jeudi, octobre 19, 2017

Zemmour : Julliard et les jansénistes

La question que soulève Eric Zemmour, avec son grand talent pour la pédagogie, est fondamentale au sens le plus fort du terme.

Éric Zemmour : « Il n'est jamais trop tard pour Julliard »


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« Simone Weil plus chrétienne que catholique et plus christique que chrétienne.» Simone Weil qui comme Nietzsche pense que le christianisme est la «religion des esclaves», mais au lieu de lui en faire un crime, elle l'en glorifie. Simone Weil pacifiste jusqu'à Munich inclus. Simone Weil pour qui «tout pouvoir est le mal». Simone Weil qui rejette Hitler et Staline, mais aussi Richelieu, Louis XIV et Napoléon. Simone Weil qui met dans le même sac les crimes nazis et ceux de la colonisation. Simone Weil qui rejette Rome et Jérusalem, l'Église tout comme le Dieu de l'Ancien Testament.

Jacques Julliard se reconnaît complètement dans cette grande philosophe qu'il admire. On comprend mieux à le lire - et à la lire - le travail féroce de déconstruction, de dislocation, de désagrégation, qu'ont accompli sans le vouloir ces jansénistes de gauche, qui sont avant tout des anarchistes spirituels. Désagrégation du pouvoir, de la nation, du peuple, de l'État. Au nom de l'individu, de la liberté, de l'humanité. Quand on voit le résultat final, on comprend mieux Louis XIV et son acharnement contre les jansénistes. Julliard a beau dénoncer ses anciennes amours: «Le christianisme de gauche s'est abîmé dans le social et le social dans le sociologique.» Il a beau diagnostiquer, implacable: «C'est l'individualisme qui a fondé la société moderne ; c'est lui qui la détruira.» Il a contribué à tout ce qu'il dénonce et déplore. Il le sait mieux que personne.

Mais mieux que ses anciens amis, il a deviné la suite de l'histoire: sur les ruines d'une France déchristianisée, d'un peuple disloqué par l'individualisme et d'une nation asservie par la religion des droits de l'homme, l'avènement d'un «nouveau parti prêtre» islamique et le retour des guerres de religion. L'émergence, sur le sol de France et à la place d'un peuple français qui n'existe plus, d'un autre peuple. C'est le grand paradoxe de Julliard: ses anciens amis croient qu'il a viré à droite, qu'il a trahi l'ancienne cause des déshérités et des décolonisés, pour ce qu'ils appellent «l'islamophobie». Ils se leurrent: Julliard a simplement compris, lui, qu'un nouveau totalitarisme menaçait notre pays, fondé sur la religion musulmane.
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Je n’ai aucune admiration pour Jacques Julliard, c’est le moins que l’on puisse dire : ces gauchistes qui ont passé leur vie à se tromper sans cesser une minute de donner des leçons hautaines au peuple français méritent juste des coups de sabots dans la chetron (ceux qui veulent débattre sont des adversaires, ceux qui sapent la possibilité même d'un débat en dissolvant la société sont des ennemis. Jacques Julliard est un ennemi).

En revanche, j’ai une immense admiration pour Blaise Pascal et pour Simone Weil. Mais, oui, Louis XIV a eu trois fois raison de persécuter les jansénistes comme il aurait eu raison de persécuter Simone Weil si elle avait vécu à son époque.

Car admiration ne veut pas dire approbation. J'admire Pascal mais je suis en profond désaccord avec son jansénisme. J'admire Simone Weil, mais je ne l'écoute surtout pas.

Je ne trouve pas excessif l’ordre de labourer les tombes de Port-Royal.

Je pense que Louis XIV avait senti qu’au delà de la mise en cause de son pouvoir, ces assoiffés d’absolu s’attaquaient à la possibilité même de faire de la politique, c’est-à-dire à la protection du peuple comme communauté et non pas seulement comme un agrégat d’individus isolés.

Je suis en train de lire Hilaire Belloc, catholique de combat, ami de Chesterton. Il écrit les mots les plus violents car les plus profonds contre l’esprit du protestantisme (sous lesquels on peut regrouper les jansénistes et la deuxième gauche rocardienne). Lui, je l'approuve avec enthousiasme.

Quand on ne veut voir que des individus, on nie la nature de l’homme, qui est d’être un animal politique (ce n’est pas moi qui le dis, c’est Aristote).

A force de ne voir que des individus, à force de ne gouverner que pour les individus, on a dissous le peuple français, il n’y a plus de communauté nationale. Mais cela n’a pas rendu les Français plus heureux (voir la consommation hallucinante de pilules du bonheur), cela les a juste rendus plus vulnérables à l’invasion migratoire des musulmans. Mais, cela aurait été une invasion d’extraterrestres, nous aurions été vulnérables aussi.

Propager de mauvaises idées est parfois un crime plus grave que de faire la guerre.

Si vous n'en êtes pas convaincus, quelques exemples :

Professeur de lycée giflé ou la décomposition française

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Le lycéen qui se croit autorisé à frapper son enseignante (l'aurait-il fait s'il s'était agi d'un enseignant …) révèle l'état de déréliction du corps social où toutes formes d'autorité légitime et de hiérarchie ont été déconstruites avec minutie et délectation par le gauchisme de salon depuis cinquante ans. On ne dira jamais à quel point l'acculturation qui sévit dans notre société a été l'arme de destruction massive de nos civilités et de notre morale civique. Sur ce désert culturel ont poussé des plantes toxiques. Cette acculturation s'est traduite depuis presque trois décennies par une montée ininterrompue des violences dans l'école (et logiquement au-delà).

Cette horizontalité pédagogique qu'on a cherché à imposer depuis plusieurs décennies ce n'est pas le calme plat, la paix perpétuelle de l'illusion égalitaire. C'est au contraire la mise en équivalence de toutes les passions, de toutes les impulsivités, de toutes les revendications individuelles au nom d'un «droit à» auquel personne ne veut déroger au profit du bien commun.


La passion de l'égalité en oubliant la transmission d'une culture exigeante pour tous aura décidément conduit l'Ecole de la République dans l'impasse.
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Sécurité : en finir avec l'impuissance publique !

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« Les Français ne supportent plus l'impuissance publique » : c'est sans aucun doute de cette phrase qu'il faut partir pour interpréter le discours du Chef de l‘Etat, prononcé hier devant les cinq cents plus hauts responsables de l'appareil de sécurité.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Depuis plusieurs décennies, le thème de la sécurité nationale ne fait l'objet d'aucune réflexion de fond. Qu'est-ce à dire ?

Que malgré les apparences (Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, empilement des lois, annonces de renforts et d'augmentation de moyens pour les policiers et les gendarmes), on sent bien qu'aucune remise en cause profonde de notre façon de penser la protection de la nation ne fut organisée au plus haut sommet de l'Etat.

D'un point de vue strictement logique, il est difficile de ne pas adhérer à la logique d'ensemble proposée par Emmanuel Macron dans ce discours.

En effet, il est urgent d'en finir avec la faiblesse, non pas des forces de l'ordre, mais de la pyramide administrative et politique qui craint toujours que l'exécution de l'obligation du respect de l'ordre public soit assimilée à de l'autoritarisme ou à une pulsion liberticide …
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