samedi, mai 20, 2017

Les réflexions de Laetitia Strauch et de Patrick Buisson

Laetitia Strauch-Bonart: « Au lieu d'assumer son conservatisme, la droite se pare des habits du progressisme »

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LE FIGARO. - La droite semble désemparée devant les débuts du président Macron. Elle affirme son identité par le fait d'augmenter le pouvoir d'achat et de baisser les impôts. Est-ce un corpus doctrinal suffisant ?

Laetitia STRAUCH-BONART. - La réponse est dans la question ! Avoir pour seul programme affiché la volonté d'augmenter le pouvoir d'achat en baissant les impôts est d'une pauvreté sans nom. LR se recroqueville sur son plus petit dénominateur commun : le post-chiraquisme et le flou idéologique vaguement libéral. Quoi qu'on pense d'Emmanuel Macron, il a mené une véritable réflexion sur la fiscalité française, et souhaite augmenter la CSG pour financer la Sécurité sociale d'une catégorie de population qui d'ordinaire vote à droite, les indépendants.

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« Je n'ai qu'un ennemi, le conservatisme », avait lancé Luc Chatel en meeting. N'est-ce pas la même perspective qu'En marche!?

Comme bien d'autres responsables politiques de droite, Chatel emploie le terme « conservatisme » dans son sens littéral : l'absence de changement quand celui-ci est nécessaire. Cela n'a rien à voir avec la pensée conservatrice, une tradition politique et philosophique vieille de deux siècles, née an Grande-Bretagne ! Mais cette remarque trahit tout le paradoxe de la droite française: au lieu d'assumer son conservatisme - l'attachement à la conservation de ce qui nous est cher, la prudence face au changement, la préservation des attachements humains, la reconnaissance que la vie est faite de limites -, elle se pare des habits du progressisme.

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On entend souvent la formule « droite des valeurs ». Vous semble-t-elle pertinente ?

Non ! Elle sous-entend que la droite pourrait s'unir, des LR jusqu'au FN, en s'entendant sur des valeurs - traditionnelles, identitaires, ou que sais-je encore. C'est la tentation du moment, et la vision que dessine Marion Maréchal-Le Pen en appelant à un « conservatisme » partagé. Pour la droite LR, ce serait une grande erreur, et ce serait tomber dans le piège tendu par notre nouveau président ! [Sur ce point, je suis en train d'évoluer. Je trouvais l'union des droites souhaitable et possible. Je me demande maintenant si elle est possible. J'en viens aussi à me demander si elle est souhaitable. Une alliance suffirait, c'est la logique du mode scrutin, un gros et un petit dans chaque camp : PS-PC, RPR-UDF] Les conservateurs de la « droite des valeurs », parce qu'ils sont antilibéraux, sont en train de rejouer la pièce de 1789 : devant le raz-de-marée libéral, s'exiler et lutter depuis l'extérieur. Tout comme les réactionnaires, après 1789, ont refusé tout compromis avec la République, et se sont discrédités par leur intransigeance, ces conservateurs sont tentés de se regrouper pour défendre leurs « valeurs ». Ce faisant, vous ne faites pas avancer vos valeurs, car celles-ci se durcissent et perdent toute crédibilité. L'erreur est surtout idéologique Elle dénature profondément le conservatisme, qui non seulement est l'ami du libéralisme et de la modération, mais a peu à voir avec cette vision « identitaire ». Le conservatisme, c'est Edmund Burke, ce n'est pas Charles Maurras [Moi aussi, j'admire Burke, mais je me méfie. Le problème avec ce raisonnement, c'est qu'on en vient vite à regretter, comme Voltaire, Constant, Pompidou et tant d'autres, que les Français ne soient pas des Anglais, ce qui est, évidemment, une impasse].

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Le libéralisme économique ne mène-t-il pas forcément, comme le dit Jean-Claude Michéa, au libéralisme sociétal ?

Si c'était le cas, la société victorienne aurait sombré dans la licence la plus débridée. Que dire aussi des puritains américains ou des protestants de Max Weber ? L'histoire nous montre au contraire que les hommes sont libres et que l'interprétation marxiste - car c'en est une - qui maintient que le libéralisme économique mène au libéralisme sociétal est fausse. Certes, les sociétés que je prends pour exemples avaient en commun d'être fondées sur une pratique profonde de la religion, mais il faudrait prouver, alors, que c'est le libéralisme économique qui a sapé les bases de la foi. J'admets cependant que le libéralisme a changé de nature : comme l'ont montré des auteurs comme Daniel Bell ou Zygmunt Bauman, il n'est plus le capitalisme de la norme et du conformisme, mais celui de la fluidité. Ainsi, si vous êtes libertaire, vous pouvez tout à fait vous accommoder du libéralisme de la fluidité.
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Nota : pourquoi ai-je amputé le nom à rallonge de l'auteur ? Parce que les noms à rallonge m'insupportent, ça fait maniéré. Bon, c'est un peu brutal et cavalier de ma part, je l'admets. Plus généralement, j'aime les hommes de peu de mots. Avec un nom à rallonge, ça commence mal.






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