vendredi, juillet 31, 2015

L’embargo russe nous revient en boomerang

Vous connaissez ma position sur la Russie : c'est l'intérêt bien compris de la France de s'entendre, autant que possible, tout en restant ferme, avec la Russie et nos intérêts sur cette question sont opposés à ceux des Américains.

Je suis très circonspect s'agissant de Poutine : contrairement aux poutinolâtres français, j'ai tendance à penser qu'il est assez mauvais pour son pays. Mais, comme dit Goldnadel, quant on a des politiciens aussi incapables de défendre leur pays et son identité que les nôtres, on se fait modeste avant de juger la manière dont les politiciens étrangers défendent leur pays.

La Russie a des visées expansionnistes, mais seulement dans son environnement proche, je n'y vois pas de messianisme idéologique. Bref, une politique de puissance classique, sensible au rapport de forces et à la raison.




L'embargo russe nous revient en boomerang


FRANÇOIS D'ORCIVAL (Figaro Magazine)
Retour de bâton ! A qui Hollande doit-il les barrages des éleveurs sur les routes qui lui ont fait si peur ? Aux distributeurs, aux abatteurs, aux transformateurs ? A l’embargo russe ! Et il le savait. Le 7 août 2014, il y a un an, en représailles contre les sanctions occidentales qui frappent son pays, Vladimir Poutine décrète un embargo sur les importations de produits alimentaires en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord. Vous me sanctionnez (à cause de l’Ukraine et de la Crimée) ? Je ferme la porte à vos produits ! Les Européens ont cru que les Russes allaient souffrir… Ils se sont resserrés autour de Poutine. Nationalisme et fierté. Et c’est nous qui souffrons.

On était pourtant prévenus car, dès le lendemain de l’embargo russe, les présidents des syndicats agricoles français sonnent l’alarme : ça va coûter cher. Le marché russe absorbe 10 % des exportations agroalimentaires européennes (11 milliards d’euros par an, dont 1 milliard pour les Français). Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine, explique (le 8 août 2014 !) que cela représente près de 1,5 milliard d’euros de pertes pour les producteurs européens. Avec les emplois à la clé. « Il y aura, dit-il, un effet domino sur les autres secteurs » : élevage et fruits. Effet direct. Mais effet indirect, aussi ! Car, si les producteurs allemands, polonais et autres, ne peuvent plus vendre en Russie, sur quels marchés vont-ils se retourner ? Ceux de leurs voisins. D’où inondation des produits et effondrement des prix. Et les producteurs français sont submergés. Paralysés par leurs dettes, leurs charges, leurs manques d’investissements faute de marges, sans compter les normes qui leur sont imposées, ils ne peuvent pas résister. C’est l’Allemagne qui fait les prix. En 2013, les abattoirs allemands ont fait venir 7 000 travailleurs détachés d’Europe orientale payés 5 euros de l’heure… D’où un rendement deux fois supérieur à celui des Français qui, eux, ne peuvent pas importer de main-d’œuvre de l’Est…

Pour sortir de la crise, le gouvernement a mis sur la table 600 millions d’euros - qu’il n’a pas. Pas plus qu’il n’a les 800 millions qu’il propose à la Russie (laquelle réclame 1,2 milliard) pour l’indemniser de la non-livraison des deux bateaux Mistral… « Un embargo, ça casse les marchés pour trois à quatre ans », prévient Christophe Charles, avocat spécialiste du secteur. Les Américains savent lever leurs embargos sur Cuba ou l’Iran quand ça leur profite ; les Européens sont incapables de le faire avec la Russie - des sanctions qui ne servent à rien, sauf à tuer nos producteurs. Heureusement, Hollande va aller en Chine !

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