dimanche, mai 15, 2016

Une petite ville nazie (W. S. Allen)

Vous savez que je ne suis pas un anti-fasciste avec 80 ans de retard, que je ne pratique pas la reductio ad hitlerum à tout bout de champ, mais ce livre est fort intéressant.

L'auteur s'est intégré à la ville de Thalburg (pseudonyme de Northeim) au début des années 60 et a étudié la montée du nazisme entre 1930 et 1935 dans cette cité de 10 000 habitants, à l'aide de témoignages des survivants et d'archives, notamment les journaux locaux.

En résumé :

Première phase : la conquête du pouvoir.

1) Les opposants aux nazis, les socialistes du SPD, étaient au pouvoir. L'argument des nazis « les socialistes échouent, essayez nous » portait car il est légitime en démocratie, ce système où on peut en théorie changer de gouvernement si celui en place ne donne pas satisfaction (rassurez vous, je ne parle pas de la France, nous ne sommes pas en démocratie).

2) Les socialistes étaient faussement radicaux, ils ont contribué à radicaliser le débat mais sans aller jusqu'au bout de cette logique ou sans s'en dégager en apaisant le débat. Ce faisant, ils ont donc favorisé les vrais radicaux, les nazis.

3) Les nazis inscrits étaient peu nombreux, 45, mais très actifs. En 1931, ils ont presque tenu dix fois plus de meetings et de réunions que les socialistes. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ils recevaient assez peu de consignes par la hiérarchie du parti.

4) L'antisémitisme n'a joué aucun rôle visible. Même les juifs le prenait pour un folklore, certes de mauvais goût. D'une manière générale, les idées politiques, au sens d'un programme précis, ont très peu compté.

5) La réalité des nazis de Thalburg, pas la crème de la ville, n'a pas beaucoup compté non plus dans la progression du nazisme. Le NSDAP est devenu le parti dynamique, le parti à la mode. Le nationalisme allemand était très ancré, terreau favorable au nazisme. Même parmi les nazis de la ville, peu nombreux étaient ceux qui avaient compris que leur parti n'était pas comme les autres (il y eut un conflit interne au parti après la victoire électorale à cause de ce malentendu).

6) Les gens ont donc voté pour le parti le plus dynamique en ayant une représentation biaisée de ce qu'il était.

Deuxième phase : la dictature

1) Le fait que Hitler soit arrivé légalement au pouvoir a empêché toute révolte, celle-ci n'ayant pas de prétexte et ni de déclencheur.

2) Toutes les organisations de la ville, jusqu'au club de danse, ont été nazifiées en quelques mois, par un mélange d'intimidation des dirigeants non-nazis, qui ont été poussés à laisser la place, et de propagande. Tout est devenu « national-socialiste » Le « club de danse » est devenu « club de danse national-socialiste ». Vous ne pouviez plus aller à la pêche à la ligne sans commencer la journée par un laïus sur les bienfaits du national-socialisme.

Mais chacun de ces changements ne valait pas de mourir pour lui. Franchement, vous feriez vous déporter pour qu'on n'ajoute pas « national-socialiste » au nom du club de danse ?

3) Ala fin de ce processus d'environ six mois, tous les individus étaient atomisés, il n'y avait plus de vie sociale en dehors du parti nazi.

4) On constate, probablement du fait de cette atomisation, une montée de la délinquance.

5) Après les années de prise en mains et de terreur (1933 à 1935), la population de Thalburg ne fut pas persécutée, elle était vien tenue. A part les juifs, il n'y eut qu'un déporté entre 1935 et 1945.

Churchill avait raison. Pour combattre Hitler, il fallait abattre l'Allemagne. Distinguer les bons Allemands des méchants Allemands était fallacieux puisque le pouvoir des méchants Allemands sur les bons était profondément ancré et impossible à renverser de l'intérieur.

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