dimanche, décembre 10, 2017

Le règne du langage (T. Wolfe)

L'envie de lire ce livre m'a été donnée par Eric Zemmour :

Éric Zemmour : « Le langage, trop fort pour Darwin »

Et par la réaction de Régis de Castelnau :

ZEMMOUR PLUS FORT QUE DARWIN ?

Je n'ai pas vraiment essayé d'argumenter sur le blog de Castelnau : le ton condescendant et ironique des commentateurs suffit à montrer qu'ils ne voulaient pas dialoguer mais asséner. J'aurais perdu mon temps. Encore des gens tolérants à condition qu'on soit d'accord avec eux. La race en pullule sur internet.

Depuis longtemps, je suis sceptique vis-à-vis du darwinisme à partir des deux informations que j'en connais : cette théorie est faiblement étayée et ses partisans sont farouches. Cette configuration, qui est  aussi celle du réchauffisme et qui fut naguère celle de l'eugénisme et du marxisme (dont je rappelle qu'il se prétendait scientifique), est bien connue et on sait qu'elle signifie une chose : sous les prétentions scientifiques, ses partisans poursuivent d'autres buts que la science.

D'ailleurs, les darwinistes ne cachent pas leur jeu. Ils veulent prouver qu'il n'y a pas besoin d'un dieu pour expliquer la création du monde vivant.

Pour moi, l'enjeu est bien moindre (c'est ce qui explique que je me sois peu intéressé au darwinisme pour l'instant) : étant scientifique sans être scientiste, je pense que croire en Dieu est raisonnable mais pas scientifique. Autrement dit, je ne cherche pas les réponses aux questions divines dans la science : si on prouvait que Darwin a raison, je me dirais juste que Dieu est un peu fainéant.

Et puis, mon intuition scientifique me murmurait à l'oreille que c'était une théorie trop simple, trop mécanique, pour expliquer la diversité du vivant. Ce n'est pas une preuve, bien sûr. Mais je connais assez la science et son histoire pour savoir que les théories justes, même imparfaites, même naissantes, ont un certain parfum de cohérence et de complétude que n'a pas le darwinisme. Ne négligez surtout pas l'intuition en science : c'est elle qui permet de se décaler et de prendre du recul, sinon on ne fait que peaufiner des théories existantes, on ne découvre rien.

Disons le tout de suite, ça évitera de tourner autour du pot : la théorie darwinienne, faite d'évolutions graduelles et de sélection naturelle, est fausse. D'une part, la génétique nous apprend que certaines évolutions ont été faites par sauts et non pas graduellement ; d'autre part, on connaît des espèces qui n'ont pas évolué depuis des millions d'années.

Et si Darwin s'était trompé ...

Complexité irréductible

Et je ne saurais trop vous recommander :

Dépasser Darwin

Autant pour la condescendance des commentateurs darwiniens : les abrutis dogmatiques ne sont pas où ils croient (je n'aime pas être pris pour un con, surtout par des gens dont il est prouvé -au moins sur ce sujet- qu'ils sont plus cons que moi).

Cependant, la fausseté de la théorie darwinienne ne signifie pas que les créationnistes ont raison et que c'est une preuve que Dieu existe. En effet, il y a d'autres théories du vivant que celle de Darwin ne faisant pas appel à un créateur. Notamment, la génétique nous apprend des formes d'évolution qu'on ne pouvait pas soupçonner du temps de cet escroc de Darwin.

Revenons au livre de Tom Wolfe.

Le ton en est allègre, c'est toujours agréable de le lire mais le contenu est trop léger. Il se cantonne au style du polémiste.

N'empêche, comme il est intelligent, Tom Wolfe pose la question qui gratte toutes les théories évolutionnistes : comment expliquer l'apparition du langage humain ?

C'est la formulation actuelle de la question : y a-t-il un propre de l'homme et quel est-il ? S'il n'y en a pas, si l'homme n'est qu'un animal comme les autres sous tous ses aspects, alors on peut facilement prétendre que dieu n'existe pas ou que, en tout cas, il n'a pas été nécessaire à l'apparition de l'homme. Aujourd'hui, il y a unanimité pour dire que le propre de l'homme, s'il existe, est le langage.

C'est pourquoi les évolutionnistes cherchent, sans grand succès pour l'instant (leurs « découvertes » sont très capillo-tractées), à montrer qu'on peut dériver le langage humain des embryons de langages animaux.

Wolfe commence par massacrer Darwin à coups de battes de base-ball. Le darwinisme n'est qu'une cosmogonie parmi d'autres (comparaison fort éclairante avec les cosmogonies amérindiennes) et pas plus scientifique que les autres. Il dénonce les hypocrisies, les mesquineries, les impasses et les absurdités du grand homme.

Ensuite, il s'attaque à Chomsky. A mes yeux, ce n'est pas difficile : je déteste ce genre de personnalité monsieur-je-sais-tout, donneuse de leçons, dominatrice, méchante, moqueuse, dogmatique, sectaire, gourou, sans humour (sauf pour ridiculiser ses adversaires) et, évidemment, gauchiste. Intellectuellement, je ne sais pas ce qu'il vaut mais, humainement, il ne doit pas valoir le déplacement (on comparera par exemple avec Hayek et Friedman, dont, quoiqu'on puisse penser de leurs idées, la modestie et l'amabilité faisaient l'unanimité de ceux qui les fréquentaient).

La diversité des langues humaines frappe d'étonnement tout homme ouvert à ses semblables. Comme latiniste, je suis intrigué par l'apparition des langues à déclinaisons. Une explication non-évolutionniste de la langue est que c'est une décision de l'homme d'utiliser les sons pour mémoriser des actions et des objets, créant une rupture.

La conclusion de tout cela ? Aujourd'hui, les évolutionnistes n'arrivent pas à prouver une continuité entre le langage humain et les langages animaux (même ce vocabulaire est trompeur). Cela ne signifie nullement qu'ils n'y arriveront jamais.

Tant que nous n'aurons pas une explication évolutionniste du langage humain, il sera aussi absurde d'imaginer que le singe a évolué en homme que le marbre de Carrare en David de Michel-Ange.

Mais, au fond, nous ne sommes pas plus avancés qu'à l'époque des vertes critiques de Chesterton (1). Sauf que, plus le temps passe sans que les évolutionnistes réussissent à marquer des points décisifs, plus la probabilité qu'ils se trompent augmente.

En 2017 comme en 1859, l'hypothèse que le langage est le propre de l'homme n'a pas été infirmée. Défaite temporaire des évolutionnistes mais pas victoire des créationnistes pour autant.

Et je m'en fous ! Je regrette d'avoir passé du temps sur ce sujet : il n'y a pas de découvertes fondamentales récentes. L'idée que je m'en faisais depuis longtemps n'était pas fausse et, si je maîtrise désormais mieux le sujet, j'ai le sentiment pénible que le jeu n'en valait pas la chandelle.

Heureusement que la lecture de Tom Wolfe est sympa (il faudra aussi que je prenne le temps de vous causer de Didier Raoult).

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(1) :  « Donnez un pot d'ocre à un singe et jamais il ne vous dessinera Lascaux, même si vous attendrez très longtemps. L'homme est distant du singe comme nous sommes distants des étoiles et cette distance, l'évolutionnisme ne peut l'expliquer ». Traduit en termes plus modernes, si le dearwinisme était vrai, il aurait fallu un temps très long, plus long que le temps que nous connaissons, pour passer du singe à l'homme.

Et c'est là que l'argument de Lascaux prend son importance : ce que veut dire Chesterton, c'est que très tôt, l'homme a été un homme, quelque chose radicalment différent du singe.










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