sens est de desserrer le noeud qui se referme en se lançant dans les investissements qui feront l’économie de demain. Manifestement, François Hollande ne parvient pas à faire entendre ce langage de raison à Angela Merkel.

Plus inquiétant, la France s’est lancée dans un soutien à la politique allemande en Ukraine. Qu’Angela Merkel reprenne sans vergogne les habits de la Prusse en cherchant à grignoter le territoire russe n’est guère surprenant. Personne n’a de doute sur le fait que l’Allemagne imagine un bon relance de croissance dans une Ukraine sortie de l’orbite russe et qu’elle fera tout pour l’obtenir.

Cet affaiblissement de la Russie est une position hétérodoxe pour la diplomatie française. La France a toujours joué la Russie contre la Prusse. Cette politique fut même formalisée il y a cent ans par l’alliance franco-russe et son traité de 1892, qui avait achevé une sorte de ligue de la Russie, de la France et de l’Angleterre, contre l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie.

La folie de la construction communautaire consiste bien entendu à détourner le continent de ces grands équilibres d’antan, et à unir la France et l’Allemagne dans une aventure extrêmement dangereuse contre l’un de nos alliés naturels. La Russie ne veut pas entendre parler d’un basculement du géant ukrainien dans l’orbite occidentale. Elle s’y opposera, nous le savons, de toutes ses forces. Le rôle de François Hollande ne doit pas être de conforter Angela Merkel au nom de l’europhilie béate de l’énarchie française. Il doit être de la contre-balancer en mettant en perspective ce que l’Europe gagnera et ce qu’elle perdra dans cette logique d’affrontement.

Le couple franco-allemand, nous dit-on, est un élément essentiel de l’unité européenne. Le couple Merkozy avait, à sa manière, sauver l’euro en acceptant l’explosion temporaire des déficits publics pour faire face à la crise de 2008, puis la mise en place de mécanisme de solidarité européenne. On avait alors l’impression que la rigueur allemande était compensée par une sorte de générosité française. Le couple Merkollande fonctionne sur un autre principe: les deux membres du couple sont toujours d’accord surtout à la manière de la reine de coeur dans Alice au pays des merveilles qui impressionne tant son petit mari qu’il n’ose jamais rien contester.

On ne donne pas six mois à l’Europe pour tirer le bilan de cette politique.
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J'ai suffisamment écrit sur le Russie ces derniers temps pour que vous connaissiez mon point de vue.

Je suis très inquiet : les positions idéologiques à la Merkel-Obama-Hollande sont de celles qui mènent à la guerre façon 1914 : personne ne veut vraiment la guerre mais personne n'est vraiment prêt à faire les concessions qu'il faut pour l'empêcher. Et la guerre arrive par glissements successifs sur la pente savonneuse de l'escalade (image audacieuse, je le concède).

Je ne vois pas de raisons de changer mon analyse de l'année dernière, dont, hélas, on s'éloigne de plus en plus :

Mon point de vue sur l'Ukraine

Ukraine, que faire ?

Dans ce merdier, la France hollandiste ne remplit pas son rôle historique qui devrait être de se poser en modérateur et en médiateur. Mais cela suppose de la force et non de la mollesse, et alors là, la France hollandiste est à la rue. De quoi la France à terre pourrait-elle menacer la Russie, l'Allemagne ou les USA pour leur faire entendre raison ? De bouder ? De faire les gros yeux ? De hausser les sourcils ? De pleurer ?

Alors on reste à la remorque d'une politique bavarde et belliqueuse qui ressemble de plus en plus à de la folie furieuse.








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