samedi, janvier 21, 2017

Renan reçoit Pasteur

Le 27 avril 1882, Louis Pasteur est reçu par l'Académie Française.

Comme le veut l'usage, il fait l'éloge de son prédécesseur, Emile Littré. Conformément à son caractère rugueux, Pasteur transforme vite l'éloge en critique.

En tant que directeur, Ernest Renan lui répond :

« Nous sommes bien incompétents, Monsieur, pour louer ce qui fait votre gloire, ces expériences admirables par lesquelles vous atteignez jusqu'aux confins de la vie, cette ingénieuse façon d'interroger la Nature qui, tant de fois, vous a valu de sa part les réponses les plus claires.

En un mot, Monsieur, vous avez ce quelque chose qui appartient au même degré à Galilée, à Pascal, à Michel-Ange et à Molière : le génie.

Mais ce n'est pas une raison pour mépriser les disciplines qui ne sont pas les vôtres.

Chez nous, vous finirez par trouver que les prudentes abstentions de M. Littré avaient du bon. Vous assisterez aux peines que se donne notre philosophie pour faire la part de l'erreur. A la vue de tant de bonnes choses qu'enseignent les lettres, en apparence frivoles, vous arriverez à penser que le doute discret, le sourire, l'esprit de finesse dont parle Pascal, ont aussi bien leur prix. En un mot, Monsieur, nous vous communiquerons nos hésitations ; vous nous communiquerez votre assurance ... Soyez le bienvenu. »

On peut avoir soixante ans, être à juste titre une gloire nationale, et se prendre une volée de bois vert comme un jeune homme.



L'Académie Française est précieuse, elle reste un des derniers conservatoires de cet esprit de finesse qui se perd.

Il y a quelques années, le cardinal Lustiger, atteint d'un cancer qui ne pardonne pas et se sachant près de sa fin, était venu faire des adieux tout en retenue à l'illustre assemblée.

Dans un registre plus joyeux, Paul Valéry fait l'éloge de son prédécesseur, qu'il détestait, sans prononcer une seule fois son nom.


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