lundi, septembre 19, 2016

Islamisme, sociologie d'en haut et d'en bas, conservatisme à l'anglaise

Je trouve que ces trois articles s'enchaînent assez logiquement :

Quelques arguments pour une lecture moins optimiste du rapport de l'Institut Montaigne sur les musulmans de France

Plus de la moitié des musulmans en France sont des islamistes Ceux qui ont une vision juste de l’islam et, donc, des musulmans en France, ne seront pas surpris.

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La population "générale" compte 11,7% d’inactifs. La population musulmane en compte 29,5%, soit un tiers du groupe considéré. Ce seul chiffre constitue un choc collectif.

D’abord, on peut se demander dans quelle mesure il est acceptable que les "inactifs" revendiquent des changements de règles dans un jeu auxquels ils participent de façon marginale. Surtout, ce chiffre corrobore bien des rumeurs ou des récriminations fréquemment exprimées au sein de la "majorité", qui comprend mal pourquoi on en fait tant pour certaines "minorités" dont Montaigne montre qu’elles participent beaucoup moins qu’elles ne le prétendent à l’effort collectif.

[…]

L’Institut Montaigne a beau jeu d’expliquer que le respect du halal n’est pas religieux, l’évidence raisonnable soutient le contraire. Avec 3/4 des musulmans de France qui réclament du halal à l’école, on est en tout cas très, très loin, d’un islam de France respectueux de la laïcité et des règles républicaines. Quoi qu’aimeraient en dire les gens de l’effondrement narcissique, qui considèrent que se dire français et républicain, c’est déjà être islamophobe et d’extrême-droite.
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Christophe Guilluy : "Le paradoxe, c'est qu'aujourd'hui ce sont les pauvres qui vont demander la fin de l'État-Providence"

Je trouve Christophe Guilluy un peu trop optimiste mais je suis d'accord avec sa thèse que le multiculturalisme est le produit naturel du mondialisme.

Marine Le Pen devrait faire très attention aux propos de Guilluy.

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Attention, je ne dis pas qu'il y a eu acceptation [du multiculturalisme], parce que personne n'a voulu une société multiculturelle, et certainement pas les milieux populaires (quelles que soient leurs origines). Ce modèle n'a pas été voulu en tant que tel, ce n'est que la conséquence de l'ouverture. La société française est devenue une société américaine comme les autres. Il suffit de regarder les méthodes de gestion des minorités : quelle différence entre le Royaume-Uni et la France ? Un jeune Pakistanais à Londres a à peu près le même ressenti qu'un jeune maghrébin en France, un jeune Noir de Bristol par rapport à un jeune Noir de Villiers-le-Bel.

Le problème ici, c'est la différence entre le multiculturalisme à 10 000 euros et le multiculturalisme à 1 000 euros. À 1 000 euros, les choix résidentiels et scolaires sont de 0. Ce qui veut dire cohabitation totale. Si vous habitez dans un pavillon bas de gamme au fin fond de l'Oise et que la cohabitation est difficile avec les familles tchétchènes installées à côté de chez vous, vous ne pouvez pas déménager. En revanche, le bobo de l’Est parisien qui s'achète un loft s’assure grâce au marché de son voisinage et, au pire, peut toujours déménager ou déscolariser ses enfants si cela se passe mal. C'est la seule différence. Parce que pour toutes ces questions, et contrairement à ce que laisse entendre la doxa médiatique, nous sommes tous pareils. En haut, en bas, toutes les catégories sociales, quelles que soient les origines... Ce qui change, c'est le discours d'habillage. Le "je suis pour la société ouverte" ne se traduit pas dans la réalité. La norme, c’est l’érection de frontières invisibles dans les espaces multiculturels ou le séparatisme car personne ne veut être minoritaire.

La société multiculturelle est une société avec des tensions réelles et une paranoïa identitaire pour tout le monde. Les blancs pensent que les musulmans vont prendre le terrain, les maghrébins pensent que les Français sont racistes, les Noirs considèrent que les Arabes leur en veulent, les Juifs sont dans une relation conflictuelle avec les musulmans.

Aujourd'hui, c'est la tension avec l'islam qui monopolise le débat, en raison de la présence d'une importante communauté en France, (et en extension) mais également en raison du réveil de l'islam dans le monde musulman. Nous sommes sur une logique démographique avec un islam qui prend de plus en plus de place. Dans une telle configuration, si une partie de la communauté se radicalise, elle devient de fait beaucoup plus visible. En réalité, sur ces questions il n’y a pas "les bons" et "les méchants" : nous sommes face à des comportements universels. Il est possible de faire comprendre à l'autre que ce qui se passe aujourd'hui avec le FN est d'une banalité extrême. En expliquant que ce qui se passe, c'est que le vote FN est un vote de "blédard", d’attachement à son "village", d’une volonté banale de ne pas devenir minoritaire, surtout pour les catégories populaires, quelles que soient leurs origines, qui n’ont pas les moyens d’ériger des frontières invisibles. C’est vrai en France, mais aussi en Algérie, au Sénégal ou en Chine : ces ressorts sont universels. Tout le monde peut le comprendre.

Nous sommes dans cette complexité du monde multiculturel, que nous n'avons pas choisi. Quand je dis "nous", les falsificateurs laissent entendre qu’il s’agit d’un comportement de "petit blanc". C’est faux, cette perception est commune à tous les individus quelles que soient leurs origines. Les musulmans ne sont pas plus partisans de la société multiculturelle que les Juifs, les Chinois, les Français blancs ou les Noirs. Ils la pratiquent mais sans l’avoir choisie. Cette société idéalisée par la classe dominante, elle est ce qu'elle est, avec sa dose de séparatisme. Ce qui pose la question du séparatisme, qui n'est pas une hypothèse mais une réalité. Et cette société-là, c'est la société américaine. La France est aujourd'hui le pays d'Europe qui la plus grande communauté maghrébine, la plus grande communauté juive, et la plus grande communauté noire. Le multiculturalisme, nous y sommes, malgré la fanfare républicaine qui joue encore. Aujourd'hui, c'est la question de l'islam qui est posée, mais demain, compte tenu des flux migratoires qui ont lieu aujourd'hui et de la croissance démographique en Afrique, c'est la question de l'identité noire qui se posera.

[…]

Robert Putnam se posait la question de savoir pourquoi les politiques sociales étaient plus faibles dans les grandes villes. Et effectivement, le résultat était que les gens ne veulent pas payer pour les pauvres d'une autre communauté. C'est toute l'ambiguïté du rapport actuel à l'État-Providence qui se traduit dans la parole politique. Il existe un discours radical actuellement sur cette question, qui consiste à dire que l'on donne trop d'argent aux chômeurs, aux assistés, etc. Et ce, sans poser la question culturelle qui se cache pourtant derrière. C'est exactement ce qui se passe en France.

Ce qui est amusant, c'est que les libéraux pensent que les Français sont gagnés par le libéralisme et qu'ils sont contre l'État-Providence. C’est faux. Mais la situation paradoxale est qu’aujourd’hui ce sont les pauvres qui vont demander la fin de l'État-Providence [pour ne pas que l'argent de la collectivité aille à une autre communauté].
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Roger Scruton :« Notre héritage est aussi la propriété de ceux qui ne sont pas encore nés »

J'aime beaucoup Roger Scruton, comme un Finkielkraut qui ne serait pas embrouillé.

Je me fais beaucoup de souci pour les jeunes, moins de vingt ans (les vieux sont irrécupérables) : la plupart de ceux que je connais sont abrutis, à un degré ou un autre, par les écrans (télé, portable, jeux videos). Il aurait été étonnant qu'il en fut autrement, dans la société de l'abrutissement qui est la nôtre.

Bien entendu, ceux qui viennent de familles stables, avec des principes rigoureux et avec des parents bien dans leur peau, s'en sortent mieux que les autres. Etonnant, non ?


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Réseaux sociaux

Dans les conditions autrefois normales du contact humain, les hommes se liaient d'amitié parce qu'ils étaient en présence l'un de l'autre, qu'ils comprenaient les nombreux signaux subtils, du langage ou du corps, par lesquels autrui témoignait de son caractère, de ses émotions et de ses intentions, et qu'ils forgeaient affection et confiance. L'attention se fixait sur le visage, les mots et les gestes d'autrui. Et lui ou elle, comme personne incarnée, était le point de mire des sentiments amicaux qu'il ou elle inspirait. Ceux qui construisent l'amitié de cette façon sont pleinement conscients qu'ils apparaissent à l'autre de la même façon que l'autre leur apparaît. Le visage de l'autre est un miroir où ils se voient eux-mêmes. Précisément parce que l'attention se fixe sur l'autre, une opportunité de connaissance et de découverte de soi se présente, une opportunité de liberté accrue grâce à l'autre - l'une des joies de la vie humaine. L'objet du sentiment d'amitié vous regarde en retour et répond librement à votre libre activité, amplifiant à la fois votre conscience et la sienne.

En bref, l'amitié, telle qu'elle est traditionnellement envisagée, est un chemin vers la connaissance de soi. Lorsque l'attention se fixe sur un écran, cependant, un changement d'accent marqué se produit. Mon doigt est sur le bouton. À tout moment, je peux faire disparaître l'image, ou passer à une nouvelle rencontre. L'autre est libre dans son propre espace, mais pas véritablement dans le mien, puisqu'il est entièrement dépendant de ma décision de le laisser là où il est. Je retiens l'ultime contrôle et ne prends pas de risque dans l'amitié - comme ce serait le cas si je rencontrais l'autre face à face (…). Émerge entre nous une rencontre à risque réduit, où chacun est conscient que l'autre est fondamentalement retenu, souverain à l'intérieur de son imprenable cyber-château.

Appartenance

Nous sommes des créatures nécessiteuses, et notre plus grand besoin est celui du foyer - le lieu où nous trouvons la protection et l'amour. Nous trouvons ce foyer grâce aux représentations que nous nous faisons de notre propre appartenance. Nous le trouvons non pas seul mais avec les autres. Et toutes nos tentatives pour donner une apparence adéquate à notre environnement - par l'ornement, l'organisation et la création - sont des tentatives pour souhaiter encore mieux la bienvenue à nous-même et à ceux que nous aimons. De ce fait, le besoin humain de beauté n'est pas simplement une addition redondante à la liste des aspirations humaines. Ce n'est pas quelque chose dont nous pourrions nous passer en nous sentant épanouis comme être humains.

Beauté et transmission

La conservation est affaire de beauté ; mais elle est aussi, pour cette raison même, affaire d'histoire et de sens de l'histoire. Certains ont une conception statique de l'histoire, la considérant comme les restes d'un temps passé, que l'on conserve tel un livre où consulter les choses qui ont disparu (…). C'est le concept d'histoire que l'on trouve dans les sentiers «de patrimoine» et les monuments historiques américains: des objets éphémères méticuleusement préservés, posés sur le béton entre des tours de verre hostiles. Mon père y préférait une conception dynamique, selon laquelle l'histoire est un aspect du présent, une chose vivante, qui influence nos projets et se modifie aussi sous leur influence. Le passé, pour lui, n'était pas un livre à consulter, mais un livre dans lequel écrire (…).

Nous ne faisons pas qu'étudier le passé: nous en héritons, et l'héritage apporte avec lui non seulement les droits de propriété, mais les devoirs de la fiducie. Les choses pour lesquelles certains se sont battus ou sont morts ne devraient pas être inconsciemment dilapidées. Car elles sont la propriété de ceux qui ne sont pas encore nés. On devrait voir le conservatisme ainsi, comme partie d'une relation dynamique à travers les générations. Les gens déplorent la destruction de ce qui leur est cher parce qu'elle endommage le tissu de la confiance, les coupant de ceux qui les ont précédés et obscurcissant notre obligation à l'égard de ceux qui nous succéderont. Les terrains vagues des banlieues - comme ceux qui s'étendent depuis Detroit, sur 50 miles, dans chaque direction - sont des lieux où les générations passées et futures sont déconsidérées, des lieux où les voix de ceux qui sont morts et à naître ne sont plus entendues. Ce sont des lieux d'impermanence bruyante, où les générations présentes vivent sans appartenir - où il n'y a pas d'appartenance, puisque l'appartenance est une relation dans l'histoire, une relation qui lie les générations autant présentes que futures, et qui dépend de la perception d'un lieu comme son foyer.

Espérance

Pour les conservateurs, ce n'est pas la fin de l'histoire. La civilisation occidentale nous a offert une autre ressource, par laquelle nos pertes peuvent être comprises et acceptées. Cette ressource est la beauté. Les caractères de la civilisation occidentale qui ont fait de la perte un thème central de notre expérience ont aussi placé la tragédie au centre de notre littérature. Nos œuvres d'art les meilleures sont des méditations sur la perte, toute sorte de pertes (…). Ces œuvres d'art ne nous enseignent pas simplement comment faire face à la perte: elles véhiculent dans une forme imaginaire le concept que des gens plus chanceux étaient capables d'acquérir par les formes élémentaires de la vie religieuse, le concept du sacré (…). Nous devrions vivre dans l'esprit de nos Remembrance Sundays (journées nationales commémoratives en l'honneur des soldats de la Grande-Bretagne et des pays du Commonwealth tombés lors des deux guerres mondiales, NDLR), en voyant dans nos pertes des sacrifices qui ont acheté le sursis dont nous continuons de profiter. Et nous devrions résister à ceux qui voudraient entièrement tourner le dos à la perte, balayer les ombres, les recoins et les vieilles portes, et remplacer la ville par un grand écran de verre au-dessus de l'abîme, où notre regard sera englouti, encore davantage, pour toujours.
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