vendredi, novembre 16, 2018

Les gilets jaunes et les foies jaunes

Une jacquerie qui ne débouche pas sur une révolution n'a aucun intérêt. Elle renforce même le pouvoir en place.

Zemmour, Naulleau et leur orchestre laissent entendre exactement la même chose.

Edouard Husson, dans un article d'Atlantico,  met le doigt là où ça fait mal (1) : pas un de nos politiciens, pas un, pas même Marine Le Pen, n'a les couilles de se mettre réellement à dos l'establishment pour prendre une vraie défense des Français d'en bas.

Comprenez bien : faire le Trump, cela a des conséquences funestes très concrètes. Ca n'a rien d'aisé. Chaque passage dans les médias est une guerre, on n'est plus invité dans les diners en ville, on se fait plus insulter que féliciter par les puissants, on est persécuté par les contrôles fiscaux, on perd l'espoir d'enrichissantes sinécures et de lucratives conférences, les ors des palais nationaux s'éloignent ... C'est la mort sociale.

C'est pourquoi aucune organisation, aucun parti, ne prendra la fronde des gilets jaunes en charge pour la transformer en révolution.

Les manifestations des gilets jaunes n'ont donc presque aucun intérêt (j'explique ce « presque » en fin de billet) puisqu'elles n'auront pas de traduction politique. Si les gilets jaunes étaient sérieux, ils ne manifesteraient pas comme des cons aux ronds-points, ils auraient voté Le Pen en 2002 et en 2017. Non pas parce que les Le Pen sont la solution mais parce qu'ils sont la seule chance de rupture offerte à nos suffrages.

Quand on vote depuis trente ans pour les candidats du Système (ou qu'on les laisse passer par abstention), il ne faut pas se plaindre ensuite que le Système perdure.

Cette révolte des gilets jaunes permet aussi de mesurer la décadence de la France. Quand on compare la désormais fameuse Jacline et Pierre Poujade, il n'y a pas photo. Poujade avait un discours plus construit et s'exprimait mieux.

Alors, pourquoi « presque » sans intérêt ?

Parce que ce gouvernement manque tant de jugement qu'il en devient vulnérable. Face à un gouvernement pas constitué exclusivement de crétins cupides et narcissiques, ces manifestations des gilets jaunes n'auraient aucune chance. Mais, justement, ce gouvernement est constitué exclusivement de crétins cupides et narcissiques. Alors, une grosse bourde bien conséquente est toujours possible.

Bref, à mes yeux, ces manifestations pourraient être l'occasion pour le gouvernement de manifester (!) une fois de trop sa nullité.

Une petite utilité annexe : pour les derniers qui se faisaient des illusions, c'est un révélateur. Ils savent maintenant que les syndicats font partie de la France d'en haut.

Enfin, un satisfecit (si je ne m'envoie pas des roses, qui le fera ?). Cela fait des mois que je répète que la contestation surprendra, sera originale, car le pouvoir a verrouillé les formes de contestation institutionnalisées (pauvre Wauquiez, pauvres syndicats).


Même analyse de François Bousquet :

Les gilets jaunes, nouveaux «ploucs émissaires» ?

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Toutes ces protestations (et les protestations antifiscales furent de très loin les plus nombreuses) - des Jacques, Croquants et autres Nu-pieds jusqu'aux boutiquiers poujadistes - raconte la même histoire depuis le MoyenÂge tardif où elles commencèrent, avec la naissance de l'État : celle d'un échec programmé, tant il est dans la nature de ces soulèvements d'être des phénomènes irruptifs, spontanés et passagers. Au nom de quoi la révolte des gilets jaunes échapperait-elle à cette fatalité de l'échec ? Tout l'appelle, au grand regret des populistes, jusqu'à la composition socioprofessionnelle du mouvement (interclassiste), mêlant artisans, ouvriers, intérimaires, auto-entrepreneurs, chauffeurs routiers, ce qui n'est pas sans évoquer les « fureurs paysannes », lesquelles réunissaient « les trois ordres du royaume reportés à l'échelle du clocher », comme l'a dit un historien.

On a fait grand cas de la politisation du mouvement, à tout le moins de sa récupération partisane ou syndicale, mais la vérité, c'est que la révolte des gilets jaunes, pareille en cela à la plupart des révoltes (ce en quoi elles constituent l'exact antonyme des révolutions), est plus impolitique encore qu'elle n'est faiblement politisée. Or, c'est de politique qu'a besoin la France périphérique pour la tirer de son marasme économique et identitaire. L'homme ou la femme politique qui sera capable de tenir ce langage sera assurément susceptible d'en recueillir les suffrages. Les gilets jaunes auront alors vengé les ploucs émissaires.
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(1) : « Ce qui surprend le plus nos commentateurs, c’est l’efficacité de Trump. Comme ils ont pris pour argent comptant la propagande électorale démocrate, ils ne comprennent pas comment quelqu’un dont on leur dit qu’il est en fait stupide, incapable de se concentrer, instable etc…. arrive à faire tout ce qu’il a annoncé.

De ce point de vue, les Russes ou les Chinois sont beaucoup plus réalistes. Ils ne sous-estiment pas Trump. Ils le prennent au sérieux. J’ai été frappé, lors d’un récent voyage en Chine, d’entendre beaucoup d’interlocuteurs se demander à haute voix comment ils allaient limiter les dégâts que leur inflige la politique de Trump. La question n’était pas de savoir si Trump était simplet ni même s’il avait raison ou tort – au royaume des idées politiques - mais quel allait être l’effet sur la croissance chinoise d’une modification des traités commerciaux.

Nous sommes étonnés parce qu’en France nous n’avons pas connu de président efficace en économie depuis Georges Pompidou. Dans un entretien récent au journal Le Point, Nicolas Sarkozy évoque avec une certaine envie les régimes autoritaires qui auraient la durée et l’efficacité pour eux ; et dans le même entretien, il a tendance à minimiser les succès de Trump, qui se contenterait d’aller « de deal en deal » avec une certaine efficacité.

Mais le nœud du problème est bien là : accepter de regarder Trump avec recul et équanimité, cela revient à accepter que nos gouvernements démocratiques pourraient être efficaces. Nous devrions nous réjouir des leçons venues des Etats-Unis : sauf que cela voudrait dire, pour nos politiques, se couper, comme Trump l’a fait, d’une partie de l’establishment, pour quelques années de navigation solitaire. Nos dirigeants n’y sont pas prêts. »
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