mardi, juillet 07, 2015

L'Euro à la grecque : il faut beaucoup de sauce, comme pour les champignons

Jacques Sapir : le vote grec ou la revanche du non au référendum de 2005

Je préfère l’article de Feertchak mais je vous ai mis l’article de Sapir, plus polémique, à cause de l’allusion à Schacht.

Sapir ne le dit pas, mais Schacht fut le ministre des finances d’Hitler jusqu’en 1939, il inventa notamment les bons de travail pour payer les travaux publics sans augmenter la masse monétaire. Hitler lui doit la réussite du redressement économique de 1933 à 1939 qui lui permit de financer la suite que vous savez. Résistant tardif, il ne fut pas pas trop inquiété par la dénazification, alors que, comme Albert Speer, il fait partie de ces technocrates se prétendant plus ou moins neutres politiquement sans qui le nazisme aurait échoué beaucoup plus tôt. Méfiez vous des technocrates, ce sont des dangers publics : ils ont la phénoménale puissance de l’Etat entre leurs mains et n’en font pas toujours bon usage, d’autant qu’ils utilisent souvent la grisaille de l’univers des ronds-de-cuir pour se ménager une irresponsabilité qui les rend cyniques. Pendre de temps à autre au gibet de Montfaucon, sans abuser, un de ces technocrates, comme cela se pratiquait sous l’ancien régime, relève de la saine gestion publique.


Feertchak : L'οχι grec ou le retour du peuple en Europe

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Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d'une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée : «Chaque parti communiste est libre d'appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un parti communiste. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents».

Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».

Certes, les chars n'ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d'or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l'on se place, non à l'échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l'organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d'appliquer les principes du droit de l'Union européenne dans son pays, mais il n'est pas libre de s'écarter de ces principes s'il entend rester un Etat membre. [...] L'affaiblissement d'un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d'un tel discours dès lors que les principes européens s'appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.

Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l'aberration d'une telle conception de l'Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l'égard des parties qui la composent, les Etats membres.

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Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d'Alexis Tsipras en prédisant qu'il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses». N'est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l' «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques ? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l'espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l'Europe.

Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu'au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d'un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L'espoir est ténu.
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Puis, Charles Gave, plus philosophe :

Nous sommes des nains sur les épaules de géants

Enfin, un article de Christian Vanneste qui, bien que souverainiste, est à contre-courant de ce que j'écris depuis quelques jours ... sauf si vous lisez bien mes précautions oratoires très hollandistes et un rien faux-jeton.

Victoire se dit « Nikè » en grec…

Le point de vue de Vanneste ? Le referendum grec n'est pas un sommet de démocratie mais de démagogie car la question posée aux Grecs était contradictoire.

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L’irresponsabilité et l’orientation du microcosme médiatique apparaissent clairement dans l’accueil réservé à la victoire du non. Qu’aurait-on dit si le Premier Ministre grec avait été un souverainiste de droite plutôt qu’un démagogue d’extrême gauche dont on salue la jeunesse, le sourire et le coup de poker en apparence gagnant ? Tsipras plaît davantage qu’Orban, comme Obama séduit plus que Poutine. Le maquillage est moins douloureux que la médication. Pourtant, la politique doit s’inspirer de la seconde et fuir le premier qui est la démagogie. Platon le disait déjà aux Athéniens il y a vingt-cinq siècles. Il est évidemment contradictoire et absurde de dire qu’il faut respecter le vote du peuple grec si celui-ci impose aux autres peuples de l’Euro-groupe des conséquences qu’ils ne veulent pas. Le peuple grec a le droit de partir non d’imposer sa politique aux autres, notamment à ceux qui ont consenti les potions amères de la « troïka ». Mais depuis longtemps, l’Europe a tellement défiguré la démocratie que ses institutions ont aujourd’hui le mauvais rôle. L’image de la légitimité apparaît davantage dans la joie du peuple grec que dans la suite de réunions, de mesures, de menaces et de sanctions qui ont l’air de tomber de l’Olympe. La seule réponse au défi grec serait de convier les électeurs des autres pays de la zone euro à trancher : voulez-vous que la Grèce garde l’Euro en acceptant d’effacer sa dette et d’en payer le prix ?
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Un collègue me disait avoir éteint l'instrument d'abrutissement de masse télévisuel en constatant que le Front de Gauche y monopolisait quasiment la parole alors que le Front National, qui fait des scores électoraux cinq fois plus importants, était presque ignoré.

Notre mal est très profond et très grave, un referendum mal gaulé ne suffira pas à le guérir.











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