mardi, août 25, 2015

Chantal Delsol voit juste : elle me démoralise

Voici un entretien de Chantal Delsol dans Atlantico (j'ai supprimé les questions et - il m'excusera, honneur aux dames- les réponses de Maxime Tandonnet).

Les phrases en gras sont d'origine. J'ai passé en rouge les phrases qui me paraissent encore plus importantes.

J'ai un coup de blues. Même si je mets beaucoup de choses sur le dos des institutions et des politiciens, il arrive des fois où je me dis que les Français sont désespérants. Ca me passera.

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 Chantal Delsol : Depuis quelque temps, on entend dire que la France a besoin de "réformes structurelles". Cela vient de l’étranger, surtout de l’Allemagne, mais il est nouveau que ce soit repris. Cela signifie que la société française est en train de prendre conscience d’une réalité qu’on pourrait décrire ainsi : nous vivons à tout point de vue en mangeant notre capital, c’est à dire à court terme. Je rappelle que c’est ce que faisaient les pays soviétiques : laissant perdurer un système providentialiste qui ruinait peu à peu le pays, et par conséquent était voué à l’effondrement. La France est très riche et c’est pourquoi ce système ruineux dure longtemps, assez longtemps pour faire croire à nos idéologues qu’il est pérenne. Mais un système qui dépense plus qu’il ne gagne, et vit sur la propagande au lieu de vivre sur la réalité, ne peut pas être pérenne. Il épuise ses réserves. Notre accueil de l’immigration vit sur la propagande : de beaux discours de générosité, qu’il faudrait assortir de mesures économiques si nous voulions que cela puisse durer (on ne peut accueillir les déshérités que si on a du travail à leur offrir, et si on ne leur offre que des aides, cela ne peut pas durer – enfin, pour libérer des emplois, il faudrait par exemple réformer entièrement la fonction publique). La question climatique et celle de la croissance zéro sont à l’avenant, au niveau cette fois de tous les pays développés : cela ne sert à rien de crier au gaspillage et en même temps de glorifier le matérialisme. Il faudrait ici une réforme structurelle des consciences – une spiritualisation des consciences, pour faire coïncider le discours et la réalité. Nous en sommes loin.

Chantal Delsol : Je vous avoue que je suis profondément désespérée quand je regarde notre personnel politique, de quelque bord qu’il soit. Les dites réformes structurelles dont nous avons besoin représentent des changements profonds, qui dans un pays conservateur comme le nôtre (au sens de la passion pour le statu quo) susciteraient forcément des refus et des révoltes (il suffit de voir depuis cinquante ans la grève générale dès qu’on change une virgule à l’Education Nationale). Alors il faut du courage pour agir.
Mais nos gouvernants n’ont ni conviction ni courage. Ils veulent le pouvoir. Quand ils ont le pouvoir, ils veulent le garder. Leurs discours grandiloquents et sacrificiels ("je travaille pour la France" etc) font désormais rire tout le monde. Je crois qu’en France le Pouvoir est trop enviable (c’est un Pouvoir monarchique, ne l’oublions pas). Alors il attire les ambitieux les plus minables. Il faudrait le rendre antipathique et inconfortable : vous n’auriez alors que des gens de conviction et de courage. Tenez, transportez la demeure du Président, à la place de l’Elysée, dans un F3 du 20° arrondissement : vous n’aurez plus que des candidats déterminés et dévoués, qui aimeront la France, parce qu’ils n’auront rien d’autre à aimer.

Chantal Delsol : Je ne pense pas que la population française ait pris la mesure des causes. Elle ressent que "ça va mal" et que "ça ne pourra pas durer", mais elle ne sait pas bien ce qui cloche. Elle sait qu’il faudrait des réformes mais en même temps elle défend qu’on les fasse, car chaque fois cela touche des privilèges (pays monarchique, encore une fois ne l’oublions pas). C’est compliqué… Mais il n’y a pas vraiment de prise de conscience, je ne crois pas. Juste une angoisse diffuse, ce qui sans doute est pire.

Chantal Delsol : L’incapacité d’agir, l’attitude qu’on dit velléitaire ou attentiste, aura les mêmes conséquences pour un peuple que pour un individu, pour un gouvernant que pour un particulier. Si votre enfant ne fait rien à l’école et que par pusillanimité ou par paresse ou par indifférence, vous ne tentez pas de réagir, ce sont les événements qui décideront à votre place : l’enfant sera finalement renvoyé, par exemple. Autrement dit, si vous ne menez pas votre destin, c’est votre destin qui vous mènera par le nez. Il en va de même pour un pays. A force de mettre au pouvoir des gouvernements attentiste et pusillanimes, il se produira je ne sais quelle catastrophe qui viendra pour ainsi dire tout résoudre.
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