lundi, décembre 17, 2018

Gilets jaunes : panne de la fabrique du consentement ?

Comme mes fidèles lecteurs le savent, je considère que l'ensemble des techniques d'ingénierie sociale connu sous le nom de « fabrique du consentement » rend presque impossible la démocratie. Pour Arnaud Benedetti, la révolte des gilets jeunes est le premier soulèvement contre cette fabrique du consentement.

« Les gilets jaunes contre les technocrates, c'est David contre Goliath »

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Par-delà tous les commentaires de circonstance, c'est bel et bien à une rupture que nous assistons. Les contrastes rhétoriques de nos dirigeants en disent plus long sur leur propre situation d'anomie que toutes les colères qu'ils ont déclenchées. Monsieur Castaner peut bien se balader face caméra, sa parole est déconnectée. L'ordre ne règne pas. Partout, le sentiment d'un branle-bas s'installe. Le mois jaune que nous venons de traverser a non seulement ébranlé l'image d'un président qui se prétendait inflexible face au déchaînement des flots ; il a redonné surtout confiance à de larges fractions populaires en leur démontrant que les fatalités qu'on voulait leur imposer étaient susceptibles d'être repoussées, à condition de ne plus consentir au discours technocrate.

Les « gilets jaunes » constituent ainsi la première crise post-moderne de « la fabrique du consentement » dont l'éditorialiste Walter Lippman souffla le concept au père fondateur de la com' des oligarchies, Edward Bernays. Cette alliance du journaliste et du spin-doctor est à la base de la grande illusion démocratique que les oligarques aiment à vendre au peuple. « À l'insu de leur plein gré », les opinions adhèrent à l'offre unilatérale de leurs dirigeants. Cet angle mort des démocraties de l'après-guerre froide a ramené les vieilles sociétés européennes à ne concevoir qu'une seule vision du monde. C'est à partir de cette « cornerisation » des peuples, sur le mode « de toutes les façons vous n'avez pas le choix », que les techniciens, néo-légistes d'une chose publique dégradée, ont pris et assis leur pouvoir. La com' a servi d'adjuvant à l'inoculation d'un sérum anesthésiant, par le biais d'une classe éditoriale pour l'essentiel ralliée à la vision exclusive du parti des technocrates. Cette désensibilisation du politique a acté la victoire des quatre cavaliers d'une apocalypse post-républicaine : le techno, le communicant, l'éditorialiste mondain et le financier...

Sur les ailes des réseaux sociaux, au grand dam de quelques intellectuels qui avaient fait de l'espace public leur terrain de jeu, les «gilets jaunes», David d'un genre nouveau, ont bousculé l'optimisme des Goliaths... Le gilet fut leur fronde, et les réseaux sociaux leurs montures légères qui prirent à revers les appareils communicants lourdauds de l'ancien monde .
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Allez, pour vous faire rire, un qui sait marier à merveille pertinence, tact et humilité :







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