vendredi, janvier 20, 2017

La politique de Trump est plutôt claire (et les sénateurs français sont des brêles)

Un de mes correspondants m'a envoyé le compte-rendu d'une audition de deux chercheuses par la commission des affaires étrangères su Sénat présidée par Jean-Pierre Raffarin (celle du 11 janvier).

On ne peut pas dire que cela remonte le Sénat dans mon estime : les interventions sont verbeuses, les analyses grossières, superficielles et méprisantes pour Trump. Aucune hauteur de vue, aucune réflexion, on reste au niveau du café du commerce avec des mots plus ronflants et beaucoup trop de phrases. Aucun esprit de synthèse.

En lisant cette diarrhée, on se dit (une fois de plus, hélas) que nous sommes vraiment dirigés par des brêles. Des baveux.

Alors disons ici (gratuitement) ce qu'on n'a pas entendu au Sénat.

Trump veut satisfaire son électorat, la classe moyenne américaine, pas seulement blanche (il fait un plus gros score que Romney chez les noirs et les latinos) dont il partage la vision. Déjà, ce point de vue est totalement incompréhensible pour des sénateurs français : s'occuper de la classe moyenne ? En partager la vision ? Hérésie ! Epouvante !

Pourtant, à partir de là, tout s'éclaire.

La mondialisation est dommageable à la classe moyenne américaine ? Trump est contre la mondialisation.

La classe moyenne est patriote et plutôt isolationniste ? Trump est patriote, contre la Chine, et veut cesser de s'occuper du monde entier.

La classe moyenne est hostile à l'immigration et voit en l'islam un ennemi ? Trump veut arrêter l'immigration et combattre l'islam.

Et ainsi de suite.

En suivant ces axes, l'incertitude tant répétée pendant cette audition au sénat (veuillez m'excuser d'avoir mis précédemment une majuscule à ce ramassis d'abrutis) disparaît presque complètement. Il ne reste que l'incertitude normale dans la vie.

Par contre, on a une certitude : les sénateurs français sont des cons.


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Addendum (encore) :


Après la cérémonie d’investiture du 45e Président des Etats-Unis, on comprend mieux la détestation qu’il soulève dans le microcosme politico-médiatique français. Son discours inaugural, qui a respecté les formes traditionnelles du passage de pouvoir, avec les remerciements d’usage à l’égard du couple Obama, a sur le fond été clairement révolutionnaire. Certes, on peut être sceptique sur les moyens qu’il aura d’accomplir cette révolution, mais il faut avoir l’honnêteté de dire quel plaisir d’entendre le Chef d’Etat de la démocratie, la plus puissante au monde, prononcer des paroles qui sont devenues politiquement incorrectes en France depuis les années 1980. Car enfin, América First, cela se traduirait par France d’abord, autrement dit par l’affirmation sans complexe de la préférence nationale. Il faut acheter américain, il faut employer des Américains. Imagine-t-on que le Président français dise cela ? Il est vrai que le marché américain est plus vaste que le Français, et qu’objectivement, aux Etats-Unis comme en France, il faut exporter des produits, et accepter que les pays importateurs puissent également nous vendre leurs produits. Mais pas à n’importe quel prix pour la population nationale ! Elle doit être la première servie, parce que c’est le devoir d’un responsable politique à l’égard de sa nation. Cette réflexion de bon sens est devenue impossible chez nous à voix haute. La « préférence nationale » qui était un leitmotiv chiraquien en 1986 est devenue un péché contre la pensée unique, une marque infamante de l’extrême droite.

En la défendant, Donald Trump, en a commis un autre. Il a osé dire qu’il fallait rendre le pouvoir au peuple, à ce que Richard Nixon appelait la majorité silencieuse, et qu’il appelle les oubliés. Il est étonnant de voir ce milliardaire affirmer sans nuance cette posture décriée chez nous sous le nom de populisme. Car redonner le pouvoir au peuple, à la périphérie, à ces Etats parsemés d’industries rouillées qui l’ont élu, c’est aussi le reprendre à Washington, à cette capitale remplie de fonctionnaires qui votent « démocrate », c’est l’arracher aux technocrates, à la caste de l’Etablishment, qu’Hillary Clinton représentait si bien. Comme on l’a vu ces derniers jours avec les échanges peu amènes entre le Président élu et les responsables des services de renseignement, la tache du nouveau Président ne sera pas aisée. Il lui faudra mettre en oeuvre une politique qui désavoue beaucoup de ceux que leurs fonctions appellent à la servir. Le « spoil system » devra être renforcé. 4000 nouveaux responsables devraient aider l’homme de la Maison Blanche dans sa mission de rendre à l’Amérique sa grandeur, mais il lui faudra compter sur le contrôle d’un Sénat, qui est certes républicain, mais pas nécessairement éperdument séduit par Trump.

Le spectacle était grandiose. Le Président n’a pas hésité à invoquer Dieu à plusieurs reprises, à le citer comme le meilleur protecteur de l’Amérique. Là encore on a pu mesurer la distance infiniment plus grande que l’Atlantique qui nous sépare des Etats-Unis. « Pour croire, faîtes les gestes » disait Pascal. Un pays qui n’accomplit plus les rites avec la pompe souhaitable et qui bannit Dieu de ses discours officiels, un pays qui se déchire jusqu’au perron de l’Elysée lorsqu’un Président sortant est hué ou qu’un élu n’accompagne pas son prédécesseur jusqu’à sa voiture, ne fait plus les gestes de la grandeur et a de plus en plus de mal à y croire. Le 14 Juillet 1790, lorsque l’unité nationale était affirmée en présence du roi et qu’une messe était célébrée, il y avait ce faste et cette ferveur. C’est ce jour et non la prise de la Bastille que nous fêtons le 14 Juillet. Le patriotisme a donné du souffle au discours présidentiel et le contexte cérémoniel l’a rendu crédible et légitime. Dire que l’on va rendre à l’Amérique ses emplois, sa prospérité, ses frontières, mais aussi ses rêves constitue une synthèse difficilement imaginable dans la bouche d’un politicien français. Associer la fermeture du protectionnisme à l’ouverture sur le rêve américain, sur la conquête spatiale, sur les nouvelles technologies est un paradoxe. Ce n’est pas une contradiction. Trump veut que l’Amérique soit un exemple plus qu’un empire, un exemple qui rayonne et suscite la fierté nationale. Il veut des alliés plutôt que des vassaux, des alliés qui partagent les efforts et de nouveaux alliés qui unissent le monde civilisé contre le terrorisme islamiste. On pense bien sûr au changement d’attitude par rapport à la Russie.

Beaucoup de commentaires auront chez nous été critiques ou hostiles. Notre microcosme va regretter Obama, comme cette journaliste française qui devait nous informer sur la politique américaine et qui révèle son parti pris en disant qu’elle rejoint Macron, parce qu’il est l’Obama français. Sans doute a-telle raison en spécialiste de la politique spectacle. Les discours sans effets de l’ex-Président américain ont été applaudis par nos médias comme le sont ceux de Macron. Le microcosme, qui est plein de préjugés, a ses chouchous. Mais, « quand on a le patriotisme au coeur, il n’y a pas de place pour les préjugés » disait Trump ce midi à Washington.

Addendum de l'addendum :

Yves Roucaute ne dit pas que les sénateurs français sont des cons, probablement parce qu'il ignore leur existence, mais, comme moi, il trouve que la politique de Trump recèle peu d'incertitudes :

45e président des États-Unis, c'est parti : tout ce qu'on vous a raconté sur Donald Trump et qui n'a rien à voir avec la réalité

Ceux qui, comme nos cacochymes sénateurs, prétendent que la politique de Trump est incertaine montrent juste qu'ils ne l'ont pas comprise.

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