lundi, juillet 23, 2018

Affaire Benalla : des points de vue politiques

Cette affaire commence déjà à me gonfler.

Pourquoi ? Parce qu’elle ne m’apprend rien (que peut-on bien en apprendre ? Qu’Emmanuel Macron en a un coup dans le casque et qu’il se croit tout permis ? Que tous les fonctionnaires du haut en bas cèdent aux caprices du Petit Prince de l’Elysée ? Si vous n’aviez pas déjà compris tout cela, je vous plains) et qu’elle est politiquement, je veux dire au sens de la « grande » politique, insignifiante. Peut-être que si, comme certaines rumeurs courent (beaucoup de rumeurs en ce moment), il y avait tentative de mettre en place une police parallèle présidentielle, ça serait un vrai scandale politique, mais même ça ... si vous ne vous doutiez pas du potentiel tyrannique d'Emmanuel Macron, c'est vraiment que vous êtes un gogo qui ne s'est pas posé les bonnes questions.

En fait, sa seule valeur politique est qu’elle ait pu venir au premier plan et ce faisant, elle nous montre l’imposture du macronisme.

En effet, si Emmanuel Macron faisait une vraie politique pour la France avec de vraies réformes, ces histoires de favoritisme resteraient dans le bruit de fond. C’est parce que, pas plus que ses prédécesseurs, il ne tente de briser le cercle de fer des quatre malédictions (technocratie française, technocratie européiste, communautarismes, manipulations médiatiques) qu’il se retrouve impuissant et donc exposé au scandale, qu’il vienne d’ici ou de là.

C’est que nous racontent Serge Federbusch et Edouard Husson (planqué sous le pseudonyme Disraeli) :

Pourquoi l’affaire Benalla a le potentiel d’une vraie affaire d’Etat

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Plus encore que le soutien de l’oligarchie administrative et des patrons du CAC 40, qui ont financé son émergence médiatique, Emmanuel Macron bénéficiait d’être le « dernier espoir » des classes moyennes supérieures, éduquées et insérées dans des carrières stables, qui forment l’armature de la bourgeoisie française. Peut-être tenaient-elles enfin le « Joker » qui allait gérer en douceur l’énorme dette française dont Bruxelles et Francfort fixent les conditions de remboursement ? Peut-être parviendrait-on, grâce à Macron, à réinsérer dans la communauté nationale les millions de musulmans qui s’en éloignent peu à peu, plus enclins aux effets intégrateurs du mode de vie coranique qu’aux règles parfois anxiogènes de la société ouverte, capitaliste et libérale ? Peut-être allait-on remettre la CGT et les beuglards de la fonction publique syndicalisée à leur juste place ? Peut-être la fermeté jupitérienne allait-elle redonner dignité à la fonction présidentielle et autorité à l’Etat régalien ? Le tout sous les regards attendris des magazines « people » et de la presse internationale redécouvrant la France comme marque glamour.

Les observateurs les plus affutés ont vite compris qu’il ne s’agissait que d’une vaste entourloupe médiatique. Quelques réformettes du droit du travail ou du statut de la SNCF ne suffisent pas, après un an, à qualifier une véritable entreprise refondatrice. La « bande des quatre » qui affaiblissent la République : grands corps de l’Etat, bureaucratie européenne, intégristes communautaires et donneurs d’ordres médiatiques, prospèrent comme jamais car il n’a nullement été dans le projet de Macron de les affronter, bien au contraire.

La pratique macronienne du pouvoir apparaît donc de plus en plus comme ce qu’elle est : une aventure personnelle qui, coup de chance pour lui, a rencontré et servi les intérêts bien compris de quelques camarillas.

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Désormais, de deux choses l’une. Soit le fil Benalla est tiré, montrant la bobine d’un président sous l’influence d’un comité de barbouzes hors-sol qui le servent et s’en servent pour tout et pour rien. Déjà Tout Paris bruit de rumeurs ambiguës sur le garde trop proche du corps. Ce sera alors pour Macron au mieux le pourrissement et au pire un climat propice à quelques émeutes dans un discrédit complet. Soit Macron, comme naguère Chirac, trouve sa Christine Albanel, un conseiller presse qui lui cisèle une formule qui claque, l’abracadabrantesque ou le pschiit de l’affaire Méry, qui met les rieurs de son côté et détourne l’attention des gazettes.

Alors, fort de son immunité présidentielle, les choses progressivement se calmeront et la servilité retrouvera son cours. Il ne faut pas oublier que le fol espoir de voir Macron traiter en douceur le mal français continue d’habiter ceux qui l’ont soutenu et qui ont voté pour lui. « Macron ou le chaos », pensaient-ils. « Macron c’est le chaos » est un rapprochement qu’ils ne sont pas encore en état mental d’accepter. Tel est bien l’ultime et plus solide bouclier de ce président de fin de cycle. *****************

La malédiction de l’euro a encore frappé

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Tous vos présidents, depuis Giscard, ont suivi une politique monétaire qui obéit à une rationalité apparente mais qui s’est révélée une machine à broyer la croissance et l’emploi: l’alignement du franc sur le deutsche mark, décidé lorsque Raymond Barre était Premier ministre, dans la seconde moitié des années 1970, critiquée par François Mitterrand lors de son élection, cet alignement monétaire fut non seulement adopté par lui deux ans plus tard, en 1983 mais le président socialiste fut, lors de son deuxième mandat (1988-1995), l’un des pères de l’euro, qui figeait l’alignement du franc sur le mark au sein d’une seule monnaie européenne. Giscard puis Mitterrand ont à vrai dire obéi à une impulsion magique plutôt que rationnelle : sous le charme du modèle économique et social allemand, jugé transposable tel quel à une France pourtant si différente sociologiquement et politiquement de la République fédérale d’Allemagne - encore plus à partir de la réunification allemande. Le piège s’est refermé sur les successeurs de Mitterrand. Ils auront beau être les plus énergiques, tels Sarkozy ou Macron; ou les plus rusés, tels Chirac ou Hollande, leur débauche d’intelligence et de volonté a été, à chaque fois, rapidement réduite à néant parce que la politique économique française était soumise à des impératifs monétaires qui ne conviennent pas à votre société; au lieu que la monnaie soit, comme chez nous ou aux Etats-Unis au service de la croissance et de l’emploi. Vos présidents successifs n’ont pas pu s’en sorti r: de VGE à Macron, c’est comme s’ils avaient accepté une partie de football où l’équipe de France n’avait pas de gardien de but. Vous pouvez bien posséder Zidane ou M’Bappé, aucun de ces deux joueurs n’aurait gagné la Coupe du Monde en jouant dans une équipe sans Barthez ou Lloris. Regardez comme vos présidents sont devenus fragiles, derrière les apparences. Leur popularité s’effondre rapidement. Ils n’arrivent pas à être réélus ou ils ne se représentent pas. Ils sont à la merci des juges et sont même, pour certains d’entre eux, amenés à comparaître devant la justice après la fin de leur mandat. Ils sont les bouc émissaires de la frustration créée par une politique économique soumise à une telle rigidité monétaire qu’elle laisse une partie croissante de la société française sur le bord de la route. A la moindre occasion, on leur reproche d’être coupés du peuple.

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Il se met en place un cercle vicieux: plus l’abandon du levier monétaire rend les présidents impuissants face au chômage de masse, plus ils ont tendance à en rajouter en matière de prérogatives présidentielles. De plus en plus vos présidents succombent à l’illusion qu’un individu pourrait tout à force de volonté et de mobilisation des énergies. C’est comme si chacun se disait : oui, il y a une malédiction; mais j’y échapperai grâce à mon engagement et ma personnalité. De Gaulle était très attentif à limiter le train de vie de la Présidence, il ne se réservait que quelques dossiers et il faisait confiance à son gouvernement. Pompidou est resté dans la veine gaullienne. C’est à partir de Giscard que l’on remarque une tendance à la présidentialisation du régime. Si vous regardez de près la présidence de Mitterrand, vous y trouverez plusieurs affaires Benalla.

[…]

L’absence de réussite, de résultats, voilà ce qui plombe beaucoup plus vite que prévu les semelles de l’actuel président ; tout comme nous avons vu Nicolas Sarkozy et François Hollande échouer à rester populaires, alors même qu’ils avaient des styles de gouvernement si différents. Croyez-vous vraiment que les Français n’aient pas pardonné à Nicolas Sarkozy son côté bling-bling s’il avait inversé la courbe du chômage et s’il avait eu la liberté de mettre en place un budget de la sécurité intérieure non limité par les critères de Maastricht ? Croyez-vous que les médias se seraient autant passionné pour la vie privée de François Hollande s’il avait fait repartir l’économie française ? La France perd en puissance non parce qu’elle serait condamnée dans la compétition internationale mais parce que vos dirigeants suivent depuis des décennies une politique monétaire erronée. Grevant la compétitivité française, détournant d’immenses ressources vers les soins à apporter à une société en grande souffrance, le cadre de l’Union Economique et Monétaire empêche toute politique de long terme, qu’il s’agisse d’investissement dans la recherche, d’éducation, de défense, de sécurité, d’infrastructures etc....Faute de perspectives, votre société cherche des boucs émissaires et son indulgence ou sa patience vis-à-vis des présidents diminue avec le temps. Oui, mon cher ami, il y a bien une malédiction de l’euro ! Elle vient de rattraper votre président comme elle l’avait fait avec ses prédécesseurs. Cela va bien plus loin que des erreurs de communication ou un manque de transparence dans l’affaire Benalla.
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Il serait peut-être utile de ne pas oublier qui est Emmanuel Macron.

Sur le plan personnel, c'est un type qui a épousé sa mère, narcissique et victime du syndrome de la toute-puissance infantile, charmeur comme personne d'équilibré ne l'est, technocrate comme en produit tant la France, ayant réponse à tout mais capable de rien car sans humanités.

Sur le plan politique, c'est le candidat de l'oligarchie financière mondialisée, élu suite à un coup d'Etat médiatico-judiciaire pour sauver le Système menacé après le Brexit et Trump. Ont voté  pour lui ces imbéciles de bourgeois anti-nationaux qui ont ceci de reposant qu'ils font toujours les mêmes conneries (Thiers 1871, Pétain 1940, Macron 2017 - il suffit de les effrayer un peu pour qu'ils se jettent dans les bras du premier traitre qui passe). Ils croient, ces gogos, avoir des intérêts communs avec l'oligarchie. Bref, Macron est, sous son allure juvénile, le candidat du vieux monde, Giscard reloaded, comme dirait un jeune (s'il connaissait Giscard).

Tout cela ne nous dit pas comment nous en débarrasser.

Les contre-feux de la presse stipendiée se mettent en place :

L'affaire Benalla, un scandale d'été, pas un scandale d'Etat

« Affaire Benalla : stop à l'hystérie collective ! »



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