mercredi, juin 22, 2016

Calonne (E. de Valicourt)

Des décisions funestes et lourdes de conséquences passent inaperçues à l'instant. D'autres, au contraire, sont aussitôt comprises comme des catastrophes par certains esprits éclairés. C'est le cas du rappel des parlements du 12 novembre 1774.

Maupéou, qui les avait abolis avec  l'appui Louis XV le 20 janvier 1771, déclare : « J'avais gagné au roi un procès qui durait depuis des siècles, libre à lui de le reprerdre ».

Les parlementaires, c'est-à-dire les magistrats, jouent le rôle destructeur qui est habituellement le leur dans l'histoire de France, encore aujourd'hui : puissants sans devoir rendre de comptes, s'occupant de milliers de petites affaires, n'ayant aucune hauteur de vue, mesquins, étroits, pinailleurs, phraseurs et, au bout du compte, faibles avec les forts, forts avec les faibles. Ils sont occupés à gêner le pouvoir en saturant la place publique de leurs grandes tirades creuses sans rien apporter à la France.

La seule bonne place des magistrats, c'est au pied, avec une muselière. Les contre-pouvoirs doivent, en France, se faire par d'autres moyens.

En ré-installant cette représentation fausse, corporatiste, fâcheuse, Louis XVI a empêché l'émergence d'une représentation vraie et s'est avancé vers la guillotine.

Calonne (1734-1802), bien que venant d'une famille de robins, magistrat lui-même, ou peut-être parce qu'il en venait, avait bien compris.

Charmant, séducteur, intelligent, il fut le seul contrôleur général des finances de Louis XVI qui tenta d'aller au-delà de la politique budgétaire  et tenta de mettre en place une politique économique. Il avait compris, contrairement à Merkel,  que le serrage de vis budgétaire était une impasse.

Malheureusement, peu soutenu par Louis XVI, qui voulait être un « un bon roi », à l'écoute d'une opinion publique naissante, hélas fausse (c'est le problème que nous ne connaissons que trop entre l'opinion publique et l'opinion publiée), et en but à l'extraordinaire hostilité de l'Assemblée des Notables, convoquée pour faire passer les réformes, Calonne échoua.

Calonne s'attendait à une opposition, mais pas à ce déferlement d'égoïsmes, de petitesses, de calomnies, de mensonges, de colères mesquines, de résistances corporatristes.

Richelieu aurait enfermé cette assemblée de petits hommes jusqu'à ce qu'elle rende une décision conforme à ses voeux, appuyé par Louis XIII. Pour son malheur, Louis XVI n'était pas Louis XIII et Calonne voulait séduire.

C'est l'éternel problème que, hélas, nous connaissons bien, là encore : un pouvoir ferme et juste avec constance se construit une autorité qui le dispense du recours à la force au lieu de quoi un pouvoir faible et injuste est obligé de passer en force. Soit il y renonce et augmente sa faiblesse, soit il le fait et passe, à juste titre, pour une tyrannie.

Le soutien de l'autorité, c'est la légitimité. Au-delà des querelles circonstancielles, le pouvoir est-il légitime, c'est-à-dire perçu comme oeuvrant, à tort ou à raison (tout le monde peut se tromper) pour le bien du pays ou non pour telle ou telle corporation  ?

En fuyant leurs responsabilités dans les bras de Bruxelles (60 % des lois françaises sont des transpositions de directives européennes), nos politiciens ont perdu de leur pouvoir d'agir pour le bien de la France et ont , mécaniquement, perdu leur légitimité.

A cela, s'ajoute le cas Hollande : l'usage constamment partisan qu'il fait de l'appareil d'Etat (placer les copains de la promos Voltaire, répression des MPT et laxisme avec la CGT, etc.) achèvent de déligitimer le pouvoir. Donc de lui faire perdre son autorité. Donc de la contraindre à choisir entre la force et la faiblesse, toutes deux tyranniques.

J'avais bien perçu que, sous sa fausse bonhomie, François Hollande cachait un vrai idéologue, incapable de s'élever au-dessus des intérêts partisans. On m'a souvent contesté cette analyse : François Hollande serait un pur pragmatique, seulement avide de se faire ré-élire (on a tenu le même genre de raisonnement sur Staline, on en est revenu).

On juge l'arbre à ses fruits : regardez les lois qui sont passées sous son gouvernement, sur la famille, sur l'école, sur la fiscalité. Ne sont-ce pas des lois toutes d'idéologie, sans aucun pragmatisme ?




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