lundi, mars 27, 2017

Benoît Duteurtre: « Christine Angot rabaisse la littérature »

J'aime beaucoup Benoît Duteurtre, un écrivain tout en finesse et en classe (le contraire d'Angot). Ses Ballets roses sont un délice de condamnation de notre époque sans avoir l'air d'y toucher, comme Le retour du Général.

Benoît Duteurtre: « Christine Angot rabaisse la littérature »

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Quant à moi, je déplore cette confusion des genres, et je le proclame : l'art n'est pas au service du lien social ni de la morale publique. Un romancier est moins là pour nous édifier que pour nous émouvoir, nous étonner, nous faire rire, nous révolter, nous donner du plaisir, par ses propres moyens, y compris lorsqu'il s'intéresse à la société qui l'entoure. C'est pourquoi l'histoire artistique et littéraire compte autant de méchants, de salauds, de cyniques, que de gentils passionnés par les grandes causes ; autant de Flaubert, de Céline et de Pound, que d'Hugo, de Prévert ou Saint-Exupéry. Il serait donc urgent que les artistes cessent de se prendre pour des procureurs - ou bien qu'ils le fassent dans des textes argumentés, personnels, qu'on jugera à l'aune de leur talent, et pas seulement de leurs engagements.

Voilà pourquoi l'apparition de Mme Angot à la télévision, l'autre jour, m'a paru si déplacée - quoique conforme aux habitudes de cette femme qui, pour clouer le bec de ses contradicteurs, brandit généralement pour seul argument: « moi, je suis écrivain » ; comme si cette phrase la dotait d'une véritable sainteté … Je ne crois guère à la sainteté des écrivains, mais j'aime trop la littérature pour aimer la voir s'abaisser ainsi dans le débat public.
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